Piscines à 99 $/mois: un plongeon... vers l'endettement

Gilbert Leduc

Gilbert Leduc
Le Soleil

(Québec) La proposition fait rêver. Une belle piscine creusée dans la cour pour un «petit» 99 $ par mois. Ce que l'offre ne dit pas, par contre, c'est que l'acheteur aura des paiements à faire pendant 240 mois. Oui, oui, pendant 20 ans!

Et en additionnant le montant des intérêts qui s'ajoutera à la facture, la piscine - qu'il aurait payée comptant 20 000 $ - lui aura finalement coûté 31 000 $. Pensant réaliser une bonne affaire en s'achetant une piscine creusée de 20 pieds pour un versement mensuel de moins de 100 $, le client aura donc déboursé, deux décennies plus tard, une fois et demie le prix de la fameuse piscine.

Tout ça sans oublier les frais inhérents à l'acquisition d'une piscine, comme l'achat d'un permis de construction, l'installation d'une clôture ou encore l'entretien saisonnier du bassin d'eau. Et dire qu'au bout de 15 ans - alors qu'il restera encore cinq ans pour payer la dépense -, il faudra remplacer la toile.

Ces pratiques commerciales et publicitaires correspondent ni plus ni moins à un «plongeon vers l'endettement», affirme Option consommateurs, qui vient de déposer une plainte à l'Office de la protection du consommateur contre deux grands joueurs du monde des piscines au Québec, Trévi et Club Piscine.

Depuis quelques semaines, les deux commerçants proposent dans leurs campagnes publicitaires des piscines creusées pour 99 $ par mois. Selon l'association vouée à la défense et à la promotion des droits des consommateurs, Trévi et Club Piscine contreviennent à la Loi sur la protection du consommateur en ne divulguant pas clairement certains renseignements obligatoires sur les modalités de crédit et en n'affichant pas le prix total de la piscine dans ses publicités.

«Beaucoup d'entreprises encouragent le consommateur à payer un bien ou un service par versements égaux. Le cas de Trévi et de Club Piscine nous indigne particulièrement, car le prix psychologique de 99 $ incite bien des gens à penser qu'ils peuvent s'offrir le luxe d'une piscine creusée alors que, dans les faits, ils n'ont carrément pas les moyens de le faire», explique Dominique Gervais, avocate au service juridique d'Option consommateurs. Selon elle, il est de l'obligation des commerçants «d'avertir le public de ce qui se cache derrière une offre aussi alléchante».

À la lumière du peu d'informations disponibles dans les publicités, Option consommateurs a dû se pointer dans l'une des succursales de Trévi pour en savoir davantage.

«Nous avons appris que le prêt pour l'accès de la piscine, financé par la Banque Nationale ou Accord D de Desjardins, serait offert au taux variable de 6,3 % pour trois ans. Pour la suite, c'est l'inconnu. Nous savons que les taux d'intérêt vont augmenter. C'est inévitable. Nous sommes actuellement dans un creux historique», commente Me Gervais en précisant que, contrairement à la rénovation d'un toit, d'une cuisine ou d'une salle de bains, l'acquisition d'une piscine, même creusée, n'apportait pas grand-chose à la valeur d'une propriété.

«Et une piscine, ça ne nous suit pas lorsque nous déménageons. Le contrat de financement ne se transfère pas non plus. Le propriétaire est donc obligé de payer la totalité de la piscine avant de déménager.»

Option consommateurs s'en prend également aux institutions qui offrent des plans de financement sur 20 ans pour l'acquisition non pas d'une maison, mais d'une piscine.

«Est-ce vraiment responsable de leur part d'inciter à l'endettement de la sorte?», pose Me Gervais, en soulignant que la Banque du Canada ne cessait de faire des mises en garde à l'égard de la crise de l'endettement des ménages. Le niveau d'endettement des ménages canadiens correspond aujourd'hui à 150 % du revenu disponible d'une famille. Cela signifie que, globalement, les ménages devaient plus de 1,50 $ pour chaque dollar de revenu disponible.

Avant de s'emballer pour une offre mirobolante ou encore de financer à long terme un produit de luxe comme une piscine creusée, Option consommateurs invite les gens à aller s'asseoir avec leur banquier - et non pas le marchand de piscines du quartier - pour se faire expliquer les tenants et aboutissants d'une décision qui risque de grever le budget familial pendant longtemps.

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