Cimenterie de Port-Daniel: loin de la manne pour les hôteliers

L'ex-maire de Port-Daniel, Robert McInnis, croit que ses... (Collaboration spéciale Gilles Gagné)

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L'ex-maire de Port-Daniel, Robert McInnis, croit que ses 19 chambres du Motel de l'anse devraient être pleines, en août, dans un contexte où 770 travailleurs convergent vers le chantier de la cimenterie tous les jours.

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Gilles Gagné

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Le Soleil

(Port-Daniel) L'ancien maire de Port-Daniel, Robert McInnis, se dit déçu des faibles retombées générées pour le secteur hôtelier par le chantier de la cimenterie présentement en construction dans une municipalité qu'il a dirigée pendant 20 ans.

Propriétaire du Motel de l'anse depuis 2000, un achat réalisé parce qu'il pensait que le chantier s'ébranlerait il y a 15 ans, M. McInnis dénonce la principale source du problème, l'hébergement au noir, ouvert aux travailleurs de la construction.

«Ce n'est pas le Klondike qu'on attendait, la cimenterie. Beaucoup de travailleurs de la construction habitent dans des maisons. Les propriétaires ne déclarent pas les revenus, ils ne chargent pas de taxes et ne paient pas d'impôt sur ces revenus. Ça devient un commerce, mais au noir. C'est injuste pour nous. Je paie des taxes et de l'impôt. Je paie deux filles pour faire les chambres», explique M. McInnis.

Son établissement est situé dans l'anse McInnis, un nom commun à Port-Daniel puisque la compagnie qui exploitera la cimenterie à compter de l'automne 2016 se nomme Ciment McInnis. Le complexe est en construction à quelques centaines de mètres de cette anse.

«J'ai porté plainte à Revenu Québec et à Tourisme Québec l'an passé [...] Revenu Québec enquête, mais ça prend deux ans avant d'avoir les résultats. En attendant, j'ai deux ou trois chambres réservées par des gens du chantier. Les travailleurs reçoivent 134 $ par jour pour leurs dépenses quand ils sont à une certaine distance [120 kilomètres] de la maison. Mes chambres sont à 80-85 $ par nuit et il y a des cuisinettes», note aussi Robert McInnis.

Pour accommoder les travailleurs de la construction, il offre des spéciaux à la semaine, donnant gratuitement le septième jour d'hébergement. Ses prix baisseront après la fête du Travail afin d'attirer davantage ces travailleurs.

«J'ai investi 70 000 $ dans des meubles neufs et 135 000 $ en réparations au motel, mais je ne vois pas les revenus pour justifier ces 205 000 $-là. Mes unités sont inspectées et évaluées à chaque année. La concurrence déloyale n'a pas de normes à respecter. Il n'y a pas un gars qui a travaillé plus fort que moi pour qu'elle vienne, la cimenterie. Là, je suis quasiment le dindon de la farce», remarque l'ancien maire, qui a dirigé Port-Daniel de 1979 à 1999, avant la fusion avec Gascons.

Exploitant un gîte, le Conche Saint-Martin, près du centre de Port-Daniel, Daniel Daraîche attend lui aussi des retombées significatives du chantier de la cimenterie, présentement fréquenté par 770 travailleurs.

«En hébergement, j'ai eu deux personnes pour cinq ou six jours. Si je n'avais pas eu des clients de la cimenterie à ma table, dont certains patrons, je n'aurais pas vu de différence», dit M. Daraîche.

Hébergement au noir

Il comprend les travailleurs du chantier choisissant de «louer une maison à cinq ou six. Je comprends le père de famille de vouloir économiser sur l'hébergement, alors qu'il travaille parfois seulement six mois par année. Le problème, c'est le manque de supervision. Il n'y a jamais assez de fonctionnaires présentement pour inspecter l'hébergement au noir.»

Benoit Pilon, propriétaire de l'auberge Bleu sur mer, un établissement haut de gamme, note que le chantier «arrive en deçà de mes attentes. De ce que je comprends, on est encore dans les travaux de génie civil présentement, du creusage, du coulage de béton, du travail de structure. À partir de janvier, il y aura plus de main-d'oeuvre spécialisée, avec l'installation des équipements de la cimenterie. La proportion de travailleurs de l'extérieur augmentera. Il faut aussi dire que les gens ont beaucoup insisté sur l'embauche locale.»

Se disant quand même assez satisfait des retombées jusqu'ici «parce que les patrons viennent chez moi quand ils ont affaire à Port-Daniel», M. Pilon rappelle que «l'hébergement au noir se produit sans doute partout au Québec où un grand chantier a lieu. Je me demande bien ce que Tourisme Québec et Revenu Québec prennent comme mesures pour contrer le phénomène.»

Le maire de Port-Daniel-Gascons, Henri Grenier, ne voit «rien de spécial là-dedans», à savoir dans le fait que «les travailleurs vont au moins cher [...] C'est au ministère du Revenu de faire le travail.»

Il dit n'avoir aucune idée du nombre de locateurs ayant loué à des travailleurs, ni de la proportion qui le fait au noir. La Municipalité ne perd rien dans le processus parce «qu'on n'a pas de taxe d'affaires».

décision personnelle

Maryse Tremblay, porte-parole de Ciment McInnis, précise que «les employés de supervision qui relèvent directement [de la firme] sont hébergés à proximité du chantier et signent des baux de location avec les propriétaires des résidences [...] En ce qui concerne les travailleurs des divers entrepreneurs présents au chantier, ils reçoivent une somme quotidienne pour couvrir leur hébergement et leur repas [et] le mode d'hébergement qu'ils choisissent est une décision personnelle dans laquelle Ciment McInnis n'a aucune responsabilité ni influence. L'hébergement au noir est évidemment un choix que Ciment McInnis ne cautionne pas.»

La loi est claire en matière d'hébergement. Tout revenu de location, peu importe la durée, doit être déclaré, à défaut de quoi, c'est du noir. Le ministère du Revenu intervient essentiellement après dénonciation. Il compte sur deux inspecteurs en hébergement pour tout le Québec.

Des 770 travailleurs sur le chantier cette semaine, 504 viennent de Gaspésie et 87 du Bas-Saint-Laurent. Plusieurs Gaspésiens viennent de loin et couchent dans le secteur de Port-Daniel-Gascons, dans des chambres, des maisons, des campeurs et des établissements hôteliers. La proportion allant à chacun des types d'hébergement n'est pas calculable pour le moment.

Des amendes salées

Les propriétaires louant des chambres ou des maisons au noir s'exposent à des amendes salées s'ils sont trouvés coupables. Ainsi, selon l'article 38 de la Loi sur les établissements d'hébergement touristique, «quiconque commet une infraction est passible, pour chaque jour ou partie de jour que dure l'infraction, d'une amende de 750 $ à 2250 $ et, en cas de récidive, d'une amende de 2250 $ à 6750 $», précise Jean Guay, de la direction des communications du ministère du Tourisme. Il assure que des actions de sensibilisation sont d'abord menées afin d'inciter les «touristes» à choisir un établissement classifié. 

Le ministère du Tourisme «fait du dépistage en naviguant sur différents sites Internet et traite aussi les dénonciations qui sont reçues au Ministère. Dans un premier temps, les exploitants sont contactés afin de les sensibiliser à l'existence de la Loi et à l'importance de s'y conformer. Suite aux différentes interventions des inspecteurs, si les exploitants ne sont toujours pas conformes à la Loi, leur dossier peut être transféré au Directeur des poursuites criminelles et pénales», poursuit M. Guay.

Quant à savoir si le ministère du Tourisme prend les moyens de suivre les grands chantiers, M. Guay répond en termes généraux que «le ministère du Tourisme est préoccupé par l'ensemble de la problématique de l'hébergement illégal qui existe dans toutes les régions du Québec et en fait un de ses dossiers prioritaires». Les propriétaires de logements contactés par Le Soleil ont préféré ne pas commenter. 

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