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Côte-Nord: des travailleurs de la construction entravent la 138

Tôt jeudi matin, des dizaines de travailleurs affluaient... (PHOTO FANNY LÉVESQUE, COLLABORATION SPÉCIALE)

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Tôt jeudi matin, des dizaines de travailleurs affluaient vers le barrage partiel de la route 138, à la hauteur de Mani-Utenam, à l'est de Sept-Îles.

PHOTO FANNY LÉVESQUE, COLLABORATION SPÉCIALE

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<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Bernard «Rambo» Gauthier a mis son plan à exécution jeudi matin. Comme il avait promis de le faire, lui et des dizaines de travailleurs de l'industrie de la construction ont forcé la main-d'oeuvre de l'extérieur à rebrousser chemin sur la 138, seul lien routier reliant la Côte-Nord au reste de la province.

«Faut que ça bouge, on a des pères de famille qui crèvent de faim, qui ont des enfants qu'ils ne peuvent même pas habiller pour aller à l'école», a martelé le représentant syndical, avertissant que les blocus partiels allaient durer «le temps qu'il faut». En soirée, les manifestants occupaient toujours la route à Pessamit (à l'ouest de Baie-Comeau), à Sept-Îles et au chantier La Romaine, en Minganie et prévoyaient y passer la nuit.

«C'est le gouvernement qui va décider», a-t-il poursuivi. «Ça va nous prendre des écrits (pour nous déplacer) parce qu'on ne peut pas se fier à eux autres (le gouvernement). Jean Charest nous avait promis le plein emploi avec La Romaine et c'est pas ça pantoute! Des paroles en l'air et des non-respects d'ententes verbales, c'est terminé».

«Rambo» Gauthier et ses troupes en ont contre le règlement sur la mobilité de la Loi R-20 (sur l'industrie de la construction) qui ne fixe pas de quotas à respecter pour l'embauche régionale dans le secteur du génie civil et de la voirie. Le phénomène de «navettage», appelé dans le jargon le fly-in-fly-out, est aussi dans sa mire.

La FTQ-Construction estime qu'environ un millier d'ouvriers de la construction seraient sans travail sur la Côte-Nord. «C'est pas normal que quelqu'un de l'extérieur travaille où j'ai grandi et moi pas», a scandé un manifestant au chômage depuis février. «Les contracteurs arrivent avec leurs gars, il n'y a pas d'ouverture pour nous autre», a rajouté un second travailleur sans emploi.

Manifestations pacifiques

Les barrages se sont somme toute déroulés dans le calme. «On a énormément de gens qui sont à boutte et qui veulent casser la baraque, c'est ça qui est le plus dur à contrôler, mais on y arrive», a expliqué Bernard Gauthier. «Quand t'as de l'eau en dessus du nez, et que l'eau continue de monter, tu vas essayer de faire quelque chose, tu peux pas te laisser mourir».

La Sûreté du Québec, qui tolérait toujours la présence des travailleurs sur la route, n'a procédé à aucune arrestation. L'Unité d'urgence de la SQ a cependant été déployée de Québec vers Baie-Comeau en «cas de débordements». À Pessamit, c'est la sécurité publique de la communauté autochtone qui a assuré l'ordre. Il a été impossible de s'entretenir avec un porte-parole.

Le ministère du Travail n'a pas commenté les actions des travailleurs, référant Le Soleil au bureau du ministre responsable de la Côte-Nord, Pierre Arcand, qui n'était pas disponible pour une entrevue, jeudi. «Dans une perspective régionale, notre gouvernement a toujours encouragé les entreprises à employer les citoyens de la région d'opération», a mentionné le ministre Arcand dans un courriel acheminé à la presse.

Pour sa part Hydro-Québec qualifie de «préoccupante» la situation et craint que des travailleurs ne peuvent se rendre sur le chantier du complexe, qui bat son plein. «Il y a des impacts potentiels et nous en sommes à les évaluer», a fait savoir le porte-parole Serge Abergel. «On regarde l'ensemble des pistes qui s'offrent à nous, mais on ne peut dire quelle seront retenues.»

Les députés péquistes de Duplessis et René-Lévesque, Lorraine Richard et Marjolain Dufour, ont sommé le gouvernement d'agir rapidement, tout comme la FTQ-Construction, qui a donné son appui aux manifestants.

«Une guerre de chiffres»

«Publiquement ce qui ressort, c'est une bataille entre Rambo et Diane Lemieux. Ce n'est pas vrai, régionalement il y a consensus», s'insurge le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier. «Il y a des problèmes sur la Côte-Nord et il faut des solutions».

Tout comme d'autres élus de la région, le maire de Sept-Îles a participé aux travaux de la Table régionale sur la main-d'oeuvre dans l'industrie de la construction, dont les conclusions ont été partagées au ministère du Travail et à la Commission de la construction du Québec.

«Il ne faut pas que ce soit une guerre de chiffres. L'un parle de chiffres, l'autre parle de la réalité (...) On a compris qu'on allait devoir régler ça avec le politique». Mais, depuis une rencontre à Québec en décembre avec plusieurs ministres, c'est silence radio, déplore Réjean Porlier. «On ne dit pas qu'il n'y a rien qui a été fait (...) mais, la région a été complètement écartée».

Le maire Porlier a sollicité une rencontre avec le ministre du Travail, Sam Hamad, qu'il a obtenu la semaine dernière, et qui s'est suivi d'un appel téléphonique avec la PDG de la CCQ, Diane Lemieux. «Nous avons eu de bonnes discussions, a-t-il confié. Je leur ai dit qu'ils devraient envoyer un signal pour dire que c'est pas banal ce qui se passe sur la Côte-Nord. Ils devraient débarquer sur le terrain.»

Selon Réjean Porlier, la région «se fait déshabiller morceau par morceau». Le maire somme le gouvernement de cesser d'appliquer des politiques «mur-à-mur» et de s'attarder à la réalité de la Côte-Nord.

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