Le stress travail-famille

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Selon une récente étude publiée par l'Institut de la statistique du Québec, ce que l'on appelle le «stress travail-famille» est le lot quotidien de plusieurs personnes.

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(Québec) Diane-Gabrielle Tremblay les entend depuis des années, les récriminations des patrons de petites et moyennes entreprises à l'égard de l'adoption de bonnes pratiques en matière de conciliation entre l'emploi et la famille afin de permettre à leurs salariés de reprendre leur souffle.

Trop compliquée, la gestion des horaires flexibles, de la semaine de travail de quatre jours ou encore du télétravail, font-ils valoir.

Trop cher aussi.

«Pourtant, dès qu'une nouvelle technologie s'impose dans le marché, vite on se l'approprie sans trop se poser de questions. Des questions, par contre, on s'en pose, dans les PME, quand vient le temps d'accorder du temps aux travailleurs pour leur permettre de prendre soin d'un enfant ou d'un parent malade», constate Diane-Gabrielle Tremblay en entrevue au Soleil.

«Dans un contexte de rareté de main-d'oeuvre, les dirigeants d'entreprise n'arrivent pas à se mettre dans la tête que des mesures permettant d'établir un équilibre entre l'emploi et la famille peuvent être un puissant outil d'attraction et de rétention du personnel. Un employé ira même jusqu'à refuser un emploi mieux payé chez un concurrent pour demeurer chez un employeur qui lui offre du temps. C'est particulièrement le cas des jeunes hommes qui, de plus en plus, veulent être plus présents auprès de leur famille et partager les tâches avec leur conjointe. Malheureusement, la grande majorité des PME n'a pas compris ça.»

Conciliation travail-famille

Professeure à l'École des sciences de l'administration de la Teluq et spécialiste en gestion des ressources humaines, en économie et en sociologie du travail, Diane-Gabrielle Tremblay s'intéresse aux thématiques du travail, de l'emploi et du temps de travail depuis bientôt une vingtaine d'années.

Les 2 et 3 novembre, à Mont­réal, l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) réunira experts, chercheurs et observateurs pour aborder le thème de la conciliation emploi-famille.

Une étude publiée plus tôt cette année par Amélie Lavoie et Catherine Fontaine, toutes deux de l'ISQ, révélait que les «problèmes de temps» hantaient toujours le quotidien des parents québécois et surtout les mamans.

Ce qu'on appelle le «stress travail-famille» est le lot quotidien de plusieurs personnes.

«Plus de la moitié des parents d'enfants âgés de 0-5 ans n'ont jamais ou rarement l'impression d'avoir suffisamment de temps pour eux et le quart d'entre eux ont souvent ou toujours l'impression de ne pas avoir assez de temps à consacrer à leurs enfants», signalait l'étude.

La «résistance» des cadres

Selon Diane-Gabrielle Tremblay, il serait injuste d'accuser toutes les entreprises - grandes ou petites - de se traîner les pieds en matière de conciliation emploi-famille.

«Il y a des entreprises qui commencent à s'y mettre sérieusement, mais avouons qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir», fait-elle remarquer.

Des entreprises, notamment celles qui ont un département de ressources humaines, élaboreront des mesures de conciliation emploi-famille. Elles les présenteront à leurs salariés dans de beaux dépliants et répéteront à qui veut l'entendre que le bon ménage entre obligations familiales et professionnelles de leur personnel fait partie de la culture de la maison. 

«À savoir si l'ensemble des supérieurs immédiats, des gestionnaires et des chefs d'équipe sont sensibilisés à tout ça, j'en suis moins convaincue», affirme Mme Tremblay.

À son avis, la «résistance» provient généralement des cadres intermédiaires qui sont réticents à laisser partir leurs employés. Le contexte de rationalisation des effectifs dans les organisations n'aide pas non plus.

«Quand un nouveau papa désire prendre un congé parental à la suite de la naissance de son enfant, on va souvent lui suggérer de le laisser à sa conjointe. On va négocier avec lui pour l'inciter à réduire la durée de son absence. On va lui faire comprendre que ce n'est pas le bon moment de partir et que l'entreprise a besoin de lui.»

À l'occasion, la «résistance» peut venir, plus discrètement, des collègues de travail qui ne veulent surtout pas se retrouver avec une surcharge de travail sur les bras.

Le «climat organisationnel» dans certains milieux n'encourage guère non plus les travailleurs à demander des aménagements de temps de travail.

Diane-Gabrielle Tremblay s'est intéressée, notamment, à la situation des avocates dans les grands cabinets québécois.

«Dans certains milieux, si tu veux faire carrière et avoir la chance de travailler sur des gros dossiers, ce n'est pas nécessairement bien vu de vouloir s'absenter pour des motifs familiaux. Ça vaut autant pour une femme que pour un homme», rend compte Mme Tremblay.

Il faut aussi prendre soin des parents vieillissants

Des chercheurs, comme Diane-Gabrielle Tremblay, ont commencé à se pencher sur la situation des travailleurs qui sont aussi des proches aidants. 

Un phénomène qui s'accentue avec le vieillissement de la population. 

«À la problématique liée à la responsabilité de s'occuper de jeunes enfants s'ajoute celle de prendre soin de parents âgés ou d'un conjoint ou d'une conjointe malade», explique celle qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche sur les enjeux socio-organisationnels de l'économie du savoir de la Teluq.

«Nous rencontrons de plus en plus de femmes qui doivent réduire leur temps de travail ou carrément se retirer du marché du travail pour consacrer tout leur temps à leur vieux père ou à leur vieille mère.»

Par ailleurs, Diane-Gabrielle Tremblay ne croit pas que la conciliation emploi-famille est un enjeu qui est apparu dans le paysage avec la montée des générations X et Y. 

«J'entends souvent les gens dire que la conciliation emploi-famille est une affaire de jeunes et que les générations précédentes n'en faisaient pas une priorité. Ce n'est pas tout à fait véridique», mentionne-t-elle au Soleil.

«Si l'on recule de 20 ou de 30 ans, les travailleurs de l'époque aspiraient, eux aussi, à obtenir plus de temps pour s'occuper d'eux et de leur famille. Par contre, il y a 20 ou 30 ans, la conjoncture économique n'était pas la même. Un haut taux de chômage prévalait. Le défi, à l'époque, était plutôt de se trouver un boulot et d'essayer de le conserver. Pas de réclamer une réduction des heures de travail.»

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