Pipeline Énergie Est: Gaz Métro lance un pavé dans la mare

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La présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu

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(Québec) D'instinct, on s'attendrait à ce qu'un distributeur de gaz naturel comme Gaz Métro accueille tout nouveau projet de pipeline avec des pompons de meneuse de claque. Mais c'est plutôt avec une brique et un fanal que sa présidente Sophie Brochu attend TransCanada et son projet Énergie Est, elle qui y voit une «incohérence énergétique» qui pourrait coûter 100 millions $ par année aux consommateurs québécois.

Le noeud du problème est que, dans sa forme actuelle, le projet d'oléoduc Énergie Est impliquerait de «couper le gaz» dans une conduite reliant North Bay, dans le Nord-Ouest ontarien, et Ottawa, afin d'y faire passer du pétrole. TransCanada propose de remplacer ce tronçon par un nouveau gazoduc de 36 pouces de diamètre, mais le tuyau actuel en fait 42 et peut charrier deux fois plus de gaz que son éventuel remplaçant. Et cela risque fort de se refléter sur les prix, avertit Mme Brochu.

«Si on arrive en hiver et qu'on n'a pas la capacité dont on a besoin, les grands clients industriels vont devoir se tourner vers le pétrole, qui coûte plus cher et qui [émet plus de gaz à effet de serre]. Et ça, on estime que ça va coûter au bas mot 100 millions $ par année, juste pour eux. [...] Pourquoi [l'hôpital montréalais] Sainte-Justine paierait son gaz naturel plus cher parce qu'un producteur dans l'Ouest veut exporter son pétrole? Il n'y a aucune raison», a lancé Mme Brochu lors d'une entrevue diffusée mardi à l'émission L'heure du monde, à Radio-Canada.

Il n'a pas été possible de s'entretenir avec Mme Brochu, mercredi, mais la porte-parole de Gaz Métro dans ce dossier, Marie-Christine Demers, a confirmé au Soleil que le gazoduc actuel a une capacité de 1,2 pétajoule par jour - soit 1,2 million de milliards de joules, la joule étant une unité d'énergie équivalente à ce que consomme une ampoule de 100 watts en un centième de seconde. La conduite de remplacement proposée par TransCanada, elle, ne transportera que

0,6 pétajoule par jour.

TransCanada, rappelons-le, veut construire un nouvel oléoduc qui permettrait à l'Alberta d'écouler son pétrole sur les marchés de l'Atlantique. Au Québec, le projet a fait couler beaucoup d'encre depuis quelques mois à cause du terminal pétrolier qui serait implanté à Cacouna, où écologistes et scientifiques craignent qu'il mettra en péril la survie du béluga du Saint-Laurent.

Effets sur le marché

Mme Brochu a précisé à Radio-Canada qu'elle n'avait rien contre l'idée de faire passer un nouveau pipeline au Québec. «Les producteurs de pétrole de l'Ouest vont faire une manne en exportant leur pétrole, et c'est correct, on est content pour eux. Mais ce qu'on leur dit, c'est de laisser le marché domestique [du gaz naturel, NDLR] tranquille.»

Et elle n'est pas seule de son camp. «Notre position est semblable à celle de Gaz Métro», a indiqué mercredi Andrea Stass, porte-parole du distributeur ontarien de gaz naturel Union Gas. «Nous soutenons le développement d'infrastructure, mais nous croyons que [... la mouture actuelle d'Énergie Est] va affecter négativement les quantités de gaz disponibles et les prix pour les consommateurs au Québec et en Ontario. Nous pensons que la solution est simple : que TransCanada construise un oléoduc entre North Bay et Ottawa.»

L'autre grand joueur dans ce secteur en Ontario, Enbridge Gas Distribution, a lui aussi tenu des propos semblables dans les médias anglophones récemment - mais cette question ne s'était pas frayé un chemin dans les médias francophones.

Chez TransCanada, Philippe Cannon a réagi mercredi à la sortie de Mme Brochu en niant que le projet Énergie Est réduirait les quantités de gaz disponibles au Québec. La compagnie affirme qu'une partie de ses infrastructures est destinée à l'exportation de gaz et présentement sous-utilisée. Cette marge de manoeuvre servira donc à compenser la conversion du tronçon North Bay-Ottawa.

«Notre projet Réseau Principal Est a été conçu pour répondre aux besoins présents et à venir du Québec, en matière de gaz naturel. Toutefois, si une expansion additionnelle imprévue devait un jour devenir nécessaire, TransCanada s'engage à construire une expansion afin d'offrir cet approvisionnement», a assuré M. Cannon dans un courriel envoyé au Soleil.

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