Prix de l'essence: un stratagème généralisé, dit le tombeur du cartel

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L'essence sous la loupe

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L'essence sous la loupe

Des prix fixes. Une concurrence absente. Des parts de marché stables. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le marché de l'essence à Québec semble «facile à contrôler». La région serait-elle sous l'emprise d'un cartel? Le Soleil a enquêté. »

 

Pierre Couture et Simon Boivin
Le Soleil

(Québec) L'homme qui a fait tomber un cartel de l'essence dans les régions des Bois-Francs et de l'Estrie l'an dernier est formel : «D'après moi, il y a un cartel de l'essence un peu partout au Québec», lance Christian Goulet au Soleil.

«Tout le monde le voit. Lorsque le prix de l'essence change à une place, il change partout. Ce n'est pas normal», ajoute-t-il.

Il faut dire que M. Goulet connaît assez bien le sujet. La mise au jour l'an dernier par le Bureau de la concurrence d'un cartel de l'essence à Victoriaville et à Sherbrooke notamment n'aurait d'ailleurs jamais eu lieu sans l'obstination de ce commerçant.

À l'époque, Christian Goulet possédait une station-service de la bannière Esso à Victoriaville. Pendant des années, malgré les menaces persistantes de ses concurrents, M. Goulet dit avoir toujours refusé de vendre son essence à un prix fixé d'avance. «Je voulais surtout offrir les meilleurs prix possibles à mes clients», explique-t-il.

Or, en mai 2004, après avoir essuyé des menaces de plus en plus violentes (menaces de mort et vandalisme sur ses pompes), M. Goulet décide de se confier à un journaliste d'un hebdomadaire de Victoriaville.

À Ottawa, le Bureau de la concurrence en entend parler et décide d'enquêter. «C'est à partir de là que tout a déboulé», signale-t-il.

M. Goulet calcule que durant ses bonnes années, son chiffre d'affaires a connu un essor considérable, passant de la vente de

700 000 litres par année à plus de quatre millions de litres.

«Lâché» par Esso

Christian Goulet estime toutefois avoir été «lâché» par la pétrolière Esso. «J'avais un contrat d'approvisionnement avec eux. Et puis, un bon matin, leur représentant m'a dit que je ne pouvais plus vendre mon essence au prix que je voulais.»

Ainsi, Christian Goulet affirme qu'Esso lui a vendu pendant près d'un an de l'essence à un prix beaucoup plus élevé que ses concurrents. «Je perdais 2 à 3 ¢ par litre. En un an, j'ai dû encaisser des pertes de plus de 200 000 $», estime-t-il.

Voyant qu'Esso ne lui faisait pas de cadeau, M. Goulet a tenté de changer de fournisseur. Aucun autre joueur de l'industrie ne s'est manifesté, malgré des promesses de certains.

Résigné, Christian Goulet a été contraint de «liquider» son commerce pour la somme de 800 000 $, soit à un prix plus bas qu'il valait en réalité.

Aujourd'hui, l'homme de 44 ans ne réside plus dans la région de Victoriaville. Bien qu'il dise suivre ce qui se passe dans le petit monde de l'essence, il n'a pas l'intention de faire un retour dans cette industrie, malgré des «offres alléchantes».

Il songe toutefois à intenter une poursuite devant les tribunaux contre la pétrolière Esso. «Le dossier est dans les mains de mes avocats, dit-il. J'ai perdu beaucoup trop d'argent avec eux pour laisser les choses aller.»

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