Médicaments génériques: la baisse de prix n'a jamais eu lieu

En imitant l'Ontario, le gouvernement du Québec avait... (Photothèque La Presse)

Agrandir

En imitant l'Ontario, le gouvernement du Québec avait décidé, il y a trois ans, de plafonner le prix d'une majorité de médicaments génériques sur son territoire. Depuis décembre 2010, le prix exigé aux pharmaciens québécois par les fabricants de génériques a donc chuté d'un peu plus de 50 %.

Photothèque La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) La chute des prix des médicaments génériques il y a presque trois ans au Québec devait assurer des économies importantes pour les Québécois couverts par un régime privé d'assurances. Or, c'est tout le contraire qui s'est produit. Pour combler ce «manque à gagner», les pharmaciens ont augmenté leurs honoraires. Résultat : la baisse attendue n'a jamais eu lieu. Et elle se fait toujours attendre.

Coût moyen d'une prescription... (Infographie Le Soleil) - image 1.0

Agrandir

Coût moyen d'une prescription

Infographie Le Soleil

Vous ne le savez peut-être pas, mais depuis le mois décembre 2010, les coûts de plusieurs médicaments génériques ont fondu radicalement dans les pharmacies québécoises, passant de 52 % à 25 % du coût d'un équivalent breveté.

En imitant l'Ontario, le gouvernement du Québec avait décidé, il y a trois ans, de plafonner le prix d'une majorité de médicaments génériques sur son territoire. Depuis décembre 2010, le prix exigé aux pharmaciens québécois par les fabricants de génériques a donc chuté d'un peu plus de 50 %.

«Mais cette baisse n'a jamais été refilée aux consommateurs», constate l'actuaire Jacques L'Espérance de la firme J. L'Espérance Actuariat Conseil. Pire : les coûts n'ont pas baissé, ils ont augmenté.

Selon l'actuaire, il faut regarder du côté des honoraires des pharmaciens pour trouver des réponses à cette hausse «inconcevable» du coût des médicaments génériques pour les assurés de régimes privés au Québec. 

Régime public

Dans le régime public couvert par le Régime de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), la loi ne permet pas aux pharmaciens d'exiger des honoraires supérieurs à 8,44 $ par ordonnance traitée. «Ce qui n'est pas le cas dans le privé, où les tarifs par ordonnance ne sont pas fixés», précise Jacques L'Espérance, qui note une hausse significative des honoraires et des marges perçues par les pharmaciens depuis deux ans au Québec.

Il faut dire que la loi québécoise a aussi fait plafonner les ristournes (appelés aussi allocations professionnelles) versées par les fabricants de médicaments génériques aux pharmaciens québécois. Cette ristourne, qui était de 20 % du coût d'un médicament il y a deux ans, est passée à 15 %.

Conséquence : le gouvernement du Québec a pensé bien faire en balisant des baisses de coûts pour le régime public, mais n'a pas cru bon encadrer les honoraires dans le secteur privé. «Les pharmaciens se sont repris là où il n'y a pas de normes», souligne l'actuaire, qui croit qu'en balisant les honoraires des pharmaciens, le portrait serait fort différent pour les régimes privés au Québec.

Données révélatrices

Les données compilées par la société TELUS Santé (qui gère des dossiers médicaux pour des régimes privés d'assurances) et obtenues par Le Soleil indiquent que les prix des médicaments génériques ont baissé en moyenne de 18 % au Québec entre avril 2011 et avril 2012, passant de 30 % du coût d'un médicament breveté à 25 %. 

Pendant ce temps, les marges bénéficiaires et honoraires des pharmaciens au Québec ont suivi une trajectoire inverse entre 2010 et 2012, progressant en moyenne de 15 %. 

Chemin faisant, entre avril 2011 et avril 2012, le coût mensuel des médicaments génériques a ainsi progressé de 3,6 % au Québec.

Une réalité tout à fait différente en Ontario, toujours d'après les données de TELUS Santé, alors que le même coût mensuel des médicaments génériques a plutôt baissé de 3,4 % sur un an.

À l'Association canadienne des compagnies de personnes (ACCAP), qui regroupe les assureurs qui gèrent les régimes privés d'assurances collectives, on dit suivre le dossier de près. «On se pose des questions nous aussi», signale le vice-président principal du Québec, Yves Millette.

Sous le couvert de l'anonymat, plusieurs courtiers en assurances collectives considèrent cependant comme «abusives» les pratiques actuelles des pharmaciens québécois. 

«C'est évident que les assurés de régimes privés n'en ont pas pour leur argent en ce moment. Les pharmaciens sont très voraces en augmentant leurs honoraires, d'autant qu'ils n'ont pas intérêt à vendre des médicaments d'origine puisqu'ils ne touchent pas de ristournes», a tenu à souligner l'un d'entre eux.

Magasiner son pharmacien

Plusieurs assureurs recommandent d'ailleurs à leurs clients de magasiner leur pharmacie afin d'obtenir de meilleurs prix pour leurs médicaments. 

Dans certains cas, on laisse entrevoir une baisse possible de la facture de médicaments pouvant varier entre 10 % et 50 %, soutient l'assureur L'Industrielle Alliance dans une note envoyée récemment à ses assurés.Par exemple, pour une même dose de Remicade, un traitement pour la maladie de Crohn et de la polyarthrite rhumatoïde, la variation de prix peut aller jusqu'à 300 $ par prescription. Ce qui pourrait représenter une économie annuelle de 2000 $.

*****

DES PHARMACIES POURRAIENT FERMER

Des honoraires fixes imposés aux pharmaciens au Québec pour les assurés de régimes privés auraient de graves conséquences sur l'industrie québécoise de la pharmacie. «On pourrait assister à des fermetures d'établissements», prévient le vice-président de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), Normand Cadieux. Selon ce dernier, si les prix sont plus élevés du côté du privé, c'est que ces derniers reflètent la juste prestation des services offerts en pharmacie. «Le prix payé par le privé correspond davantage à la réalité économique et aux services donnés par les pharmaciens à leurs clients», dit-il. 

Coûts pour une pharmacie

Reconnaissant que les pharmaciens n'étaient pas dans la misère au Québec, M. Cadieux a fait valoir que les coûts pour faire rouler une pharmacie étaient en nette progression ces dernières années. L'AQPP rappelle que pour une pharmacie type québécoise, 76 % de son chiffre d'affaires émane généralement de la préparation et de la gestion de prescriptions pour ses clients, alors que cette activité était beaucoup moins importante dans le secteur de la pharmacie en Ontario, par exemple.

*****

QUÉBEC N'A PAS L'INTENTION D'INTERVENIR

Le gouvernement Marois n'a pas l'intention de changer la loi pour permettre aux assureurs privés d'aller chercher les mêmes avantages pour leurs clients que ceux obtenus par le gouvernement avec le régime public. «Ce n'est pas à l'ordre du jour», a indiqué mardi Ariane Lareau, porte-parole du ministre de la Santé au Québec, Réjean Hébert. Le gouvernement Marois s'oppose par ailleurs à l'idée de nationaliser l'assurance médicaments au Québec. Quant à la création d'un organisme public comme Pharma-Québec, qui aurait pour but d'être un pôle d'achat groupé de médicaments (promesse lancée par Québec solidaire lors de la dernière campagne électorale), le gouvernement n'en voit pas l'utilité.  

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer