Un cartel de l'essence à Québec?: des centaines de millions de dollars en jeu

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L'essence sous la loupe

Des prix fixes. Une concurrence absente. Des parts de marché stables. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le marché de l'essence à Québec semble «facile à contrôler». La région serait-elle sous l'emprise d'un cartel? Le Soleil a enquêté. »

Dans une ville comme Sherbrooke, les détaillants qui... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Dans une ville comme Sherbrooke, les détaillants qui ont prélevé un cent de plus par litre que le prix normal du marché ont pu empocher 2 millions $ supplémentaires par année.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

 

Pierre Couture et Simon Boivin
Le Soleil

(Québec) Les sommes trop perçues par les pétrolières et les détaillants dans les poches des automobilistes québécois pourraient s'élever à plus de 100 millions $ par année. Plusieurs spécialistes consultés par Le Soleil soutiennent que le montant des indemnités versées dans le contexte d'un recours collectif touchant l'ensemble du Québec aurait de quoi faire réfléchir l'industrie pétrolière.

Un expert consulté par Le Soleil explique que les acteurs du cartel démantelé l'an dernier dans les régions des Bois-Franc et de l'Estrie s'en mettaient plein les poches.

Une conversation interceptée par le Bureau de la concurrence entre un propriétaire de dépanneur de Victoriaville et André Bilodeau, un représentant de Philippe Gosselin, propriétaire de plusieurs dizaines de stations-service au Québec, démontre que le jeu en valait la chandelle.

«Tabarnac, ça vaut la peine certain», raconte Bilodeau à propos des bénéfices d'une hausse de prix. «Avec tous les litres qui se vendent à Victo, tu charges un demi-cent au gars, une couple de millions, pas besoin de travailler.»

Chemin faisant, dans une ville comme Sherbrooke, par exemple, l'ensemble des détaillants ayant prélevé un cent de plus par litre que le prix normal du marché ont pu empocher 2 millions $ supplémentaires par année.

«Ce n'est pas pour rien que des détaillants et des pétrolières soient tentés de comploter pour fixer des prix d'avance», poursuit une source impliquée dans le dossier. «C'est parce que cette activité demeure très, très payante.»

Ainsi, dans le cas d'un premier recours collectif contre les détaillants et les pétrolières impliqués dans le cartel de l'essence mis à jour dans les régions de Victoriaville, Thetford Mines, Magog et Sherbrooke, les montants des indemnités pourraient atteindre les 60 millions $.

Chez les demandeurs de ce recours, on soutient qu'aucune demande financière n'a encore été avancée. «Nous sommes encore loin d'un montant réclamé», indique l'avocat Pierre Lebel. La Cour supérieure doit d'abord autoriser une telle action.

Et si un autre recours collectif couvrant l'ensemble du Québec, cette fois-ci, obtenait le feu vert? Là, les sommes seraient gigantesques. On peut certes parler d'un montant de réclamations pouvant atteindre facilement les 100 millions $ pour chaque année couverte d'un tel recours.

À l'Association pour la protection des automobilistes, qui entend prendre part au recours, on estime qu'en payant de 2 à 6 ¢ de trop, un automobiliste moyen québécois aura perdu en un an de 40 à 100 $.

L'an dernier, il s'est vendu tout près de 10 milliards de litres d'essence au Québec.

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