Le sauveur de Nissan fait un pari audacieux avec Mitsubishi

Le pdg de Nissan, Carlos Ghosn, serre la... (AFP, Toshifumi Kitamura)

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Le pdg de Nissan, Carlos Ghosn, serre la main du pdg de Mitsubishi, Osamu Masuko, lors de l'annonce de l'achat de 34 % des actions du dernier par le premier. Le montant de la transaction s'élève à 2,8 milliards $.

AFP, Toshifumi Kitamura

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Anne Beade
Agence France-Presse
Yokohama

Carlos Ghosn, qui a sauvé Nissan de la faillite, parviendra-t-il cette fois à sortir du marasme Mitsubishi Motors? C'est un pari audacieux que tente le pdg du géant japonais qui étend ainsi l'emprise de l'alliance nouée avec le français Renault en 1999.

L'annonce jeudi d'une prise de participation de 34 % (pour un montant de 2,8 milliards $) a pris de court les experts du secteur moins d'un mois après les premières révélations de fraude de Mitsubishi Motors Corporation (MMC).

«J'ai été très surpris par le calendrier», a confié Takaki Nakanishi, responsable de l'institut de recherche homonyme. «La facture du scandale n'est pas encore connue, donc j'ai trouvé ce geste téméraire de la part de Nissan.»

«On ne choisit pas le moment. Là, il a été dicté par le malheureux incident qui est survenu», a expliqué M. Ghosn vendredi lors d'une table ronde avec des journalistes au siège de l'entreprise à Yokohama.

«Il y avait un grand appétit de leur part» et l'effondrement de l'action MMC en Bourse (elle a plongé de 40 % dans la foulée) a facilité la transaction, a-t-il reconnu. «Dès que nous nous sommes mis d'accord, nous avons voulu agir vite pour éviter les rumeurs, les manipulations, les fuites.»

Restaurer la confiance

Les deux groupes, partenaires depuis cinq ans (chacun fabriquant des voitures pour l'autre), se connaissent bien. Si l'intérêt est évident pour Mitsubishi Motors, grandement fragilisé par ce scandale, il l'est moins pour Nissan.

«Nissan doit penser que c'est une bonne affaire», mais «n'a-t-il pas dégainé trop vite?» s'inquiète Joe Rundle, analyste chez ETX Capital. «Le pire pourrait encore être révélé.»

Le scandale, qui porte sur des falsifications de tests et de données pour embellir les performances énergétiques des véhicules, est pour l'heure limité à l'archipel, mais des dizaines de modèles pourraient être concernés selon la presse. L'enquête est en cours, avec de nouvelles perquisitions vendredi du ministère nippon des Transports au siège de MMC à Tokyo.

Dédommagement des clients floués, éventuelles amendes des autorités... Les coûts risquent de grimper, et la réputation du groupe, déjà entachée par une précédente affaire de dissimulation de défauts dans les années 2000, est durablement ternie.

«Oui, c'est un problème grave, la confiance est rompue», a admis Carlos Ghosn. «Le plus grand défi maintenant est de les aider à rétablir leur réputation, et de la préserver en dehors du Japon.»

«Enthousiaste» à l'idée du chantier qui l'attend, le dirigeant de 62 ans a évoqué son expérience au sein de Nissan, qu'il a redressé au prix de douloureuses restructurations.

Dans le top 3

«Chez Nissan, j'étais le pilote; là, ce sera Mitsubishi aux commandes. Chez Nissan, j'étais un pilote sans guide, nous avons dû tout inventer; là nous avons un précédent, nous savons comment faire», a-t-il souligné.

Déjà à la tête de Renault, serait-il intéressé par la position de président du conseil d'administration de Mitsubishi Motors, un poste alloué à Nissan selon les termes de l'accord? «Je ne veux rien anticiper, l'opération n'est pas encore faite», a-t-il répondu, prudent.

Conscient des «risques», Carlos Ghosn a en effet prévenu que le projet pouvait être remis en cause si le scandale devait prendre de l'ampleur.

«Nous avons à ce stade un accord de principe, la transaction ne sera bouclée qu'après les vérifications nécessaires», a-t-il insisté. «Quand nous conclurons l'opération, nous saurons exactement à quoi nous en tenir. Il est clair que s'il devait se produire une implosion, nous ne signerions pas».

Si le projet aboutit comme il l'espère, l'alliance Renault-Nissan, qui compte aussi le russe Avtovaz, verra ses ventes annuelles dépasser les 9,5 millions de véhicules, non loin du trio de tête mondial composé du japonais Toyota, de l'allemand Volkswagen et de l'américain General Motors (GM). «Nous avons toujours dit que nous avions l'ambition d'être dans le top 3», a rappelé M. Ghosn.

Pour lui, ce rapprochement s'inscrit dans un mouvement plus large de consolidation de l'industrie automobile, qu'il avait d'ailleurs prédit, en particulier au Japon où se bousculent les constructeurs. Normes environnementales plus strictes, investissements technologiques croissants avec l'avènement de la conduite autonome, incertitudes économiques qui exigent une présence géographique équilibrée... «Dans ces conditions, les petits acteurs vont avoir du mal à survivre», nous prévient-il.

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