Les secrets de longévité des boutiques Clément

Le Soleil n'est pas peu fier d'avoir réussi... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Le Soleil n'est pas peu fier d'avoir réussi à convaincre le président de Clément, Charles Clément, de se laisser tirer le portrait, puisque lui et les autres membres de la famille sont très discrets.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Le secret de la longévité de Clément dans l'univers casse-gueule du commerce de détail depuis 1939?

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Avec la fulgurante croissance du commerce électronique, les détaillants sont appelés à se questionner chaque fois que vient le temps d'ouvrir ou d'agrandir une boutique. 

Le Soleil, Caroline Grégoire

«C'est une question de discipline, de rigueur et de travail, monsieur. Ici, nous travaillons tous très fort. Et nous sommes low profile

Pour être low profile, Charles Clément, son frère, Jean, et ses soeurs Marie, France et Caroline - les cinq actionnaires à la tête des magasins Clément - le sont.

Les feux de la rampe, ils laissent ça aux autres. D'ailleurs, Le Soleil n'est pas peu fier d'avoir réussi à convaincre le président de se laisser tirer le portrait!

«Nous autres, l'argent reste dans la compagnie. Nous ne sommes pas lousses, comme on dit. C'est quand tu deviens trop lousse que ton intérêt pour le travail diminue», affirme Charles Clément, qui ne se déplace pas en Mercedes, mais bien au volant d'une Golf 2008.

En entrevue, il fait part du commentaire d'un homme d'affaires québécois qui se vantait de jouer 150 rondes de golf par année. «C'est 150 jours pendant lesquels il n'était pas au travail!»

Charles Clément, lui, ne joue pas au golf. Par contre, il aime taquiner le poisson. Et quand il s'adonne à son passe-temps, il quitte la maison le matin pour y revenir à la tombée du jour. «Je règle même des affaires dans la chaloupe!»

Quatrième génération

Le commerce de détail, c'est ce qui coule dans les veines de la famille Clément depuis trois générations.

«Quatre!» s'empresse de corriger Charles Clément.

L'un de ses enfants et deux de son frère Jean se sont joints, ces dernières années, à l'entreprise spécialisée dans la vente au détail de vêtements, d'accessoires et de meubles pour bébés, enfants et adolescents qui possède 30 boutiques au Québec et compte plus de 600 employés.

«Et d'autres jeunes Clément s'en viennent», de lancer le président.

En tout, Charles, Jean, Marie, France et Caroline ont 11 enfants.

L'avenir de l'entreprise familiale, dont le chiffre d'affaires frôle les 100 millions $, est donc entre bonnes mains.

Et la jeune génération a de l'ambition. «Elle veut développer un nouveau marché, celui de l'Ontario. Nous constatons que les jeunes veulent repousser les barrières. Comme nous l'avons fait avant eux, ils veulent laisser leur empreinte.»

Expansion ontarienne?

L'Ontario a déjà fait partie des projets d'expansion planifiés par la direction actuelle.

«Nous y avons songé à quelques reprises. Chaque fois, nous reportions le projet, car ça nécessitait beaucoup de travail et nous en avions déjà beaucoup sur les bras avec nos magasins et nos employés au Québec. Et il y avait nos familles respectives. Nous avons toujours cherché à trouver le juste équilibre entre le travail et la vie familiale», explique M. Clément en rappelant que la famille est l'une des quatre valeurs de l'entreprise avec le service à la clientèle, la qualité et les bons prix.

Avec l'arrivée des jeunes, l'idée d'une expansion en Ontario a refait surface.

«Il y a un projet sur la table. Nous évaluons le tout», indique Charles Clément en expliquant que c'est en recherchant l'unanimité parmi eux que les cinq frères et soeurs avaient réussi à faire progresser l'entreprise.

La révolution du commerce en ligne

Charles Clément sursaute chaque fois qu'il consulte les résultats des ventes de sa boutique en ligne. «Ça double d'année en année. C'est phénoménal.»

Pas moins de 10 % du chiffre d'affaires du commerçant provient d'achats effectués par les consommateurs à partir de son magasin virtuel.

«Le Web et les réseaux sociaux, c'est là que se trouve, aujourd'hui, notre clientèle qui est principalement composée de jeunes familles. Il faut être à l'écoute et être présent partout sur la Toile.»

Le commerce en ligne bouleverse la façon de vendre des vêtements, des poussettes et des lits.

Comme tout bon détaillant, Clément se fait un devoir de rafraîchir ses magasins.

Par exemple, des rénovations majeures sont en cours dans les succursales du Carrefour St-Georges et des Galeries Chagnon à Lévis. De nouvelles boutiques viennent d'ouvrir leurs portes au Centre Rockland et aux Galeries d'Anjou à Mont-réal. À Laurier Québec et à Place Rosemère, Clément propose maintenant deux magasins à ses clients.

Tout ce remue-ménage représente un investissement de plus de 2 millions $ et la création d'une trentaine d'emplois.

Avec la fulgurante croissance du commerce électronique, les détaillants sont appelés à se questionner chaque fois que vient le temps d'ouvrir ou d'agrandir une boutique.

Inventaire sur tablette

«Au Carrefour St-Georges, par exemple, nous avons choisi de procéder à une rénovation plutôt qu'à un agrandissement», explique M. Clément. 

Comme dans toutes les boutiques de l'enseigne, «le client qui entre dans le magasin a accès à une tablette électronique qui lui permet de voir en quelques clics l'ensemble de l'inventaire. Ainsi, il n'est plus nécessaire de garder en magasin autant de douillettes qu'auparavant. Deux ou trois suffisent pour permettre au client de voir le tissu et de lui toucher. Avec la tablette, il peut choisir la douillette de son choix que nous allons lui livrer, chez lui ou au magasin, à l'intérieur d'un délai de deux jours ouvrables.»

La révolution provoquée par le développement du commerce en ligne permet donc au détaillant de travailler dans de plus petits espaces sans que son offre diminue.

Par ailleurs, Charles Clément ne croit pas que la baisse du nombre de naissances au Québec affectera son commerce au cours des prochaines années.

Selon lui, la diminution du nombre de bébés est compensée par un accroissement du nombre de séparations et de divorces. 

«Aujourd'hui, les enfants ont souvent deux chambres; l'une chez papa, l'autre chez maman. Il n'est pas rare que l'on se fasse demander deux ensembles de literie identiques pour que l'enfant ne soit pas trop en terrain méconnu s'il couche chez maman ou chez papa.»

Et il y a les grands-parents qui, en général, sont plus fortunés et qui gâtent davantage leurs enfants et leurs petits-enfants. «Des grands-parents qui viennent acheter des poussettes à 1000 $, nous en voyons beaucoup.» 

À cause de Bovet...

À l'origine, au 1114, rue Saint-Jean à Québec, Clément vendait des vêtements militaires et des habits pour hommes.

Quand André Clément - le fils de Jean-Marie et le père de Charles, de Jean, de Marie, de France et de Caroline - s'est établi, en 1957, sur le boulevard Laurier, tout juste à côté du défunt restaurant Marie-Antoinette (aujourd'hui, le Cosmos), il ajouta des collections de vêtements pour enfants.

«À l'époque, il n'y avait pas grand-chose sur le boulevard Laurier. Pas de centres commerciaux. Toutefois, au sud du boulevard, il y avait du développement domiciliaire qui se faisait. Des familles s'y installaient. Mon père, contrairement à mon grand-père, voyait un bon potentiel sur le boulevard Laurier, notamment pour les vêtements pour enfants», relate Charles Clément.

Un jour, le bâtiment dans lequel logeait le magasin est rasé pour faire place à une banque.

Le commerce déménage alors à Place Ste-Foy. «Nous sommes à Place Ste-Foy depuis maintenant 35 ans», fait remarquer M. Clément.

Pour établir ses pénates dans ce centre commercial, Clément doit faire une croix sur la vente de vêtements pour hommes.

«L'un des principaux locataires de Place Ste-Foy, à l'époque, était le magasin Bovet, spécialisé dans la mode masculine. Dans son bail, il détenait une exclusivité pour la vente de vêtements pour homme dans le centre commercial. Nous avons dû renoncer à ce marché et nous concentrer sur celui des vêtements pour enfants. Avec toutes les années de recul, je dois avouer que ce fut une bonne affaire.»

Galeries de la Capitale

Autant Jean-Marie Clément jugeait que son fils André faisait un mauvais calcul en s'installant sur le boulevard Laurier, autant ce dernier doutait du bon jugement de ses fils Charles et Jean lorsque ceux-ci ont décidé de tenter l'aventure des Galeries de la Capitale au début des années 80.

«Il nous disait : "Vous êtes malades, c'est un champ, vous ne ferez jamais de la business là-bas." Nous autres, on voyait que Simons s'installait aussi aux Galeries de la Capitale. On se disait que si Simons le faisait, ça devait valoir la peine de le faire», explique Charles Clément, en rappelant les similitudes qui ont marqué la croissance de ces deux fleurons du commerce de détail de Québec. En effet, Simons et Clément ont vu le jour rue Saint-Jean pour ensuite s'installer à Sainte-Foy et entreprendre, par la suite, leur expansion respective.

Charles Clément reconnaît que les premiers temps aux Galeries de la Capitale n'ont pas été faciles. Le centre commercial était au milieu de nulle part. C'était avant le développement autoroutier et l'explosion domiciliaire dans le quartier Lebourgneuf. «La semaine, il n'y avait pas un chat dans le mail. Les restaurants n'ouvraient que la fin de semaine.» 

Des bas de nylon vendus clandestinement...

Durant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), les femmes n'arrivaient pas à se procurer des bas de nylon. La fibre textile était réquisitionnée pour l'effort de guerre et servait à la fabrication de parachutes et de tentes.

Dans le sous-sol de son commerce de la rue Saint-Jean, Jean-Marie Clément, le grand-père de Charles, vendait clandestinement des bas de nylon aux femmes de Québec.

Les temps étaient durs pour le commerçant de vêtements qui avait ouvert sa boutique en 1939.

En se transformant en «contrebandier», il parvenait ainsi à joindre les deux bouts et à apporter du pain sur la table pour sa femme et ses sept enfants.

«Pendant des années, j'ai cru que cette histoire était une sorte de légende urbaine», raconte Charles Clément. «Puis, un jour, en feuilletant un magazine à bord d'un avion, je tombe sur un article racontant la petite histoire de celles que l'on appelait, jadis, des hôtesses de l'air. L'auteur rappelait le bonheur éprouvé par ces dernières à la fin de la guerre. Elles pouvaient enfin enfiler des bas de nylon! J'ai compris alors que mon grand-père ne nous racontait pas des blagues.» 

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