FerroAtlántica renonce à son projet d'usine à Port-Cartier

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Maquette du projet d'usine de FerroAtlantica à Port-Cartier, sur la Côte-Nord

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Steeve Paradis

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Le Soleil

(Port-Cartier) À quelques jours de Noël, une très mauvaise nouvelle vient de s'abattre sur la région de Port-Cartier. FerroAtlántica a décidé d'abandonner son projet d'y construire une usine de silicium métal, un projet de près de 400 millions $ qui devait créer 345 emplois.

Dans un communiqué diffusé en fin d'après-midi mercredi, le géant espagnol évoque l'évolution récente du marché du silicium en Chine, qui a conduit l'entreprise à revoir sa stratégie de croissance. Preuve que les choses bougent rapidement dans ce domaine, il y a 18 mois à peine, FerroAtlántica annonçait en grande pompe la construction à Port-Cartier de la plus grande et la plus performante usine de silicium sur la planète.

«L'accroissement actuel et annoncé des capacités de production chinoises est de nature à peser significativement et durablement sur le bon équilibre du marché. Cette nouvelle donne oblige FerroAtlántica à rechercher de meilleures opportunités de développement pour accompagner sa stratégie de croissance, par le biais de l'optimisation de ses infrastructures existantes, notamment européennes», affirme l'entreprise, qui a fait savoir qu'elle n'accorderait aucune entrevue.

«Malheureusement, pour FerroAtlántica, aucun nouveau projet ne peut rivaliser avec la possibilité de consolider nos propres installations», ajoute Pedro Larrea, président du groupe FerroAtlántica, premier producteur mondial de silicium. «À l'heure où l'industrie doit accroître sa performance et maximiser les opportunités de croissance, cette décision demeure déchirante, mais nécessaire.»

Question de marquer durablement «l'accueil et le soutien remarquables reçus de la communauté nord-côtière», FerroAtlántica a confirmé à la mairesse de Port-Cartier, Violaine Doyle, qu'elle participera financièrement à «une initiative structurante» pour le développement des infrastructures portuaires de Port-Cartier. L'entreprise songe aussi à partager avec le milieu le résultat de certaines études d'avant-projet. 

Rappelons qu'en 2013 et 2014, Port-Cartier, Baie-Comeau, Saguenay et Shawinigan s'étaient fait la lutte pour accueillir l'usine de FerroAtlántica, qui aurait porté le nom de FerroQuébec. Port-Cartier avait raflé la mise, et c'est un Philippe Couillard rayonnant qui en avait fait l'annonce officielle en juin 2014. Lors de cette annonce, M. Larrea avait qualifié Port-Cartier de «meilleure place au monde pour nous».

Parmi les autres merveilles promises par ce projet, l'usine devait être avec la plus faible empreinte carbone au monde, même si elle aurait été la plus grande. FerroQuébec devait également établir son siège social à Port-Cartier.

FerroQuébec et le gouvernement du Québec avaient signé une entente confidentielle sur ce projet. L'entreprise devait profiter d'un tarif d'électricité préférentiel et d'un congé de taxes de 10 ans. Investissement Québec devrait aussi négocier un prêt commercial avec FerroQuébec.

Au cours des derniers mois, l'entreprise se disait en attente des autorisations environnementales pour démarrer le projet sur le terrain. Encore vendredi dernier, le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, déclarait que ces autorisations devaient être délivrées sous peu.

La construction, prévue sur le site de l'ancienne usine de pâtes et papiers d'ITT-Rayonier, devait s'amorcer au printemps prochain. La mise en activité des trois premiers fours, dont l'énergie devait être produite à partir de résidus forestiers, était prévue en décembre 2017. Une deuxième phase de trois autres fours devait suivre immédiatement.

«Extrême déception»

C'est toute une tuile qui s'abat sur Port-Cartier et même Sept-Îles, qui voyait dans le projet de FerroQuébec l'espoir d'amoindrir les contrecoups de l'effondrement du marché du fer. 

«C'est une extrême déception», a laissé savoir la mairesse de Port-Cartier, Violaine Doyle, qui a été informée de la nouvelle très tôt mercredi. Surprise oui, mais Port-Cartier voyait aussi l'ombre que laissait planer la percée de la Chine dans l'industrie du silicium, sur le projet de la Côte-Nord. 

«C'était devenu une chronique [d'une mort] annoncée», va jusqu'à affirmer le commissaire industriel de la municipalité de quelque 6700 âmes, Bernard Gauthier. «C'est clair qu'on est déçu, c'était un projet phare pour toute la région, encore plus important pour Port-Cartier [...] C'était aussi une belle occasion de se diversifier, pour nous, mais aussi pour tout le Québec.» 

Depuis les dernières semaines, Sept-Îles et Port-Cartier pressaient Québec d'émettre rapidement le décret d'autorisation environnemental du projet, qui faisait large consensus dans la région. Vendredi encore, le ministre responsable de la Côte-Nord, Pierre Arcand, affirmait que «ça devrait aller rapidement». 

Des propos qui ne rassuraient pas la mairesse Doyle, qui se disait «inquiète» des délais depuis l'été. «Dans le développement d'un projet de cette envergure, quand la fenêtre s'ouvre, il faut s'assurer qu'elle reste ouverte et c'est ce qu'on n'a pas fait», déplore-t-elle, malgré nombre «de pressions» exercées auprès de Québec. 

La municipalité à l'ouest de Sept-Îles n'a pas l'intention de se laisser abattre par la nouvelle. «Port-Cartier a toujours le même potentiel», martèle Violaine Doyle, rappelant le projet d'expansion de son quai municipal. Port-Cartier vient d'ailleurs d'être désignée par Québec zone industrialo-portuaire dans le cadre de la Stratégie maritime.  

«Nous allons avoir besoin du support de l'ensemble des ministères pour nous assurer que Port-Cartier ait rapidement les moyens nécessaires pour mettre à jour son quai», a déclaré Mme Doyle. «On va gérer la déception pendant les prochains jours pour ensuite retomber sur nos pieds et refaire autre chose», a conclu Bernard Gauthier.  

Avec Fanny Lévesque (collaboration spéciale)

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