Les visages du déclin du fer

Les installations de Cliffs Natural Resources à Pointe-Noire... (Photo fournie par le Port de Sept-Îles)

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Les installations de Cliffs Natural Resources à Pointe-Noire

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<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Il y aura un an le mois prochain, les 600 travailleurs de Cliffs Natural Resources rentraient à la maison la mine basse. La débâcle du marché du fer venait d'avoir raison du géant américain, qui a tiré un trait sur les activités de sa jeune mine de fer du lac Bloom, à Fermont.

Sur la Côte-Nord, le couperet est tombé plus lourdement, notamment avec la fermeture des installations d'expédition de Sept-Îles.  Avec un prix du fer qui peine à se redresser et le mince espoir de retrouver un repreneur d'ici l'hiver, comment les familles touchées par les mises à pied entrevoient-elles l'avenir?

Le Soleil est allé à la rencontre de ces hommes et femmes qui ont réussi à traverser la tempête, et des autres qui sont toujours au coeur des remous.

Tony Bassanese: à 2700 km de ses enfants

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Tony Bassanese

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

Toutes les deux semaines, Tony Bassanese fait sa valise, embrasse ses deux gars et s'envole pour la mine Raglan, au Nunavik, à la hauteur du 62e parallèle, où il passera 21 jours avant de revenir. «Ils sont en âge de comprendre», lance le père de 48 ans. «Je ne suis pas un ennuyeux de nature et avec les technologies, on se parle tous les jours.»

Reste que ce formateur en santé et sécurité a dû se faire à l'idée de s'expatrier pour gagner sa vie. «Les opportunités avec un bon salaire, pour essayer de garder le même rythme de vie, il n'y en avait pas. Le choix, c'était de partir, assure-t-il. Les premiers mois ont été difficiles, mais plus ça avançait, plus on comprenait que c'était un mal nécessaire avec tout ce qui se passait dans la région.»

Tony Bassanese a eu «la chance» d'être recruté par un sous-traitant de Glencore peu de temps avant la fermeture de Cliffs. «J'ai fini le 19 décembre et deux semaines plus tard, je travaillais», indique celui qui a cumulé 14 années à Pointe-Noire. «Mais, même là-bas, il y a de l'incertitude [...] J'envoie 10 à 15 CV par semaine, j'applique partout au Québec. C'est certain que le choix numéro un serait Sept-Îles, mes enfants sont ici.»

Arlène Beaudin: faire des communications, selon sa vision

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Natalie Rouleau et Arlène Beaudin

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

Une graine semée il y a quelques années a mûri avec la fin des activités de Cliffs pour Arlène Beaudin, qui assumait la direction des affaires publiques pour l'Est du Canada à partir de Sept-Îles. Elle et une ex-collègue du temps où elle travaillait pour Rio Tinto IOC ont lancé leur propre boîte de communications, en avril. 

«J'ai aimé le défi de me lancer en affaires, de faire des communications à notre rythme et selon notre vision», assure la femme de 50 ans, qui a même refusé une offre de retourner dans les mines après sa mise à pied. «Quand tu choisis l'entrepreneuriat, tu n'as plus de stabilité, mais on est des filles de défis, le choix était naturel», renchérit sa partenaire, Natalie Rouleau, elle aussi issue du monde des mines.

Les nouvelles associées n'hésitent d'ailleurs pas à redonner à l'industrie qui les a fait évoluer pendant des années. «Notre expérience dans le domaine minier, c'est ça qui nous a permis d'être ce qu'on est et de faire ce qu'on fait de mieux aujourd'hui», conclut

Mme Rouleau.

Manon Bernier: pour le bonheur de son mari

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Manon Bernier

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«Je lui ai dit : t'as 32 ans, tu peux pas passer ta vie comme ça», a raconté au Soleil Manon Bernier, rencontrée alors qu'elle était sur le point de rejoindre son mari à Ottawa où il a décroché un poste de directeur adjoint chez un grand détaillant après avoir perdu son emploi comme opérateur sur la voie ferrée chez Cliffs, en septembre 2014.

«Il avait réussi à retrouver du travail ici, sur appel. Il gagnait un assez bon salaire, sauf qu'il ne travaillait pas; c'est pas motivant, ça», poursuit-elle, en faisant ses cartons. Elle ne cache pas non plus que l'appât du gain influence souvent le choix des travailleurs de la région, qui peuvent gagner jusqu'à 100 000 $ par année dans une minière.

«C'est sûr qu'il y aura une baisse de salaire, mais c'est un coup à donner. Je m'en fous, si je peux voir mon chum heureux [...] C'est surtout pour qu'il ait une option de carrière, qu'il ait la chance de faire ce qu'il a vraiment le goût de faire.»

Dans la famille de trois enfants, la benjamine partira avec ses parents. L'aîné est déjà au collège et le cadet terminera ses études à Sept-Îles en habitant chez les grands-parents. Coiffeuse de métier depuis 26 ans, Manon Bernier devra aussi se rebâtir une clientèle. Mais les bouleversements qu'entraîne son nouveau départ ne lui font pas peur.

«On a pris des décisions importantes pour un avenir meilleur, on l'espère.»

Stephen Coulombe: un hiver froid et aride

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Stephen Coulombe 

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

En pleine rénovation à son domicile, Stephen Coulombe s'est retrouvé en bien mauvaise posture financière quand il a perdu son emploi d'opérateur chez Cliffs, en décembre. Puis, un bris majeur d'aqueduc a été l'imprévu de trop. «Là, y'a plus rien qui arrivait», confie-t-il au Soleil.

«Je me suis renfermé sur moi-même, j'étais plus capable de rien payer, ç'a été vraiment difficile, la motivation n'était plus là [...] Je suis allé porter des CV, mais quand t'es down, c'est pas le temps de rencontrer du monde. J'ai fait du laisser-aller, c'était comme un système de défense», raconte l'homme de 47 ans.

Plus l'hiver s'installait, plus ses problèmes financiers s'alourdissaient. «Une chance que j'ai eu mon poêle à bois, je m'étais isolé», explique-t-il avec beaucoup d'humilité. «On m'a coupé l'Hydro aussi [...] Je n'ai pas honte d'être un être humain, avec mes forces et mes faiblesses. Je passais mes journées à ne rien faire, je coupais du bois pour le poêle.»

Mais les premières lueurs du printemps ont aussi apporté de la lumière chez Stephen Coulombe, qui a décroché un travail en entretien industriel pour un sous-traitant de Rio Tinto IOC. «C'est encore dur, mais là, il y a de l'espoir. Je veux être heureux et ravoir du plaisir, retrouver une passion.»

Rémi Fortin: retourner sur les bancs d'école

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Rémi Fortin

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Malgré son jeune âge, Rémi Fortin ne s'imaginait pas retourner sur les bancs d'école, lui qui planifiait une retraite de Pointe-Noire à 52 ans seulement. Après sept ans chez Cliffs, le jeune père d'un garçon de six mois à l'époque a perdu son travail en janvier 2014, avec l'arrêt de production de la mine Scully au Labrador.

«Sur le coup, c'est un trou noir, le pire de ta vie, c'est un stress, se souvient le travailleur de 31 ans. Je venais d'avoir un bébé, je me disais : si je manque d'argent, je fais quoi? Tu peux pas t'arrêter, il fallait se tourner de bord.» Mécanicien à l'usine, peu de solutions s'offraient à lui. «J'étais un gars sur 200, imagine comment ça se battait pour les jobs.»

Échaudé par les premières coupes chez Cliffs en 2013, Rémi Fortin vend quelques-uns de ses biens pour se «faire un coussin», un coussin qui lui permettra de retourner à l'école et démarrer son entreprise en inspection de bâtiments. «J'ai fait mon cours d'inspecteur, c'était 6500 piastres, tu y penses quand t'es sur le chômage», raconte-t-il.

Son accréditation en poche depuis juillet et le chômage écoulé, Rémi Fortin apprend à vivre avec le stress du travailleur autonome. «Quand tu te pars en affaires, c'est pas comme si quelqu'un t'engage [...] Il y a des nuits où j'ai pas dormi, mais là, ça va bien.»

=> Où en sont les ex-travailleurs de Cliffs?

  • La moitié environ a trouvé un autre emploi
  • 30 % environ sont toujours en recherche
  • 10 % tout au plus ont effectué un retour en formation
  • 5 % au maximum sont en démarrage d'entreprise
  • À noter qu'environ 50 % des travailleurs ont conservé leur lien d'emploi avec Cliffs.

Données approximatives fournies par le Syndicat des Métallos

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