Prix de l'essence: les effets du marché du carbone en vigueur jeudi

Les consommateurs québécois ont encore quelques heures pour... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Les consommateurs québécois ont encore quelques heures pour faire le plein avant l'entrée en vigueur du marché du carbone, qui fera forcément grimper le prix à la pompe de quelques sous.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Si les prix de l'essence affichent deux sous de plus au moment de faire le plein, jeudi matin, ne pensez pas que le prix du baril commence à remonter à son niveau des dernières années. C'est plutôt l'entrée en vigueur du marché du carbone, qui viendra épicer la facture des automobilistes québécois.

Le Québec et la Californie deviendront dès demain des pionniers mondiaux en matière d'environnement, en appliquant le concept de marché du carbone au secteur des transports, explique le professeur de HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, Pierre-Olivier Pineau. Concrètement, les automobilistes québécois verront leur facture à la pompe grimper graduellement d'ici 2020 au profit du Fonds vert du gouvernement.

Le principe du marché du carbone est le suivant. Dès le premier jour de 2015, les distributeurs pétroliers devront commencer à calculer les émissions de gaz à effet de serre (GES) créées par les litres de pétrole vendus. Au-delà d'un certain quota, les distributeurs devront acheter des crédits d'émission de GES supplémentaires dans des enchères organisées conjointement par le Québec et la Californie, quelques fois par année. L'argent des ventes de crédits d'émission de GES ira dans les coffres du Fonds vert.

Pourquoi, à court terme, une augmentation de deux sous le litre à la pompe? Étant donné le prix plancher actuel des crédits d'émission de GES, les distributeurs pétroliers estiment qu'ils devront verser en moyenne près de trois sous au Fonds vert par litre vendu, explique Pierre-Olivier Pineau. Afin d'alléger le fardeau financier, le gouvernement a toutefois éliminé une redevance d'un sou par litre que les distributeurs payaient jusqu'à maintenant. En soustrayant la redevance, on arrive donc à une augmentation de deux sous de plus par litre, qui sera refilée aux automobilistes.

«C'est exactement le but du marché du carbone, que le pollueur paye», assure M. Pineau. Dans ce cas-ci, le pollueur est l'automobiliste, pas le distributeur, explique-t-il, et c'est lui que l'on veut inciter à moins consommer.

Il ne faut pas croire pour autant que les automobilistes vont réduire leur consommation d'essence du jour au lendemain, surtout dans un contexte où le baril de pétrole se vend à son prix le plus bas depuis plusieurs années. «Même si l'essence remonte à 1,45 $, les deux cents payées de plus vont se noyer dans le prix de l'essence qui est déjà élevé.»

Sauf que la taxe GES qu'imposera le distributeur aux automobilistes est destinée à augmenter dans les prochaines années, jusqu'à devenir plus dissuasive, explique le professeur. Chaque année d'ici 2020, le gouvernement va augmenter le prix plancher des crédits d'émission de GES et diminuer le nombre de crédits disponibles. Les automobilistes seront donc forcés de réduire leur consommation.

Comme il est difficile de prévoir l'évolution de la demande, dur de dire exactement jusqu'où s'élèvera la contribution des automobilistes en 2020. À court terme, souligne Pierre-Olivier Pineau, certains distributeurs pourraient remettre l'augmentation de deux sous à après la première enchère, en février. Mais il est clair que la demande de pétrole ne diminuera pas aussi vite que l'offre entre 2015 et 2020, créant une hausse du prix des droits d'émission de GES aux enchères.

«Une solution facile»

Qualifié de grande fierté pour le Québec par M. Pineau, le marché du carbone ne fait cependant pas l'unanimité.

«On a déjà un litre d'essence qui est parmi les plus taxés en Amérique du Nord. On est dans une situation, actuellement, où le prix de l'essence a diminué beaucoup, mais on ne sait pas combien de temps cette baisse-là va perdurer», dénonce la porte-parole de CAA-Québec, Anne-Sophie Hamel. «On trouve que c'est une solution facile, encore une fois, de taper sur les doigts des automobilistes et prendre l'argent de leur poche.»

CAA-Québec se questionne également sur la façon dont l'argent qui ira au Fonds vert sera dépensé. «L'automobiliste va-t-il y trouver son compte?» demande la porte-parole. «On ne veut pas que ces deux cents-là soient une punition.» Ce que souhaite le CAA, c'est que l'argent amassé soit investi dans des alternatives de transports qui serviront l'automobiliste.

Pierre-Olivier Pineau est d'accord que le Fonds vert devra être gardé à l'oeil. «Il y a des craintes légitimes à avoir sur comment l'argent sera dépensé. C'est un fonds qui a été pointé du doigt deux fois par le vérificateur général. L'argent du fonds n'a pas toujours été dépensé ces dernières années et, quand c'était fait, c'était sans transparence et sans efficacité maximale.»

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