«Chaque fois que Bombardier fait appel à la sous-traitance, ce sont des emplois qui disparaissent ici», affirme M. Lévesque. «L'entente a été signée en février 2010 suite au transfert du contrat du métro de Chicago vers l'usine de Plattsburgh. Les deux parties avaient alors convenu que les pièces primaires et les sous-ensembles mineurs et majeurs pour les contrats de Chicago, du New Jersey et de la STM (métro de Montréal) seraient fabriqués à La Pocatière. Or, celles-ci nous arrivent déjà assemblées de Saint-Jean-sur-Richelieu ou de Mississauga.»
Les toits des voitures du métro de Montréal, qui devaient être en acier inoxydable et réalisés à La Pocatière, seront plutôt fabriqués en aluminium par une entreprise américaine.
«Nous avons ici l'expertise requise pour en fabriquer, mais pas la machine pour souder, qu'ils ne veulent pas acheter», note M. Lévesque. «Le procédé de soudage par malaxage n'existe pas au Québec. L'achat de l'équipement aurait requis des investissements de plusieurs millions», réplique Marc Laforge, de Bombardier, ajoutant que l'assemblage des toits se fera à La Pocatière. «Cela représente cinq emplois supplémentaires.»
«Lorsque 4000 personnes sont sorties dans la rue pour que le contrat du métro de Montréal nous soit accordé en 2006, Bombardier avait dit que 775 travailleurs y travailleraient pour huit ans. Parti comme c'est là, il ne pourrait y en avoir que 200», dit le syndicat.
«Nous avons dit que nous nous rendrons autour de 700 emplois à la moitié de 2013 et c'est encore vrai. Il est difficile de prévoir combien de temps ce nombre sera maintenu. Cela dépendra de plusieurs facteurs», réplique M. Laforge.
Selon le syndicat, certaines pièces d'équipement sont déjà sorties de l'usine pocatoise.
«Ils nous disaient que c'était pour renouveler le parc de machines. Or, la haute direction a refusé parce que ce ne serait pas rentable. Maintenant, ils disent qu'ils doivent faire fabriquer des pièces ailleurs parce qu'ils n'ont plus les machines. Comment ferons-nous pour obtenir des contrats si nous n'avons pas de machines? Bombardier investira 26 millions$ à Plattsburgh, c'est très inquiétant.»
«Nous avons investi 4 millions$ à La Pocatière pour acheter deux découpeuses au laser et six plieuses à contrôle numérique et à tuyaux. C'est certain qu'on doit faire des choix dans l'achat d'équipements pour assurer une rentabilité. C'est la raison pour laquelle nous devons faire appel à la sous-traitance, et nous le pouvons en vertu de l'entente», conclut M. Laforge, se disant surpris de la sortie syndicale. «Manifestement, nous n'avons pas la même interprétation de l'entente. Il faut dire que nous sommes dans un processus de renouvellement de convention collective et ça fait probablement partie de leur stratégie.»
«Ça n'a aucun rapport. Ce sont deux choses complètement différentes», termine le syndicat, qui a demandé au tribunal que soit prononcée une ordonnance de sauvegarde afin qu'un arbitre du tribunal du travail force Bombardier à respecter l'entente de 2010. «Ce sont nos emplois qui partent ailleurs et nous ferons tout pour empêcher que cela se produise.» La cause devrait être entendue d'ici quelques semaines.