Beauce: des Costaricains à la rescousse

Les cinq derniers soudeurs costaricains recrutés par Manac,... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Les cinq derniers soudeurs costaricains recrutés par Manac, Emil Gomez, Israel Cortes, Roy Apuy, Danny Obando et Giovanni Rojas, portent attention aux conseils du formateur Pierrot Gilbert  en présence de la traductrice Viviana Cardenas.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Le Soleil

(Québec) La gravité de la pénurie de main-d'oeuvre spécialisée pousse des entreprises manufacturières de la Beauce à recruter des soudeurs et des machinistes au Costa Rica.

«C'est une nouvelle approche que nous expérimentons», explique Charles Dutil, président et chef de la direction de Manac, un fabricant de semi-remorques de Saint-Georges. Six soudeurs costaricains sont arrivés au pays à la fin du mois de septembre. Cinq autres de leurs compatriotes sont venus les rejoindre la semaine dernière. Près d'une dizaine d'autres soudeurs devraient venir leur prêter main-forte en janvier.

Si Manac - un employeur qui procure un gagne-pain à plus de 650 travailleurs - s'est tournée vers le recrutement international, c'est parce qu'elle n'arrivait pas à dénicher de soudeurs pour oeuvrer dans un quart de travail de semaine. Ni dans la Beauce. Ni dans la région de Québec. Ni dans l'ensemble du Québec. «Il manque entre 500 et 600 soudeurs au Québec», fait remarquer Luc Plamondon, président de Travailleurs sans frontière, une agence qui accompagne les entreprises dans le recrutement de personnel spécialisé au Costa Rica.

«La situation n'est guère mieux dans les provinces maritimes avec le contrat de 25 milliards $ accordé par le gouvernement fédéral avec Irving Shipbuilding pour la construction de navires. Et du côté de l'Alberta, c'est la pénurie totale», précise M. Plamondon qui appréhende le pire pour les PME manufacturières des régions de la Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale le jour où le chantier maritime Davie reprendra ses activités et recommencera à embaucher massivement des soudeurs et des machinistes.

En passant, les machinistes ne courent pas les rues non plus.

«C'est décourageant. Il n'y en a pas sur le marché», témoigne Sylvain Bernard, directeur général d'OSI Précision, un atelier d'usinage de petites et moyennes pièces de précision de Saint-Georges. «Le Centre intégré de mécanique industrielle de la Chaudière (CIMIC) de la commission scolaire de la Beauce-Etchemin n'a formé que quatre machinistes l'an dernier. Il faut quasiment se battre pour réussir à les avoir.»

OSI Précision a essayé de former des journaliers aux rudiments des techniques d'usinage. «Ça n'a pas été un succès», rend compte M. Bernard. «Être machiniste, c'est un métier. Ça prend des mathématiques. Ça prend une bonne tête. Ce n'est pas juste de tourner des poignées. C'est de la grosse programmation.»

À bout de recours, Sylvain Bernard s'est rappelé un feuillet d'information qu'il avait consulté et qui abordait la question du recrutement de travailleurs spécialisés au Costa Rica.

«De fil en aiguille, je me suis retrouvé dans ce pays au mois de mai dernier. On m'a proposé 27 machinistes. J'ai réalisé des entrevues avec une dizaine d'entre eux et, en bout de course, j'en ai choisi quatre.»

Et ces quatre machinistes sont en formation chez OSI Précision depuis la fin du mois de septembre. «Nous commençons avec quatre et nous verrons ensuite l'opportunité d'en accueillir d'autres.»

Tant chez OSI Précision que chez Manac, les travailleurs costaricains ont signé un contrat de deux ans avec leur nouvel employeur. Durant cette période, ils ne pourront aller travailler nulle part ailleurs au Canada.

Ces travailleurs sont âgés de 20 à 30 ans. Certains sont célibataires, d'autres sont mariés. Ils ont tous laissé leur famille derrière eux.

«Leur langue, c'est évidemment l'espagnol, mais quelques-uns se débrouillent en anglais», signale Blaise Rodrigue, directeur des ressources humaines chez Manac. D'un jour à l'autre, ils doivent commencer leur apprentissage de la langue française.

Les deux employeurs beaucerons sont étonnés du niveau de compétence de leurs nouveaux salariés.

«Il y a de bonnes écoles de formation professionnelle au Costa Rica et ça paraît», signale Blaise Rodrigue. «Les gars ont du métier. Pour eux, il s'agit maintenant de s'adapter à nos façons de faire», ajoute Sylvain Bernard.

Ce dernier raconte qu'un machiniste au Costa Rica gagne en moyenne de 4,50 $ à 5 $ l'heure. «Là-bas, le coût de la vie ressemble au nôtre. Les gens doivent travailler pratiquement sept jours par semaine s'ils veulent se faire un salaire décent.» Chez OSI Précision, les machinistes du Costa Rica touchent un salaire horaire de 16,76 $. «Quant ils ont appris que nous offrions une prime pour le travail de soir et une prime pour le travail de fin de semaine, ils se sont portés volontaires pour travailler le soir et la fin de semaine!»

Nouveau secteur

Une autre entreprise de la Beauce, Estampro, accueille aussi des travailleurs costaricains. C'est aussi le cas de Rotobec de Sainte-Justine de Bellechasse.

Directeur général du Conseil économique de Beauce, Claude Morin applaudit l'ouverture des entreprises manufacturières au recrutement international. Des travailleurs étrangers, il y en a déjà un certain nombre dans le secteur de la production agricole, mais dans celui de la fabrication, c'est nouveau.

«La question est maintenant de savoir si les travailleurs costaricains resteront dans la Beauce. Résisteront-ils à l'appel de leur pays, à celui des grands centres comme Montréal et Toronto ou encore à celui d'autres employeurs comme Bombardier ou Pratt & Whitney?»

Dans la région de la Chaudière-Appalaches, ils sont plusieurs à avoir frais à la mémoire le cas de Sainte-Clotilde-de-Beauce, une municipalité de la MRC des Appalaches, qui avait connu une sorte de résurrection, au milieu des années 2000, à la suite de l'arrivée d'une quarantaine de réfugiés colombiens. Leur présence avait permis de résorber la rareté de main-d'oeuvre dans ce coin de pays et même de sauver la petite école du village. Aujourd'hui, il n'en reste plus un seul.

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