Train touristique: Charlevoix parie sur le luxe

Combien vaut Charlevoix, son fleuve, ses montagnes, ses bonnes tables? Le... (François Piché)

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François Piché

(Québec) Combien vaut Charlevoix, son fleuve, ses montagnes, ses bonnes tables? Le nouveau train touristique du Massif de Charlevoix, qui doit prendre son élan la semaine prochaine, apportera peut-être un début de réponse.

Le train roulera en avant-première mardi pour des invités triés sur le volet et les représentants des médias avant de commencer officiellement ses activités vendredi. Vingt-sept allers-retours sont garantis pendant les fins de semaine de septembre et d'octobre entre le parc de la Chute-Montmorency et La Malbaie.

Des départs s'ajouteront pour la période hivernale dans une formule qui n'est pas encore connue : les représentants de Groupe Le Massif ne parlent à aucun journaliste avant mardi. On sait toutefois que des escales à la montagne de Petite-Rivière-Saint-François et à la ferme de Baie-Saint-Paul, où un hôtel est en construction, sont prévues pour 2012.

Ce train est le produit touristique le plus distinctif développé dans Charlevoix depuis l'ouverture du casino au Manoir Richelieu en 1994, n'hésite pas à dire Sylvie Marquois-Dandurand, directrice générale de Tourisme Charlevoix. Et il cadre tout à fait avec la préférence des consommateurs pour des vacances «organisées». Pour elle, c'est un «vent de fraîcheur», un moyen d'attirer l'attention sur la région et surtout de nouveaux touristes.

Et pas n'importe lesquels. Il en coûtera 249 $ par adulte et 199 $ par enfant (plus les taxes) pour participer à cette «croisière ferroviaire» d'une journée, qui comprend deux repas gastronomiques, de l'animation et une escale de trois heures à La Malbaie. Le seul autre train touristique qui roule actuellement au Québec, l'Orford Express, demande au maximum 100 $ pour une escapade gourmande qui dure cependant trois heures et demie. Ces prix s'adressent à une population plus fortunée, composée essentiellement de voyageurs internationaux et de baby-boomers jouissant d'une bonne retraite.

Attirer une nouvelle clientèle

«C'est une clientèle qu'on ne voit pas dans Charlevoix», fait cependant remarquer Serge Gauthier, président de la Société d'histoire de Charlevoix. Ses amis et voisins qui vivent du tourisme ont plutôt remarqué que les visiteurs, presque tous québécois, dépensaient de moins en moins localement. Ou ils partent de Québec, passent la journée dans Charlevoix, puis retournent coucher dans la capitale. Ou alors ils louent des résidences entièrement équipées pour une semaine ou deux et y vivent pratiquement en autarcie.

Denis Allard, président du Fonds mondial du patrimoine ferroviaire, un petit regroupement de passionnés du rail ancré à Québec, estime que les gouvernements n'auraient pas dû limiter leur financement aux travaux de réhabilitation de la voie ferrée et de transformation du matériel roulant et assumer une partie des frais d'exploitation du train touristique pour quelques années. Cela aurait permis de baisser le prix des billets ou, à tout le moins, d'assurer la viabilité du promoteur, dit-il.

Car même à 250 $ le billet, M. Allard craint que la rentabilité ne soit pas au rendez-vous. Si Groupe Le Massif réussit à transporter 20 000 passagers dans une année, «il ne sera pas dans le trou, mais il ne fera pas un sou», fait remarquer l'expert en actualisant les données du défunt Tortillard, qui coûtait pourtant beaucoup moins cher à exploiter.

«Produit de luxe»

Le directeur général du Manoir Richelieu, Jean-Jacques Etcheberrigaray, ne se gêne pas pour qualifier la nouvelle croisière ferroviaire de «produit de luxe». Il ne se fie pas seulement au prix des billets pour l'affirmer, mais au menu qui sort de ses cuisines et aux paysages à couper le souffle qui accompagnent les passagers tout au long de la voie ferrée. Des paysages autrement impossibles à admirer, puisque la route ne permet qu'un accès minimal au fleuve Saint-Laurent.

«Attendons de voir le bébé pour savoir s'il y a un décalage entre le prix et l'offre, dit-il. Quand l'expérience en vaut la peine, les gens sont prêts à payer. La clientèle sera là si l'expérience est là.»

Des produits sur mesure

Michel Archambault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat, liée à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), est aussi d'avis qu'il faut créer des produits touristiques sur mesure pour différents types de clientèle. «C'est comme aller manger chez St-Hubert versus au restaurant Panache de l'Auberge Saint-Antoine. Il y en a pour tout le monde, mais ce n'est pas tout le monde qui peut se payer les deux affaires», illustre-t-il.

L'expert en tourisme fait remarquer que les voyages en train ont de plus en plus la cote à l'international : «Le train, ça fait rêver, ça fait décrocher.» Daniel Gauthier, président de Groupe Le Massif et fondateur du Cirque du Soleil, est donc tout à fait justifié d'investir ce marché, selon lui. D'autant qu'il a les moyens financiers de bien faire les choses et de parer aux imprévus.

À savoir qui profitera d'un succès éventuel, cela demeure difficile à évaluer. Dans sa formule actuelle d'aller-retour à partir du parc de la Chute-Montmorency, la région de Québec ramasse une partie des retombées économiques qu'espérait Charlevoix. «Personne ne peut dire pour le moment s'il en restera plus pour Québec que pour Charlevoix. Je pense que c'est le Québec au complet qui est gagnant parce que c'est un produit qui s'ajoute et qui n'existe pas ailleurs», dit M. Archambault.

La dg de Tourisme Charlevoix admet que plusieurs de ses concitoyens rêvent de forfaits plus flexibles avec des arrêts stratégiques tout au long du parcours, impatients qu'ils sont de goûter aux retombées économiques du projet de 250 millions $ piloté par Groupe Le Massif. Cela viendra en temps opportun, est convaincue Sylvie Marquois-Dandurand, même si le promoteur ne l'a pas informée de ses plans. «Il faut vraiment prendre [le lancement du train] comme un début, pas se dire que ce sont encore les riches qui vont en profiter. C'est un promoteur privé et il est normal qu'il cherche une rentabilité immédiate», conclut-elle.

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