La rémunération et les programmes d'avantages sociaux ne suffisent plus à attacher les travailleurs à une entreprise. Les employeurs doivent rivaliser d'imagination pour survivre dans un marché de l'emploi qui, comme celui de la région de Québec, est intransigeant à l'égard des patrons aux stratégies vieillottes de recrutement et de rétention du personnel. L'engouement pour les mesures de conciliation travail-famille, comme la flexibilité des horaires, ne se dément pas.
Voilà que des entreprises franchissent un pas de plus. «Comment pourrait-on faire pour améliorer la qualité de vie de nos employés en dehors du travail?» Faites la connaissance de Commodus.
Dans la région de Québec, elles sont près d'une dizaine d'entreprises à recourir à ce courtier en services aux salariés qui n'est pas une entreprise privée, mais une coopérative de solidarité.
Le fonctionnement de Commodus - ce qui signifie «accommodant» en latin - n'a rien de sorcier. Une entreprise achète des points - un point vaut un dollar - qu'elle distribue ensuite à sa guise à ses employés. Ces points sont échangeables, à partir d'une plateforme transactionnelle informatisée, contre une quarantaine de services axés sur un meilleur équilibre entre le boulot et la vie personnelle offerts par des fournisseurs agréés dont La Forfaiterie, CAA-Québec et Énergie Cardio.
«Un massage à domicile, par exemple, coûte 80 points», explique la coordonnatrice de Commodus Capitale-Nationale, Catherine Villeneuve.
Les services sont regroupés en sept familles d'activités : la santé, le mieux-être, les services à domicile, les facilitateurs, la famille, les services alimentaires et les conseils professionnels. «Des services faits sur mesure pour se gâter et pour se débarrasser des tâches courantes lourdes et ennuyantes», ajoute-t-elle.
«Avant Commodus, nous payions 50 % des frais de nos employés qui s'inscrivaient dans des centres d'entraînement. Nous avions l'impression que nous ne privilégiions qu'un groupe d'employés : ceux qui aiment s'entraîner», raconte Michel Drolet, vice-président chez AFI Expertise, une firme de 75 employés spécialisée dans les domaines de la formation et des services-conseils aux entreprises. «Avec Commodus, tout le monde y trouve son compte.»
«Cette mesure est bien perçue par les travailleurs», ajoute Jacinthe Bellerive, directrice des communications de Sinapse, une firme de consultants en gestion des organisations et en technologies de l'information.
«C'est comme se payer un petit caprice. On se souvient que ça vient de l'entreprise.»
Chez AFI Expertise et Sinapse, le taux d'utilisation des points varie entre 80 % et 90 %. Dans le cas de Sinapse, chacun des 90 employés permanents reçoit 250 points au début de l'année. Pionnier des points Commodus à Québec, Frima a choisi, pour sa part, de récompenser ses employés les plus performants. «Ainsi, un employé qui multipliera les bons coups pourrait accumuler jusqu'à
1000 points. Avec 1000 $, il y a moyen de se payer quelque chose de pas mal intéressant», lance le pdg de l'entreprise de 350 travailleurs spécialisée dans le développement de jeux vidéo, Steve Couture. Depuis trois ans, Frima a investi 200 000 $ dans ce système de récompense.
Percée dans la santé
Au cours des deux dernières années, la formule Commodus a fait ses preuves dans le réseau public de la santé, un secteur fortement touché par les pénuries de main-d'oeuvre, notamment dans le camp des infirmières et des préposées aux bénéficiaires.
Au CSSS des Sommets - qui regroupe un hôpital, trois CLSC et trois centres d'hébergement sur le territoire de la MRC des Laurentides -, il y avait une volonté de réduire les coûts liés au recours des agences privées et aux heures supplémentaires durant les vacances estivales, un moment critique pour les établissements. Conseiller aux communications et à la qualité des services au CSSS des Sommets, Alain Paquette explique qu'une série de mesures d'organisation du travail ont été adoptées, il y a deux ans, pour tenter de corriger le problème, dont le recours aux points Commodus. «Nous avons accordé des points aux employés qui augmentaient leur disponibilité. Les résultats furent intéressants. Il y a eu une diminution du taux d'absentéisme et du recours aux agences privées.»
Lors du premier été du projet pilote, 115 employés ont reçu un total de 18 437 points. Des points qui ont été échangés, principalement, pour des services de repas préparés, des forfaits de détente et des massages.
«Si nous voulons être des employeurs de choix, nous avons l'obligation d'adopter de nouvelles façons de faire, de sortir de notre zone de confort», conclut M. Paquette.
Pour en savoir plus sur Commodus : www.commodus.ca