Dégringolade du Plan Nord: la Côte-Nord refuse de baisser les bras

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Selon la présidente de la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord, Micheline Anctil, la fermeture de la mine de fer du lac Bloom est le résultat d'un développement «mal planifié».

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Steeve Paradis

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Baie-Comeau) Le Plan Nord a pris un sérieux coup dans les flancs la semaine dernière avec l'annonce de la fermeture de la mine de fer du lac Bloom, près de Fermont, entraînant la perte d'au moins 400 emplois. Aujourd'hui, peu de projets ont résisté à la chute du prix du fer, ce qui laisse la Côte-Nord sur sa faim et, un peu aussi, avec une gueule de bois après le boom du «premier» Plan Nord qui promettait mer et monde aux Québécois, mais qui, finalement, a apporté autant sinon plus de problèmes que de bénéfices à la région. Malgré tout, autant les Innus que les Blancs de la Côte-Nord refusent de baisser les bras et désirent profiter de cette nouvelle occasion pour participer pleinement au développement de leur territoire.

«La démarche qui se fait présentement, contrairement au début du Plan Nord, c'est que le milieu semble entendu, écouté», soutient Micheline Anctil, présidente de la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord (CRÉ). «Un bon développement, ça se doit d'être planifié et structuré avec le milieu visé. On l'a vu à Fermont, on le voit à Havre-Saint-Pierre, les résultats d'un boom mal planifié.»

Une plus grande implication de la région signifie également un meilleur arrimage au marché de l'emploi, enchaîne la présidente. «Si les communautés sont appelées à participer à toutes les étapes du Plan Nord, ça veut notamment dire qu'on pourra former notre main-d'oeuvre en fonction des besoins.»

Mme Anctil affirme aussi que «l'exploitation des ressources devra être faite de façon à favoriser les retombées locales et régionales. Tout le monde semble d'accord avec ce principe, mais il faut vraiment insister pour que ça se concrétise».

Dans la planification d'un Plan Nord 2.0, la présidente de la CRÉ identifie l'amélioration des routes 138 et 389 ainsi que le Port de Sept-Îles comme étant les priorités régionales. «Le troisième chemin de fer, c'est important aussi, tout comme l'accès au gaz naturel et une meilleure couverture du service Internet haute vitesse. Même en 2014, ce n'est pas une réalité pour tous, la haute vitesse», ajoute-t-elle.

Une réalité depuis 60 ans

L'exploitation du fer, ce n'est pas une nouveauté pour la communauté innue d'Uashat mak Mani-Utenam (ITUM), tout près de Sept-Îles. «Pour nous, le Plan Nord, ce n'est pas un projet inventé par Jean Charest, c'est une réalité qu'on vit depuis les années 50, soit depuis le début de l'exploitation minière dans la Fosse du Labrador», souligne le directeur de la protection des droits et du territoire chez ITUM, Jean-Claude Therrien-Pinette. «Et c'est un développement duquel on a été mis de côté durant de longues décennies.»

Dans ce dossier, la baisse du marché du fer s'avère un allié pour le conseil de bande, croit M. Therrien-Pinette. «Plusieurs se sont excités le pompon quand le prix du fer a grimpé, mais un ralentissement va peut-être nous permettre de trouver de meilleures façons de travailler avec le gouvernement, en faisant respecter nos droits et notre Nitassinan», indique le directeur, qui signale que le territoire ancestral de sa communauté, le Nitassinan, est le plus directement affecté par le Plan Nord chez toutes les nations autochtones du Québec.

Le responsable du dossier Plan Nord chez ITUM estime aussi que cette pause dans l'effervescence du développement du Nord pourrait permettre aux Innus et au gouvernement de mieux encadrer leurs relations, comme Québec l'a déjà fait avec les Inuits et les Cris, entre autres.

Rappelant que «dans le contexte financier particulier du gouvernement, il ne faut pas s'attendre à des miracles côté investissements publics», Jean-Claude Therrien-Pinette reste tout de même positif. «Chez nos vieux leaders, l'optimiste ne règne pas. Ils ont vu plusieurs rendez-vous manqués au fil des ans. Mais on va laisser la chance au coureur. Philippe Couillard a déjà rencontré les chefs et un dialogue s'installe. On verra», conclut-il.

Plan Nord : le chemin de fer de la résurrection

Pour plusieurs, la résurrection du Plan Nord passe par la création d'un troisième lien ferroviaire entre la Côte-Nord et la Fosse du Labrador, un tronçon de 750 kilomètres qui nécessiterait des investissements de quelques milliards de dollars. Champion Iron Mines est de ceux-là.

L'entreprise et son partenaire dans ce projet, Exploitation minière Lac Otelnuk (formé par Adriana Resources et la chinoise Wisco), ont reçu de bonnes nouvelles récemment lorsque le gouvernement a annoncé la première phase d'étude de faisabilité de ce troisième chemin de fer nord-côtier. Dans ce dossier, le gouvernement et les compagnies sont associés pour former la Société ferroviaire du Nord québécois, à laquelle pourraient éventuellement se joindre d'autres minières.

Pour Champion, qui en est présentement à l'étude de faisabilité de sa mine Consolidated Fire Lake North, près de Fermont, «un rail multi-utilisateur permettrait de réduire les coûts opérationnels et renforcer la rentabilité [du projet]», a indiqué Suzie Kim, responsable des communications corporatives chez Champion.

Troisième voie occupée

Il y a pourtant deux chemins de fer qui relient déjà la Côte-Nord et la riche Fosse du Labrador. La première, appartenant à la Compagnie minière IOC, va de Sept-Îles et Schefferville (573 kilomètres) alors que la seconde, propriété d'ArcelorMittal, relie Port-Cartier à Fermont et fait 420 kilomètres. Mais comme il s'agit de lignes privées, la plupart des nouveaux joueurs miniers n'y auront pas nécessairement accès ou à un coût trop élevé. Si les promesses minières se concrétisent, cette troisième voie ferrée pourrait devenir fort occupée. «L'étude de faisabilité d'un nouveau lien ferroviaire étudiera d'abord un tonnage total de 20 millions de tonnes [de minerai par année], avec possibilité d'une expansion jusqu'à 50 millions de tonnes», a ajouté Mme Kim.

Cette première phase d'examen, confiée à Canarail, examinera la possibilité d'amener le chemin de fer du quai multi-usager du Port de Sept-Îles, que Champion a financé en partie, jusqu'à Fermont. Une éventuelle deuxième phase prolongerait le rail jusqu'à 120 kilomètres au nord de Schefferville. Selon les premières estimations, le projet serait évalué entre 2 et 5 milliards $.

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