Il ne faut pas croire que le cartel mis au jour par le Bureau de la concurrence étendait ses tentacules partout au Québec, estime Carol Montreuil, de l'Institut canadien des produits pétroliers.
«Le danger est de généraliser, prévient-il. Dans tous les domaines, des gens, par malversation, ont fait des choses qui ne sont pas acceptables et que nous condamnons. Il ne faut pas monter en épingle un cas d'espèce et de tenter de généraliser cela. Ce n'est pas exact.»
Les guerres de prix s'observent à Québec comme ailleurs dans la province, assure-t-il. À preuve, la marge bénéficiaire dans la capitale est en moyenne de 6 ¢ le litre depuis trois ans. Avec des hauts, des bas, mais la même moyenne, dit M. Montreuil.
«Le CAA va s'époumoner pour dire que les consommateurs de Québec sont mal servis parce que la marge est plus haute à un moment donné, évoque-t-il. Mais ils ne disent rien quand c'est plus bas. [...] Des prix qui fluctuent, c'est le signe d'une saine compétition.»
Des études démontrent la sensibilité des consommateurs au prix de l'essence. Lorsqu'un compétiteur baisse son prix, à la vue de tous, il ne faut pas se surprendre que le changement se répande «comme une traînée de poudre». Chacun veut conserver ses parts de marché.
«Personne ne peut se permettre d'avoir des prix différents, dit M. Montreuil. Ça se passe quelques jours. Arrive un moment où tous les joueurs sont assis sur le prix plancher. Personne ne fait de marge. Alors, un joueur va majorer ses prix, et les autres vont suivre parce que plus personne ne fait ses frais.»
Les indépendants s'expliquent
Contrairement aux prétentions du CAA et de l'Association pour la protection des automobilistes, les indépendants jouent leur rôle, assure Sonya Marcotte, de l'Association québécoise des indépendants du pétrole. Notamment en s'approvisionnant auprès d'un importateur indépendant dont le prix de vente limite les hausses que les pétrolières pourraient imposer à la rampe de chargement.
Lorsque l'on fait abstraction des taxes, «on peut considérer qu'à Québec et au Québec, on a des prix raisonnables parmi les plus bas au Canada, dit Mme Marcotte. Ce n'est pas rien. C'est grâce à la présence des indépendants».
Les marges bénéficiaires sont moins élevées à Montréal en raison du volume d'essence qui s'y vend, note-t-elle. Elle convient que les guerres de prix y sont aussi plus fréquentes.
«Il y a des régions où les guerres de prix sont plus féroces», admet-elle.