Julien Cloutier, propriétaire des croisières du même nom, note une baisse de 30 % de sa clientèle cette année. Des autobus de Français arrivent remplis au tiers, tandis que d'autres annulent.
Les Québécois manquent aussi à l'appel. «Je fais des voyages à 10 ou 15 personnes [sur une capacité de 123]. Ce n'est pas normal à ce temps-ci. Et j'ai deux bateaux qui n'ont pas bougé de L'Anse-à-Beaufils [leur port d'attache] encore!»
Chaque année, l'industrie touristique gaspésienne se plaint que les touristes arrivent de plus en plus tard, un retard difficile à rattraper ensuite. Le décalage des vacances de la construction, la crise économique et la concurrence croissante d'autres destinations sont mis au banc des accusés.
Peu de nouveauté
Johanne Jacques, de Mascouche, déambule dans la rue principale de Percé. Elle arbore lunettes noires, robe soleil et n'a aucun projet précis pour la journée: les vacances, quoi. Sa dernière visite à Percé remonte à la fin des années 80. «C'est resté pareil», dit-elle. Pour Mme Jacques, c'est une bonne chose. Pour bien des gens d'affaires de Percé, c'est la cause du marasme.
Yvan Leblanc, un employé des Bateliers de Percé, se rappelle qu'on roulait «pare-chocs à pare-chocs» à Percé il y a 20 ans. «En ville, il y a de plus en plus de grands spectacles, dit-il. Nous, on est loin et les attractions se font rares.»
Au Club nautique de Percé, la piscine est à sec et des tables à pique-nique sont entreposées au fond. Même si les touristes ne viennent pas dans la ville du rocher pour se baigner, bien des Percéens voient dans leur piscine à bout d'âge un symbole de la stagnation, sinon du déclin de leur ville comme destination touristique.
Marie Leblanc, responsable de l'accueil touristique pour la ville de Percé, convient qu'il y a des «attentes» et un «travail nécessaire» à accomplir. Le rocher Percé et les fous de Bassan de l'île Bonaventure resteront ce qui rend Percé unique, dit-elle, mais «ça ne veut pas dire qu'il faut s'asseoir là-dessus».
Percé reçoit environ 400 000 visiteurs par année. Cette ville fusionnée à ses voisines compte quelque 3300 habitants, mais le seul village de Percé en compte 350 hors saison touristique.
Solutions
Depuis l'automne, Percé dispose d'un circuit historique, «mais ça nous prend un autre produit d'appel, nouveau, qui fera wow!» affirme Mme Leblanc. Selon elle, le projet de parc régional dans le secteur du mont Sainte-Anne, qui surplombe Percé, peut créer ce wow. Au coût de 7,6 millions $, «Percé l'incontournable» propose de construire un centre de découverte, une passerelle au-dessus du vide et un réseau de sentiers.
Les efforts pour attirer la clientèle allophone québécoise commencent à porter leurs fruits, rapporte Mme Leblanc. Les marchés de l'Outaouais, de l'Alberta, et des ornithologues américains sont aussi dans la mire. Pour le député libéral Georges Mamelonet, restaurateur à Percé, le Québec et sa ville doivent attirer davantage de clientèle internationale. Et ça passe par le développement des aéroports de la région. «On a le marché de Boston et Portland à côté de nous, ce sont huit millions de personnes, l'équivalent d'un autre Québec», dit le député.