Terminé, Internet illimité

Avec un gigaoctet de transfert de données, on... (Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes)

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Avec un gigaoctet de transfert de données, on télécharge 200 chansons, on visionne un film et demi, mais on manque la fin d'un film téléchargé en haute définition.

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Le Soleil

(Québec) Les utilisateurs d'Internet sont encore une fois pris au milieu d'une guerre.

D'un côté, les grands fournisseurs d'accès, Bell en tête, qui ont obtenu du Conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), fin 2010, que tous les fournisseurs se voient dans l'obligation d'imposer à leurs clients une limite de téléchargement mensuelle. Terminé, Internet illimité. De l'autre, les petits fournisseurs, contraints par le CRTC de plus ou moins calquer leur tarification sur celle de Bell. Ces derniers ont tant fait de bruit, mardi, que Stephen Harper a fini par s'en mêler.

La décision du CRTC, tombée fin octobre, concerne les petits fournisseurs d'accès Internet qui utilisent les fils de Bell pour se rendre chez leurs clients.

Comme Bell a un monopole, l'entreprise est obligée de collaborer avec ces fournisseurs. Bell allègue que les réseaux sont de plus en plus chargés, d'où la nécessité de contrôler le trafic.

Le CRTC avait déjà consenti à ce que les fournisseurs ralentissent artificiellement le téléchargement à partir de certains réseaux d'échange de fichiers à certaines heures. Bell est ensuite allé plus loin, en demandant que les forfaits de téléchargement illimité soient interdits, pour tous les fournisseurs et revendeurs, et qu'une tarification à l'usage soit appliquée, passé un certain seuil.

Le CRTC a consenti, à condition que Bell accorde un rabais de 15 % aux petits fournisseurs. La nouvelle réglementation sera en vigueur le 1er mars.

En furie

Plusieurs petits fournisseurs sont en furie parce qu'ils perdent leur plus gros argument de vente. En effet, ils étaient nombreux à offrir des forfaits de téléchargement illimité pour se démarquer dans un marché dominé par une poignée de grands joueurs.

Ces petits fournisseurs n'ont pas l'intention d'en rester là. Leurs arguments ont trouvé plusieurs oreilles attentives, à commencer par les clients, dont certains pourraient voir leur facture doubler. Des groupes se sont formés, une pétition a été mise en ligne et les politiciens d'Ottawa s'en sont mêlés.

Pétition en ligne

Ce qui a mis le feu aux poudres, c'est la liste de nouveaux forfaits envoyée par le fournisseur ontarien Teksavvy à ses clients, samedi, pour se plier à la décision du CRTC. L'entreprise invitait les utilisateurs à signer une pétition en ligne sur le site stoptheme ter.ca. Environ 40 000 personnes l'ont signée, samedi. Les organisateurs espéraient atteindre les 300 000, mardi.

Le sujet a tellement soulevé les passions sur le Web, mardi, que le site est tombé en panne pendant un moment en raison d'une surcharge.

C'est le groupe Openmedia.ca qui a lancé la pétition. Sa porte-parole, Lyndsey Pinto, voit une profonde contradiction dans l'attitude du CRTC: les services se multiplient, mais l'accès à Internet coûte plus cher.

«On va utiliser plus de bande passante, on voit clairement la tendance. Avec l'arrivée et le développement des services comme Netflix, Hulu et bien d'autres [des services de télé sur demande sur Internet], qui utilisent beaucoup de données mais dont les gens bénéficient, ça coûtera plus cher aux Canadiens d'utiliser Internet. [...]. Ils gardent les fournisseurs dans une position où ils peuvent contrôler les prix et rendre Internet moins accessible.

«On devrait encourager les Canadiens à utiliser davantage Internet, pas moins! poursuit Mme Pinto. On est en chute libre dans l'économie numérique mondiale.»

NPD et PLC opposés

Le Nouveau Parti démocratique a été le premier parti politique à s'opposer au nouveau règlement, la fin de semaine dernière. Les libéraux ont suivi, mardi.

Le critique libéral en matière d'industrie, Marc Garneau, considère la décision «anticompétitive» et somme les conservateurs de la renverser. «Ça aura comme résultat d'avoir un barème de coûts qui désavantage trop les petites compagnies. Il y aura moins de compétition, moins de choix et moins d'innovation», déplore le député.

Le premier ministre Harper a réagi, mardi, sur Twitter. «Nous sommes très préoccupés par la décision du CRTC sur la facturation selon l'usage et par son impact sur les consommateurs. J'ai demandé qu'on examine cette décision.» Le ministre de l'Industrie, Tony Clement, a indiqué qu'il se pencherait sur la question avant le 1er mars.

60 Go, c'est quoi?

Les clients qui utilisent Internet principalement pour le Web ou les courriels peuvent dormir tranquille. Mais dès qu'on consomme des contenus vidéo, qu'on pense à Tou.tv, à Netflix, à Hulu ou à la location de films par iTunes Store, la consommation de gigaoctets (Go) monte en flèche.

Avec un gigaoctet, on télécharge 200 chansons, on visionne un film et demi, mais on manque la fin d'un film téléchargé en haute définition. Une famille qui choisirait de laisser tomber le câble traditionnel au profit de ces services dépasserait la limite imposée de 60 Go.

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