Plusieurs analystes qui suivent de près les tendances du commerce au détail sont d'avis que les consommateurs canadiens seront appelés à vivre des chambardements importants au cours des prochaines années. En clair : plusieurs bannières vont disparaître du paysage, des nouvelles vont s'afficher. «On va voir arriver un nombre important de nouveaux détaillants, surtout américains. Ce qui va mettre une pression énorme sur des joueurs existants. Certains ne réussiront pas à survivre», prévient l'analyste Jean-François Grenier, du Groupe Altus.
Il faut dire que la progression des chaînes américaines de commerce au détail au Québec est fulgurante. Au cours des
30 dernières années, leurs parts de marché ont littéralement explosé, passant de 10 à 40 % tant ici que dans le reste du pays.
Sears en danger
Le détaillant Sears apparaît d'ailleurs de plus en plus à l'étroit et menacé au Canada. «Sears pourrait souffrir le plus de l'arrivée de Target au Canada», croit M. Grenier. Selon ce dernier, Sears n'a pas su se renouveler auprès d'une clientèle vieillissante, alors que ses magasins défraîchis et ses marques maison ont perdu du lustre au fil des ans.
Mercredi, Sears Canada a fait état au deuxième trimestre d'une perte de 9,8 millions $, alors que ses ventes ont baissé de 100 millions $ pour s'établir à 1,05 milliard $. Depuis le début de l'année, les ventes dans les magasins Sears comparables ont fondu de 7 %.
Outre Sears, plusieurs joueurs québécois du commerce au détail ont aussi connu d'importants problèmes financiers ces derniers temps. Récemment, les chaînes Jacob, Pentagone, Stylexchange, Lindor, Dumoulin, Hart et Manteaux Manteaux se sont placées à l'abri de leurs créanciers, incapables de suivre.
Certains de ces détaillants sont demeurés en vie, mais avec beaucoup moins de points de vente et des liquidités fragilisées.
Le Château en voit de toutes les couleurs
Le détaillant de vêtements québécois Le Château en voit également de toutes les couleurs par les temps qui courent. Depuis le début de l'année, les pertes s'accumulent au Château, alors que les ventes ont baissé de façon importante. La direction du Château prévoit fermer des magasins, alors qu'une nouvelle stratégie commerciale sera mise de l'avant pour retrouver le chemin de la rentabilité.
La pointe de l'iceberg, prévient l'analyste Jean-François Grenier, qui s'attend à voir d'autres détaillants fermer leurs portes ou être avalés en raison d'une compétition de plus en plus féroce.
Compétition sur le Net
Une compétition très présente également sur le Net, note-t-il, où les prix s'affichent en un clic, mettant une pression énorme sur les marges bénéficiaires des détaillants qui ne veulent pas perdre une vente. Le commerce en ligne serait responsable d'une baisse d'achalandage d'au moins 10 % dans les centres commerciaux et les magasins à grande surface, estime le Groupe Altus.
Et il y aussi le cas du quincaillier RONA, avec ses 800 magasins au Canada, qui pourrait bientôt passer entre les mains de Lowe's.
Le géant américain, qui a déjà déposé deux offres d'achat dites amicales pour RONA, pourrait d'ailleurs revenir à la charge d'ici quelques semaines avec une proposition hostile. Le grand patron de Lowe's, Robert Niblock, souhaite toujours conclure une transaction avec RONA et dit étudier maintenant toutes les possibilités.