Chaudière-Appalaches: le manque de main-d'oeuvre fait perdre des contrats

Chez Ressorts Liberté, on n'offre plus des jobs,... (Collaboration spéciale, Éric Bernard)

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Chez Ressorts Liberté, on n'offre plus des jobs, mais des carrières. Sur la photo, la directrice des ressources humaines, Marie-Claude Tardif, et le président de l'entreprise magnymontoise, Richard Guimont.

Collaboration spéciale, Éric Bernard

Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Le Soleil

(Québec) Le président de Ressorts Liberté, Richard Guimont, ne se souvient pas, de mémoire d'entrepreneur, d'avoir refusé des contrats comme ce fut le cas en 2011, en raison des pénuries de main-d'oeuvre spécialisée à Montmagny et dans l'ensemble de la région de la Chaudière-Appalaches.

Et des contrats importants par-dessus le marché. «Nous sommes obligés de dire à nos clients que nous ne pouvons plus en prendre. C'est nouveau pour nous. Ça n'arrivait jamais avant cette année. Au contraire. On courait après les contrats.»

À un certain moment, au cours de l'année, l'entreprise de 315 employés spécialisée dans la fabrication de ressorts de précision pour l'industrie de l'automobile - il appert qu'une automobile sur deux sur la planète est munie d'un ressort produit à Montmagny - avait une cinquantaine de postes à pourvoir de toute urgence. De peine et de misère, Ressorts Liberté est parvenu à relever le défi.

«Ne me demandez pas quelles stratégies nous avons utilisées pour en arriver à trouver le personnel dont nous avions besoin. C'est un secret que nous conservons jalousement», raconte Richard Guimont, qui s'attend à devoir pourvoir une quinzaine de nouveaux postes au début de la prochaine année.

Bien sûr, Ressorts Liberté aurait pu transférer une partie de la production de Montmagny vers ses trois autres usines de fabrication situées en Chine, au Mexique et à Toronto. «Moi, j'aime Montmagny. C'est ma ville. Si l'on commence à transférer de la production, j'ai bien peur que l'on ne revienne pas à Montmagny.»

À L'Islet, L&G Cloutier, un atelier d'usinage qui fournit des pièces, entre autres, pour Bombardier, doit dire non, lui aussi, à des clients. «Certains, plus accommodants, vont nous attendre. Les autres, c'est simple, vont voir ailleurs», constate le directeur des ressources humaines et des achats, Stéphan Robitaille.

Selon Richard Guimont, la patience n'est pas la principale qualité des donneurs d'ordres. «Quand un client veut un produit, ça le lui prend pour demain matin. Avant, on pouvait s'entendre pour un délai de quelques jours ou de quelques semaines. Maintenant, c'est demain matin. Point à la ligne.»

Pour le président de Ressorts Liberté, il n'y a qu'une seule façon pour les entreprises manufacturières d'ici de se démarquer de la Chine, de l'Inde et des pays émergents : c'est de gagner la «course de la vitesse» en misant sur la flexibilité et sur la capacité à se «tourner sur un dix cennes».

Encore faut-il avoir suffisamment de travailleurs spécialisés sous la main!

Taux de chômage

En novembre, le taux de chômage dans la région de la Chaudière-Appalaches s'établissait à 4,3 %. Comme c'est le cas depuis plusieurs mois, il était le plus bas de toutes les régions administratives au Québec. À titre comparatif, ce taux était de 5,1 % à Québec et de 8 % pour l'ensemble de la province.

Après avoir assisté à un accroissement de 9100 emplois en 2010 - soit la deuxième plus forte croissance en 10 ans -, la région a trouvé le moyen de faire encore mieux entre les mois de novembre 2010 et de novembre 2011, alors qu'elle affichait la création de 9700 postes pour atteindre le cap de 225 900 emplois. En novembre, le taux d'emploi se fixait à 67,2 % et il était le plus élevé au Québec.

Selon l'économiste de la direction régionale de la Chaudière-Appalaches d'Emploi-Québec, Dominique Bois, les principaux gains proviennent du secteur des services. Fortement malmené lors de la récession, le secteur de la fabrication a repris du poil de la bête. «Les manufacturiers ont ressorti les affiches "Nous embauchons" de leur arrière-boutique.»

Par ailleurs, le directeur régional d'Emploi-Québec, Marc Tremblay, précise que la situation de l'emploi n'est pas homogène pour l'ensemble du territoire de la Chaudière-Appalaches. Le taux de chômage est plus élevé sur le territoire de la MRC de Montmagny, de L'Islet et des Etchemins que celui, par exemple, des trois MRC de la Beauce ou encore celui de la ville de Lévis. Selon Patrick Clavet, conseiller industriel au Centre local de développement de la MRC de Montmagny, le taux de chômage est «historiquement plus élevé de 3 %» sur les territoires des MRC de Montmagny, de L'Islet et des Etchemins qu'ailleurs dans la région. «Alors que le taux d'emploi atteignait 83 % dans la MRC de la Nouvelle-Beauce en 2009 chez les 25 à 64 ans, il était en deçà de 70 % dans celle de Montmagny», fait remarquer M. Clavet.

Une razzia

La bonne performance de l'emploi a permis de faire une razzia dans les rangs des personnes aptes au travail et recevant de l'assurance emploi ou de l'aide sociale, affirme Dominique Gaudreau, coordonnatrice au développement des affaires à la Société de développement économique de Montmagny.

Selon la direction régionale d'Emploi-Québec, les données montrent qu'entre janvier 2007 et octobre 2011, tous les territoires affichaient une baisse du nombre de prestataires de l'aide financière de derniers recours. La diminution avait été particulièrement marquée dans les MRC de Bellechasse et de Robert-Cliche et à Lévis. Sur une période d'une décennie, la direction régionale fait état d'une chute de 15 % de la clientèle prestataire d'un coup de pouce financier de dernier recours de l'État.

Si la clientèle de l'aide sociale a diminué, elle s'est aussi alourdie. Les employeurs ont fait le plein de candidats qui étaient les plus près du marché du travail. Ceux qui demeurent sur le carreau sont peu qualifiés à occuper un emploi, constate Stéphan Robitaille. Selon la direction régionale d'Emploi-Québec, le pourcentage de prestataires présentant des contraintes sévères à l'emploi est passé de 47 % à 50 % entre janvier 2007 et novembre 2010.

Selon Marc Tremblay, le principal défi de la région sera d'apparier la main-d'oeuvre disponible et les postes vacants à pourvoir, tout cela dans un contexte selon lequel la population en âge de travailler diminue sans cesse en raison du vieillissement de la population. «Les employeurs seront amenés, plus qu'auparavant, à accepter des candidats qui ne correspondent pas entièrement à leurs besoins, quitte à les former aux spécificités de leur entreprise.»

D'ici 2015, la région de la Chaudière-Appalaches aura 40 000 postes à pourvoir, dont 32 000 pour remplacer les départs à la retraite et 8000 pour répondre aux besoins liés à la croissance des entreprises, principalement dans le secteur des services.

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