Ciment McInnis: le grain de sable dans l'engrenage

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L'emplacement de la construction de la cimenterie de Port-Daniel, le 27 septembre

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(Québec) «On est achalant pour les multinationales. Comme un caillou dans le soulier du marcheur. Ciment McInnis, c'est la compagnie qui dérange.»

Annoncé d'abord par l'ancien gouvernement du Parti québécois, puis reconfirmé, en juin dernier, par celui de Philippe Couillard, le projet de construction d'une cimenterie à Port-Daniel-Gascons, en Gaspésie, pousse presque à vue d'oeil.

«Les travaux ont débuté en mai et se poursuivront jusqu'en août 2016», indique le pdg de Ciment McInnis, Christian Gagnon, au cours d'une entrevue accordée au Soleil. 

«À partir de là, une période de rodage s'amorcera. La première livraison de ciment par bateau vers la côte est des États-Unis se fera en octobre ou en novembre 2016, soit au moment où les analystes s'entendent pour dire qu'il y aura un manque de ciment sur le marché du nord-est de l'Amérique du Nord, notamment en raison du rebondissement de l'économie américaine.»

Estimé à 1,1 milliard $, le projet devrait permettre la création de 2300 emplois par année durant la construction de la cimenterie sur un gisement de calcaire de haute qualité, dont de 600 à 700 sur le site de Port-Daniel-Gascons, une municipalité située dans la Baie-des-Chaleurs. 

Une fois qu'elle sera pleinement en exploitation, l'usine produira annuellement 2,2 millions de tonnes de poudre fine qui, mélangée à du gravier, du sable et de l'eau donnera le béton, le matériau de construction le plus répandu au monde. Elle procurera alors

200 emplois directs et autant d'emplois indirects.

Ciment McInnis évalue les retombées fiscales de son projet pour le Québec à 359 millions $ sur une période de 20 ans.

«Ça va être payant pour le Québec. La province va faire de l'argent. La Gaspésie va faire de l'argent. Les investisseurs vont faire de l'argent. Nous aurons la capacité de faire du ciment à un coût plus faible que nos concurrents et de le vendre à des prix compétitifs dans un marché, celui du nord-est de l'Amérique du Nord, pour lequel la demande est forte. En 2007, les États-Unis ont importé 30 millions de tonnes de ciment», informe M. Gagnon, qui roule sa bosse dans le monde du ciment depuis près d'une quarantaine d'années.

Pas de cadeau de l'État

Derrière le projet de cimenterie, il y a le Groupe Beaudier, la société d'investissements des familles Beaudoin et Bombardier. «C'est à partir du moment où j'ai su que Laurent Beaudoin tenait les guides du projet que j'ai pris le temps d'écouter l'offre d'emploi qu'un chasseur de têtes me proposait pour construire et gérer une cimenterie en Gaspésie», évoque Christian Gagnon.

Pour financer le projet, le Groupe Beaudier et des investisseurs privés québécois ont déposé 400 millions $ sur la table. S'ajoute un investissement de 100 millions $ de la Caisse de dépôt et placement du Québec en capital-actions. En accordant des prêts de 360 millions $ et de

250 millions $ respectivement, un syndicat bancaire, piloté par la Banque Nationale, et Investissement Québec viennent compléter la structure de financement.

Sans le coup de pouce de l'État, le projet n'aurait probablement jamais vu le jour, soutient

M. Gagnon. «Du financement de grand projet industriel par des fonds d'investissement privés, il ne s'en est fait presque plus au Canada.»

«J'entends les hauts cris de sénateurs américains qui, cherchant à se porter à la défense des multinationales du ciment, dénoncent l'aide apportée par le gouvernement du Québec au projet. Il s'agirait, selon eux, d'une aide injuste accordée par Québec pour permettre à un nouveau joueur de s'imposer chez eux. Ils font état de concurrence déloyale. Ils réclament une enquête. Or, je tiens à le répéter haut et fort, c'est un prêt, pas une subvention, que nous avons reçue de la part du gouvernement québécois», martèle Christian Gagnon. «Il est conforme aux règles de l'Accord de libre-échange nord-américain et de l'Organisation mondiale du commerce.»

Il soutient que Ciment McInnis ne profite d'aucun avantage concurrentiel. Pas même d'un tarif préférentiel pour l'électricité. «Nous devons même financer la construction de la ligne à haute tension qui alimentera l'usine!»

Fusion Holcim-Lafarge

L'entrée en scène de Ciment McInnis dans le marché nord-américain se fait dans un contexte particulier.

D'abord, les cimenteries n'ont pas bonne presse. Énergivores, elles laissent une empreinte écologique importante. Construites, pour la plupart, il y a plus d'un demi-siècle, les usines sont désuètes.

«C'est surtout une industrie secouée par la fusion de deux des plus importants joueurs», signale Christian Gagnon. Holcim et Lafarge ont annoncé leur union. Précisons que Lafarge est en partie propriété d'une filiale de Power Corp, qui est aussi propriétaire de Gesca et du Soleil.

Au Canada, pour obtenir le feu vert du Bureau de la concurrence, le nouveau géant du béton devra se départir des certains de ses actifs. Il a été convenu qu'au Canada, Holcim allait vendre l'ensemble de ses propriétés.

Alors, comment une petite cimenterie qui produira 2,2 millions de tonnes de ciment par année peut-elle déranger à ce point deux multinationales qui en fabriquent

300 millions de tonnes?

«Avec notre usine à la fine pointe de la technologie dont l'empreinte écologique sera réduite au maximum, nous détruisons, à leurs yeux, la valeur potentielle des actifs que Holcim doit vendre afin que la mégatransaction soit acceptée au Canada», suggère le pdg de Ciment McInnis.

Christian Gagnon entend évidemment les complaintes des autres joueurs de l'industrie, dont le Regroupement pour l'équité dans l'industrie canadienne, qui soutiennent que les cimenteries existantes ne fonctionnent qu'à 60 % de leur capacité pour demander au gouvernement du Québec devrait retirer ses billes dans le projet de Port-Daniel-Gascons.

Pour M. Gagnon, il n'y a pas de surcapacité de production. Les États-Unis ne parviennent pas à combler leurs besoins. Et au Québec, il y a des joueurs, comme Béton Provincial, par exemple, qui importent leur ciment parce que les cimenteries d'ici vendent leur produit trop cher. «Si les cimenteries roulent à 60 % comme elles le prétendent, c'est de leur propre faute», tranche Christian Gagnon.

2453
Population de Port-Daniel-Gascons au recensement de 2011
2,6
millions $
Budget municipal annuel
100
Emplois dans le principal secteur d'activité, les pêches commerciales
18
Nombre d'employés à la Ville, principal employeur avant l'arrivée de la cimenterie

Des retombées palpables, estime le maire de Port-Daniel-Gascons

Les retombées économiques découlant du chantier de construction de la cimenterie de Port-Daniel sont palpables, estime le maire de Port-Daniel-Gascons, Henri Grenier, mais il s'attend à des retombées plus importantes en 2015, alors que la main-d'oeuvre s'affairant à poursuivre l'érection du complexe atteindra 600 personnes.

Les travaux de construction du projet de 1,1 milliard $ ont débuté en mai, et la main-d'oeuvre a grimpé graduellement pour atteindre 346 personnes la semaine dernière. Une partie de la somme injectée par Ciment McInnis servira à l'aménagement de terminaux de réception aux États-Unis.

«C'est un plus. Ils sont rendus à environ 10 % [d'avancement par rapport au projet final]. Il y a 80 % des travailleurs qui viennent de la région. Il doit y avoir un beau bassin de travailleurs qui vivent entre New Richmond et Percé [80 kilomètres de part et d'autre de l'emplacement] et ils vont coucher chez eux. Les épiceries, les stations-service et les autres commerces en profitent. Le printemps prochain, il y aura beaucoup plus de personnes sur le chantier. Il y aura plus de spécialités, plus de gens de l'extérieur», dit M. Grenier.

L'aubergiste Benoit Pilon voit une légère baisse d'achalandage depuis les dernières semaines. «Ce fut tout de même un assez bon été, mais on sent un ralentissement d'activités prévu à l'échéancier dû au type de travaux, comme les solages, le coulage de ciment, l'excavation et le reste. C'est aussi en fonction de la température qui s'en vient. Néanmoins, on restera ouvert tout l'hiver pour offrir un hébergement aux cadres et professionnels qui viendront, mais de ce que je comprends, les très bonnes années sont surtout devant nous, à partir du printemps 2015.»

Florence Gauthier, porte-parole de Ciment McInnis, précise que les besoins un peu moins forts en hébergement ponctuel découlent sans doute du fait que «certains travailleurs sont sur place pour deux ans. Ils ont loué des maisons. Ciment McInnis a aussi acheté des maisons, et elles servent aux travailleurs».

Les travaux actuels portent surtout sur les silos de stockage, l'unité de préchauffage du calcaire, les gabarits du port sur pilotis et la structure métallique du premier hangar qui servira à l'entreposage de matières premières. Le coulage de béton arrêtera en novembre, en fonction du climat.

«Durant l'hiver, on passera en mode ralenti, et environ 100 personnes resteront sur le chantier. Il y aura du travail dans les entrepôts, et on n'exclut pas des abris temporaires. Il y aura des travaux pour l'aménagement des conduites d'aqueduc», ajoute Florence Gauthier. Gilles Gagné

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