Quand Éric Wazana a rencontré les acteurs socioéconomiques de Beauce-Sartigan pour présenter son projet, l'accueil a été plutôt tiède et le contexte, peu enthousiasmant.
«RGR, qui jusque-là était le sous-contracteur de Second Clothing, la compagnie que j'ai fondée en 2000 à l'âge de 28 ans, fermait. Si le roi du jean abandonnait le monde du textile, qui étions-nous, mon frère et moi, pour risquer l'aventure? Deux jeunes, un peu fous...», raconte Éric Wazana, copropriétaire de Beauce Jeans.
En l'an 2000, le secteur du textile était à son apogée en Beauce-Sartigan.
«Il comptait 27 entreprises pour 2906 travailleurs, ce qui représentait 27 % des emplois manufacturiers», note le commissaire industriel Bastien Lapierre.
Toutefois, le portrait à Saint-Georges et dans les municipalités avoisinantes a changé de façon significative dans le vêtement. En 2011, neuf entreprises employant 505 personnes se sont partagé 7 % des emplois manufacturiers tous secteurs confondus.
«Malgré cela, le 14 octobre 2011, mon frère Jacob et moi tenions en nos mains notre première paire de jeans pour approvisionner Second Clothing. Il y avait 35 employés. Aujourd'hui, nous sommes 70. La croissance est soutenue. Nous en sommes tous vraiment très fiers», dit Éric.
En Beauce
«Nous nous sommes installés ici pour l'expertise et la qualité de la main-d'oeuvre. La bâtisse occupée à Saint-Côme fait 52 000 pieds carrés et nous permettra de bien grandir», dit le diplômé en comptabilité des HEC.
Auparavant, différentes options avaient été examinées. «Aller en Chine comme plusieurs, sous-traiter ou tout faire de A à Z, production et mise en marché de notre marque et du produit vedette qu'est le Yoga Jeans? Malgré les coûts plus exhaustifs, approvisionner nous-mêmes Second Clothing pour répondre à la demande de nos 850 détaillants en Amérique du Nord nous a semblé être la meilleure solution», explique l'entrepreneur.
Le nouveau concept comporte des arguments qualitatifs non négligeables : les emplois, les délais de livraison, entre autres.
«Notre mère Ruth, qui était couturière, a trop souvent perdu son emploi. Ça nous a touchés. Alors, garder les emplois chez nous, donner des emplois à long terme, importe vraiment. Ça fait partie de nos valeurs sociales et économiques, dit Éric Wazana.
Le délai de livraison, ramené à cinq semaines en Beauce contre cinq mois pour la Chine, a ses avantages.
«La mode change rapidement, explique M. Wazana. Au lieu de supporter des inventaires lourds et devoir écouler les surplus à rabais, les détaillants préfèrent placer des commandes moindres et s'adapter aux demandes du moment.»
«Beauce Jeans n'est pas dans la "guerre de prix", pas plus que nous ne payons nos employées "à la pièce". Nous ne visons pas la quantité. Nous axons sur la qualité d'un jeans «plus haut de gamme» hyper confortable qui s'ajuste à la perfection à chaque femme. Les fibres, la conception, le confort du Yoga Jeans, un produit équitable qui se détaille entre 120 et 190 $, sont uniques et spécifiques. Le potentiel est énorme», termine-t-il.