Grande-Rivière: six mois de boulot, six mois de chômage

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Pour les employés du Centre de tri, dont Ginette Joncas, les horaires de six mois se justifient par un travail exigeant et répétitif.

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Geneviève Gélinas, collaboration spéciale
Le Soleil

(Grande-Rivière) Le Centre de tri de Grande-Rivière, en Gaspésie, utilise un système de travail assez spécial. Deux équipes de travail se relaient par périodes de six mois. L'équipe «au repos» retire des prestations d'assurance emploi pendant les six mois restants. Cette façon de faire existe depuis 13 ans, au vu et au su du syndicat CSN et des élus municipaux qui gèrent le Centre.

Ginette Joncas est là depuis les débuts du Centre en 1999; elle trie les matières récupérables des MRC du Rocher-Percé et de La Côte-de-Gaspé de juillet à janvier. «J'aurais de la misère à faire plus que six mois [en ligne], dit-elle. C'est très physique, il y a beaucoup de mouvements répétitifs.»

Son collègue Steve Lambert, mécanicien, travaille selon le même horaire. «Je suis opérateur de presse. C'est sûr que moi, je pourrais travailler à l'année. J'aime bien ça, ça fait une période de repos. Quand j'ai passé l'entrevue, on m'a expliqué que ça fonctionnait comme ça.»

Au bout de six mois, les huit saisonniers obtiennent leur T4 sur lequel est inscrit «fin du contrat», et les huit autres rentrent au travail. Jamais Service Canada n'a demandé plus d'explications, rapporte l'adjointe administrative du Centre de tri, depuis près de sept ans qu'elle travaille au centre (à l'année dans son cas).

Les horaires de six mois sont même inscrits dans la convention collective, précise Yvanhoe Beauchamp, président du syndicat des employés, affilié à la CSN. Il est conscient qu'il s'agit d'un «cas spécial». «Il ne faudrait pas trop l'écrire, dit-il au Soleil, parce que peut-être que les grands du siège social [de Service Canada] ne seraient pas d'accord.»

La directrice du Centre, Nathalie Drapeau, nie que la situation soit justifiée par des risques de blessures. «On est 42 centres de tri du Québec. Tous les autres fonctionnent 12 mois par an [avec la même équipe].» Au Centre de tri de Grande-Rivière, un seul dossier a été transmis à la Commission de la santé et de la sécurité du travail en sept ans.

Comme employeur, Mme Drapeau ne voit pas d'avantage aux horaires de six mois. «Quand la nouvelle équipe rentre, la transition n'est jamais simple. Il faut remotiver les troupes.»

Diane Lebouthillier est préfète de la MRC du Rocher-Percé et présidente de la Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie, l'organisme chapeauté par des élus municipaux qui administre le Centre de tri. En deux ans comme présidente, le système de travail n'a jamais été remis en question, dit-elle. «Ça fait partie du mode de fonctionnement habituel.»

Le Centre de tri a été fondé en 1998, dans une période d'incertitude quant à l'avenir de la papeterie de la ville voisine de Chandler, une usine qui finira par fermer définitivement, justifie Mme Lebouthillier. «Les priorités gouvernementales étaient de faire travailler le plus de gens possible.»

La préfète admet qu'elle n'est «pas vraiment à l'aise» avec les horaires de six mois. «Il y a des pénuries de main-d'oeuvre et on demande des gens à l'année. On ne peut pas se permettre d'avoir des gens à l'arrêt. On va aborder le sujet avec [nos employés].»

Le Soleil a demandé à Service Canada si la façon de faire du Centre de tri était légale. Au moment d'écrire ces lignes, nous attendions toujours une réponse.

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