Parc éolien Mesgig Ugju's'n: un départ après sept ans de démarches

Kenny Mitchell peut travailler près de chez lui... (Photo collaboration spéciale Gilles Gagné)

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Kenny Mitchell peut travailler près de chez lui pour une rare fois.

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Gilles Gagné

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Le Soleil

(Escuminac) Le lancement officiel des travaux du parc éolien Mesgig Ugju's'n, pour «grands vents», couronne sept ans de démarches pour les trois communautés micmaques de la Gaspésie, associées au développeur Innergex pour ce projet de 150 mégawatts et de 330 millions $.

C'est la première fois au Québec que des autochtones sont associés à parts égales avec une firme privée dans un projet éolien de cette envergure. Depuis l'annonce, en mai 2013, par l'ex-première ministre Pauline Marois de l'octroi d'un parc éolien de copropriété autochtone, les Micmacs se sont assurés d'en être plus qu'actionnaires.

«Nous avons 126 Micmacs ayant obtenu la certification de la Commission de la construction du Québec pour travailler ici», indique Troy Jerome, directeur du Secrétariat Migmawei Mawiomi, organisme de supervision des initiatives de développement pour Gespeg, Gesgapegiag et Listuguj.

D'autres Micmacs sont en formation pour l'entretien éventuel du parc, qui livrera son énergie le 1er décembre 2016 à Hydro-Québec. Il faudra une quinzaine de personnes pour l'exploiter.

«Pour les services, 50 % du personnel d'entretien viendra des communautés autochtones», note Jean-Christophe Nortreux, du turbinier Senvion, le fournisseur du parc situé dans l'arrière-pays d'Escuminac, dans la baie des Chaleurs. Les turbines de Senvion seront les premières unités de plus de 3 MW installées au Québec. Le parc comptera 47 tours et vendra son énergie à un prix de 8,9 ¢ par kilowatts.

Troy Jerome précise que les trois communautés toucheront des profits oscillant entre 150 et 193 millions $, selon l'efficacité du parc et la possibilité que les Micmacs augmentent leur part dans l'actionnariat.

«Ça fait un peu plus de 7 millions $ par année. [...] Nous avons de grands besoins pour l'éducation postsecondaire de nos jeunes. Le gouvernement du Canada ne comble que 60 % de ce financement. Nous nous servirons aussi des fonds pour développer notre territoire et aider nos gens», dit-il.

Le parc Mesgig Ugju's'n aura notamment confirmé aux Micmacs qu'ils peuvent travailler ensemble ailleurs que dans les pêches commerciales.

«Le 17 septembre 1999, quand la décision Marshall a été rendue, nous avons appelé à Gesgapegiag, où nous avions déjà des contacts. Quand nous avons voulu appeler à Gespeg, nous avons réalisé que nous ne connaissions personne là», évoque Troy Jerome, originaire de Listuguj.

Trait d'union

Le chantier, en branle depuis quelques mois en ce qui a trait à la construction routière, constitue aussi un trait d'union entre Micmacs et Blancs. Trois cents personnes y convergeront en 2016.

À 62 ans, Kenny Mitchell a travaillé aux États-Unis pendant 25 ans de sa vie parce qu'il parlait uniquement micmac et anglais, et en raison du peu de grands chantiers dans sa région. Voyant des possibilités de travailler chez lui dans l'éolien, il a suivi des cours de français, comme d'autres travailleurs de Listuguj. L'entrepreneur Borea l'a embauché il y a un an.

«Les francophones font des efforts pour nous parler anglais, et nous faisons des efforts pour parler français. Nous partageons des choses. Nous partons pour la fin de semaine en saluant tout le monde. Nous avons un surintendant, Paul Caissy, qui s'est assuré de travailler avec du monde sans préjugés. Ce que j'aime beaucoup, c'est de voir que nous pouvons travailler ensemble sans problème. Et pour la première fois, je peux écouter la radio micmaque en rentrant chez moi», explique M. Mitchell.

Un projet qui pourrait faire école, espère le chef Ghislain Picard

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, voit le projet de parc éolien d'Escuminac comme un exemple à répéter de partenariat entre les peuples. «Ces projets sont des facteurs importants pour les communautés et pour la société québécoise. C'est bon pour l'ensemble de la société québécoise. Il y a énormément de rattrapage à faire pour les autochtones, et ce type de projet vient permettre de dire que c'est possible.» Il espère que d'autres collaborations entre autochtones et non-autochtones émergeront sous peu, sans «se limiter à ça [l'énergie éolienne]. Il faut regarder vers le secteur récréotouristique [...] tout projet qui a l'étiquette de développement durable».

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