Le télétravail sous la loupe

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Le télétravail a l'avantage d'apporter une marge de manoeuvre salutaire entre vie professionnelle et vie privée. Mais le télétravailleur a tendance à prolonger ses heures de travail.

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(Québec) «Ah! Si je pouvais télétravailler!» De nombreux travailleurs ont dû avoir cette pensée en apprenant que les 900 chauffeurs d'autobus du Réseau de transport de la Capitale avaient voté en faveur d'une grève générale illimitée devant être déclenchée à compter de 4h lundi matin.

Heureusement, une entente de principe est intervenue vendredi.

N'empêche que cette menace de débrayage a dû pousser de nombreux salariés à remettre en question leurs habitudes de déplacement entre la résidence et le boulot. 

«Et si j'allais demander à mon patron la possibilité de travailler à la maison sur une base occasionnelle ou encore régulière?»

En 2006, TELUS a mis sur pied un programme de travail flexible.

Appelée «Styles de travail», cette initiative offre aux employés les outils, les ressources et le soutien dont ils ont besoin pour travailler au moment et à l'endroit où ils sont plus productifs. 

Une décennie plus tard, 70 % des travailleurs de TELUS ont adopté un style de travail mobile ou à domicile.

Dans son Rapport sur la durabilité, la société de télécommunication énumérait, en 2015, les avantages de sa politique.

• Hausse de la mobilisation, de la productivité et des résultats d'affaires.

• Renforcement de la capacité de l'entreprise à attirer et à retenir les meilleurs talents.

• Réduction de l'empreinte environnementale.

• Réalisation d'économies «importantes» pour l'entreprise et les salariés.

La compagnie estimait, entre autres, que son programme avait permis à ses employés d'économiser près de deux millions d'heures de déplacement.

TELUS est un cas particulier.

En effet, selon un rapport publié à la mi-février par l'Organisation internationale du travail (OIT) et la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound), le T/TNN - le télétravail et le travail nomade numérique - touche entre 2 % et 40 % des employés «selon le pays, la profession, le secteur d'activité et la fréquence à laquelle les employés se livrent à ce type de travail.»

En Europe, par exemple, environ 17 % des salariés font du T/TNN qui, de façon générale, se pratiquent à titre occasionnel plutôt que de façon régulière.

Intitulé Travailler en tout temps, en tout lieu : les effets sur le monde du travail, ce rapport illustre à la fois les bons et les moins bons côtés du télétravail.

Il présente une synthèse de recherches menées dans une dizaine de pays européens ainsi qu'aux États-Unis, au Japon, en Inde, au Brésil et en Argentine.

Les bons côtés 

Ils sont nombreux.

Il y a d'abord la flexibilité accrue dans l'organisation du travail qui permet au télétravailleur d'être maître de son temps.

Une marge de manoeuvre qui apporte un sérieux coup de pouce à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Et que dire de la réduction du temps des déplacements entre la maison et le bureau? Ce qui donne plus de temps pour le travail, pour la famille et pour les activités personnelles.

Et une bonne réduction du niveau de stress.

À São Paulo, au Brésil, le temps moyen pour se rendre au boulot est d'une heure et quarante minutes. Le taux de pollution est élevé. Au-delà des normes établies par l'Organisation mondiale de la santé. «Dans ce contexte, il est facile de croire que l'utilisation des nouvelles technologies pour travailler à l'extérieur des locaux de l'employeur est bénéfique pour le travailleur, mais aussi pour l'environnement puisqu'elle permet de réduire le nombre de véhicules sur le réseau routier», indique le rapport.

L'effet sur la productivité est indéniable.

En France, un coup de sonde a révélé que 84 % des salariés estimaient que leur productivité était à la hausse depuis qu'ils sont devenus des télétravailleurs.

«Tout ça parce qu'ils sont moins dérangés par leurs collègues et qu'ils ont plus de temps à consacrer à ce qu'ils ont à faire puisqu'ils n'ont pas à se déplacer entre la maison et le bureau.»

Les experts font également remarquer que le télétravail et le travail nomade numérique sont des modèles d'organisation du travail qui rapportent gros aux employeurs. 

«Ils tirent profit, d'une part, de l'amélioration de l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée de leurs salariés - qui peut entraîner une plus grande motivation de ces derniers, un taux de roulement moins élevé et une productivité accrue - et, d'autre part, d'une réduction des espaces de bureaux.»

Les moins bons

Le télétravailleur a tendance à prolonger ses heures de travail.

En Belgique, par exemple, un télétravailleur avoue faire en moyenne 45 heures par semaine, soit deux heures de plus que son collègue qui besogne au bureau.

En Espagne, 24 % des télétravailleurs indiquent qu'ils travaillent plus de 40 heures par semaine. Ce pourcentage est de 19 % pour ceux qui s'exécutent dans les locaux de l'employeur.

Et les heures supplémentaires sont rarement rémunérées. En France, 80 % des heures supplémentaires effectuées par les télétravailleurs ne sont pas payées.

Autre phénomène, celui du chevauchement entre le travail et la vie personnelle.

En Finlande, 65 % des télétravailleurs ont indiqué qu'ils avaient été contactés par un collègue ou un client à l'extérieur des heures normales de travail.

La fin de semaine est souvent synonyme de travail pour les télétravailleurs. 

Aux Pays-Bas, 38 % d'entre eux affirment être au travail le dimanche. En Inde, la semaine de travail de six ou de sept jours est chose courante pour 67 % des télétravailleurs.

Et il y a l'isolement.

Les télétravailleurs argentins ont identifié les trois principaux inconvénients à leur situation : la diminution des interactions avec les collègues, le travail en dépit de la maladie et l'isolement.

Le droit à la déconnexion

«Il est vraiment important de s'attaquer au problème du travail supplémentaire réalisé grâce aux technologies de communication modernes, par exemple le travail additionnel à domicile qui peut être considéré comme des heures supplémentaires non rémunérées, et aussi de garantir un minimum de périodes de repos afin d'éviter les effets délétères sur la santé et le bien-être des travailleurs», explique Oscar Vargas d'Eurofound.

Comment? «Ça pourrait se traduire par des mesures concrètes pour éviter que la vie professionnelle ne soit trop envahissante, comme l'extinction des serveurs informatiques en dehors des heures de travail afin d'empêcher l'envoi de courriels pendant les temps de repos et les vacances», note M. Vargas.

En France, depuis le 1er janvier, la Loi du travail a été modifiée pour introduire un «droit à la déconnexion» qui oblige les employeurs à garantir du temps de déconnexion à leurs employés.




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