Dans un secteur particulièrement touché par les aléas de l'économie, la fin justifie souvent les moyens. En se lançant, il y a quatre ans, dans le marché des jeux d'eau, Romain Julien avait surpris. En embauchant, l'automne dernier, un sculpteur professionnel dans son atelier de mécanique et de soudure industrielles, le président de Mécanarc est sorti des sentiers battus.
«C'est un simple coup de fil qui a marqué le point de départ de Cameleoh! Le coup de fil d'un gars de Grondines qui a mis 20 ans à développer son art et dont la fille avait vu fin août, dans Le Soleil, ma photo à côté d'une structure pour jeu d'eau», rapporte M. Julien, qui cherchait alors à donner un nouveau souffle aux produits qu'il commercialisait, à l'époque, sous le nom de H2O.
L'entrée en scène du sculpteur Éric Lapointe sera rapidement suivie d'un exercice de réflexion stratégique appuyé par Emploi-Québec et le ministère du Développement économique. Pour équilibrer un carnet de commandes qui ne suffisait pas à maintenir une activité satisfaisante tout au long de l'année, il devenait nécessaire de percer le marché des États-Unis.
La participation de l'entreprise, en octobre, aux expositions de la World Water Parks Association à La Nouvelle-Orléans et de l'International Association of Amusement Parks and Attractions, le mois suivant, en Floride, allait se solder par un premier contrat d'un tout nouveau genre.
Structures anamorphes
Si, pour les jeux d'eau, toute la ligne des produits est maintenant redessinée par M. Lapointe afin d'offrir aux clients un design plus accrocheur, sous Cameleoh! , des structures décoratives anamorphes - un procédé en trompe-l'oeil qui permet à une oeuvre de former une image identifiable à partir d'un point de vue précis - ont aussi fait leur apparition.
«Le curieux acheteur de ce qui constitue une première pour nous? Le musée Ripley's de Baltimore. La sculpture commandée? Un corbeau en double exemplaire destiné à rendre hommage aux équipes locales de football et de baseball, les Raven et les Orioles, et qui a été livré le 27 mai», annonce fièrement le président de Mécanarc.
Ce que souhaite désormais vendre la nouvelle division de l'entreprise : sa capacité de créer. «Il n'y a aucun représentant chez nous; ce que nous voulons être, c'est un générateur de possibilités qui se vend par ce qu'il livre», poursuit Romain Julien.
Développer à partir de l'oeil d'un artiste, c'est la nouvelle avenue qu'a choisi d'emprunter l'entrepreneur pour se donner un avantage concurrentiel. «D'un autre côté, Romain m'amène des clients que je ne pourrais pas aller chercher par le marché de l'art», croit bon d'ajouter Éric Lapointe.
Séduits par les sculptures anamorphes, un parc d'attractions d'Orlando, en Floride, et deux compagnies de croisières - Royal Caribbean et Carnival - sont actuellement en négociations avec Cameleoh! pour la fabrication d'oeuvres exclusives. Au Québec, les démarches en vue d'obtenir des contrats pour les jeux d'eau vont également bon train.
En plus de consolider la soixantaine d'emplois de l'entreprise fondée il y a 16 ans, le nouveau créneau des structures pour jeux d'eau et décoratives a déjà rendu possible l'embauche d'un ingénieur et d'un designer industriel (www.cameleoh.com).