Crise forestière sur la Côte-Nord: Lessard prêt à signer une entente

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«Je suis prêt à signer immédiatement une entente de principe sur 9 des 10 propositions de l'industrie et je suis aussi prêt à garantir la somme de 13 millions $», affirme le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Laurent Lessard.

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Steeve Paradis

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Baie-Comeau) Afin de dénouer la crise forestière, Laurent Lessard est prêt à répondre à la quasi-totalité des demandes de l'industrie nord-côtière. En entrevue exclusive au Soleil, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs s'est montré disposé à signer une entente de principe en ce sens sur-le-champ.

Lors des rencontres entre Québec et l'industrie forestière il y a quelques jours, cette dernière a présenté 17 propositions, dont 10 qui concernent directement le ministère dirigé par M. Lessard. Le gouvernement a pour sa part présenté une offre, qu'il estime à 13 millions $, mais que l'industrie chiffre plutôt à 2,5 millions $.

«Je suis prêt à signer immédiatement une entente de principe sur 9 des 10 propositions de l'industrie et je suis aussi prêt à garantir la somme de 13 millions $. On va faire parvenir aux industriels une lettre à cet effet dès aujourd'hui [mercredi]», a déclaré le ministre.

Selon M. Lessard, la dixième demande de l'industrie était à l'effet de prendre les sommes allouées au programme de reboisement afin de favoriser la mise en copeaux directement en forêt. «On a dit non là-dessus. Quand on coupe un arbre, on doit en replanter un autre. On ne peut pas transférer l'argent comme ça», a-t-il ajouté, se disant convaincu que l'industrie allait comprendre la position du gouvernement.

Le bois d'oeuvre était au coeur des sept autres demandes de l'industrie. Ce volet, traité par les ministères des Finances et de l'Économie, devrait progresser la semaine prochaine, alors que les conseillers juridiques de toutes les parties au dossier se rencontreront pour s'assurer que l'éventuelle aide à l'industrie forestière de la Côte-Nord respecte en tout point l'Accord sur le bois d'oeuvre entre le Canada et les États-Unis.

La Côte-Nord s'est montrée déçue que Philippe Couillard n'intervienne pas directement dans ce dossier. Sur ce point, Laurent Lessard rétorque que «le premier ministre a déjà pris ses responsabilités dans ce dossier. Il a nommé son plus haut comité, avec les finances, le développement économique et les forêts, pour répondre aux besoins de la Côte-Nord et du reste de l'industrie».

Répétant régulièrement son offre d'entente de principe et de garantie sur les 13 millions $, le ministre Lessard a invité les compagnies forestières que sont Produits forestiers Résolu, Rémabec et Boisaco à se commettre. «[Cette offre] démontre la crédibilité du gouvernement, avec un engagement ferme qu'un montant de 13 millions $ sera au rendez-vous, mais il faudra aussi un engagement de l'industrie. On ne peut pas seulement dénoncer, on doit aussi s'engager.»

Le ministre, qui partait pour le Sommet canadien sur l'innovation forestière, en Ontario, en a profité pour inviter l'industrie à se renouveler. «En même temps qu'on travaille avec l'industrie, on lui rappelle qu'il faut aller plus loin dans la diversification des produits. Le papier journal, ça aura une limite», a-t-il conclu en saluant au passage les projets de Rémabec et la diversification déjà effective de Boisaco.

Les entrepreneurs forestiers Serge Hallé et Gervais Tremblay... (Collaboration spéciale Steeve Paradis) - image 2.0

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Les entrepreneurs forestiers Serge Hallé et Gervais Tremblay ne pourront rester plusieurs semaines sans transporter du bois. Le cas échéant, ils devront jeter l'éponge et peut-être se départir de leur entreprise respective. 

Collaboration spéciale Steeve Paradis

Des lendemains incertains

La crise forestière qui frappe actuellement la Côte-Nord s'incarne dans des centaines de personnes différentes, qui s'interrogent sur ce de quoi demain sera fait. Le Soleil a rencontré deux entrepreneurs forestiers de Baie-Comeau, pour qui des temps durs s'annoncent si la coupe ne reprend pas bientôt dans la région.

Serge Hallé et Gervais Tremblay sont dans le domaine du transport forestier depuis de nombreuses années. Ils ont cinq ou six employés sous leurs ordres et gèrent de l'équipement dont la valeur totale dépasse les six chiffres. Leur client, Produits forestiers Résolu, a mis fin à ses opérations forestières le 19 juin.

Pour l'instant, Transport Serge Hallé et filles ainsi que Transport Gervais Tremblay ont encore du bois à transporter, le bois qui était déjà coupé et empilé en forêt. «Mais à partir du 21 août, c'est fini, il n'y a plus de bois. Par la suite, ça va être les appels aux créanciers pour leur demander d'arrêter les paiements. S'ils refusent, on leur dit : "Venez chercher les camions"», a lancé Serge Hallé, qui doit débourser plus de 15 000 $ par mois pour payer les divers créanciers de son entreprise. 

«Pour ma part, s'il n'y a pas de solution d'ici la mi-août, je vends mon équipement à l'encan. J'en ai assez», a ajouté Gervais Tremblay qui, à 57 ans, peut envisager cette solution. «Mais après, je fais quoi? Il n'y aura plus de jobs par ici parce que si la forêt ferme, y'a pas juste nous qui vont planter. Ça va tomber ailleurs aussi», enchaîne-t-il, un peu désabusé.

«Moi, j'en ai encore pour 20 ans à travailler», soutient M. Hallé, père de famille de 46 ans. «Ça fait 18 ans que j'investis en affaires et, aujourd'hui, je risque de me retrouver devant rien. Ce n'est vraiment pas évident.»

Délai trop long

Selon les deux hommes, même si la coupe forestière reprenait à la fin août, à titre d'exemple, les transporteurs devraient patienter encore de quatre à cinq semaines avant qu'il y ait suffisamment de bois pour qu'on fasse appel à leurs services. Ils ne peuvent encaisser le coup jusque là. Et de toute façon, estiment-ils, comme la machinerie de coupe quitte peu à peu la région pour aller bûcher ailleurs, elle ne reviendra pas sur la Côte-Nord de sitôt.

«Les travailleurs de l'industrie forestière sur la Côte-Nord paient des millions de dollars en taxes et en impôts et là, il n'y aura plus une cenne qui va rentrer à Québec», souligne M. Hallé. Et Gervais Tremblay de poursuivre : «Qu'est-ce que le gouvernement va faire avec tout ce monde au chômage? Il va manquer d'argent à quelque part. A-t-il pensé à ça?»

Les deux entrepreneurs se disent aussi déçus de constater que, d'après eux, seuls les gestes d'éclat font réagir le gouvernement. «On a bloqué la route avec nos camions et les téléphones ont sonné, ça n'a pas été long, et ça a fait en sorte que les deux parties se sont parlé. Ce n'est pas drôle s'il faut se rendre jusque là à chaque fois pour être entendu», de clamer Serge Hallé. «Si on débarque à Québec avec nos camions, [Philippe] Couillard va-t-il venir nous écouter?»

Autant M. Hallé que Gervais Tremblay pensent que leurs employés auront un peu moins de difficultés qu'eux à se trouver un emploi si la crise ne se résorbe pas. «Comme on dit, c'est plus facile de replacer une boîte à lunch qu'un camion, mais il n'y a pas d'emplois tant que ça ici. Ces gens-là vont déménager et c'est toute la Côte-Nord qui va en souffrir», a conclu Serge Hallé.

L'abstention de Philippe Couillard mal accueillie

Après avoir cru mardi après-midi qu'une rencontre avec Philippe Couillard était possible, la porte-parole régionale du comité de crise forestière a appris mercredi matin que la chose n'était pas réalisable dans les prochaines semaines.

«C'est très mal accueilli comme réponse. C'est la deuxième fois qu'on fait appel au premier ministre. C'est donc très décevant», a déclaré Micheline Anctil, qu'on a dirigée de nouveau vers la cellule d'intervention forestière. «On est déjà allés vers les trois ministres, mais ils ne trouvent pas de réponse aux problèmes de l'industrie», a-t-elle rétorqué. Quant à la réponse de la Côte-Nord à ce refus, «nous verrons pour la suite des choses», a conclu Mme Anctil.

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