Le saut risqué de Sears dans l'alimentation

Contrairement à Sears, Walmart «est quand même le... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Contrairement à Sears, Walmart «est quand même le numéro un en alimentation aux États-Unis», ce qui a facilité le déploiement de ses supercentres, souligne Sylvain Charlebois de l'Université Dalhousie, à Halifax.

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(Québec) Continuellement à la recherche de solutions pour retrouver la santé financière, Sears Canada a annoncé au début du mois de décembre faire le saut dans le secteur de l'alimentation pour attirer davantage de clients dans leurs magasins. Une stratégie «osée», «risquée» et «loin d'être gagnée d'avance», estiment des experts du commerce de détail.

Depuis quelques années, Sears Canada a amorcé un virage important dans sa stratégie d'affaires. En 2015, l'entreprise a réduit ses dépenses de 125 millions $. Et la cure minceur devait se poursuivre en 2016 avec des économies annuelles à réaliser entre 127 millions $ et 155 millions $. Mais, malgré tous ses efforts, le géant du commerce de détail continue de perdre de l'argent à travers le Canada.

Lors du dévoilement de son rapport trimestriel clos le 29 octobre, la perte de Sears Canada se chiffrait à 120 millions $, ou 1,18 $ par action, comparativement à une perte nette de 53,2 millions $, ou 52 ¢ par action, pour la même période l'an dernier. Les revenus trimestriels se sont élevés à 625,2 millions $, soit une baisse de 21,1 % par rapport au trimestre correspondant de l'exercice précédent (792,1 millions $).

Souhaitant redresser ses finances, la société mise entres autres dans les années à venir sur le secteur de l'alimentation pour augmenter son achalandage, comme l'a fait notamment Walmart avec le déploiement de ses supercentres, Pharmaprix, Dollarama et Canadien Tire. Déjà deux magasins - d'une superficie réduite - ont ouvert leurs portes au Canada selon le nouveau concept Sears 2.0, et plusieurs autres devraient être réaménagés au cours des prochains mois.

«La conversion permet aux succursales d'améliorer leur rentabilité dans des superficies réduites, tout en permettant à Sears Canada de saisir des occasions de sous-location», a indiqué dans son rapport en décembre la société, précisant avoir signé des lettres d'intention avec deux exploitants de supermarchés spécialisés pour installer des épiceries dans certains magasins Sears 2.0.

Pari «loin d'être gagné»

Selon Sylvain Charlebois, doyen de la Faculté en management, professeur de distribution et de politique agroalimentaire à l'Université de Dalhousie, à Halifax, le pari du géant du commerce de détail est «loin d'être gagné d'avance». Le professeur «doute» d'ailleurs que la compagnie, dont le siège social est basé à Toronto, parvienne à atteindre ses objectifs. Il avance aussi que ce n'est pas tous les propriétaires de centres commerciaux - en raison parfois de clauses d'exclusivité - qui accepteront que Sears loue une partie de leur local à un joueur de l'alimentation.

«Il y a de plus en plus d'entreprises qui tentent de développer une nouvelle relation avec le consommateur par l'alimentation. Il y a une façon d'avoir du succès dans la distribution alimentaire. Par contre, il faut une stratégie claire, précise et efficace. Dans le cas de Sears, l'entreprise doit s'engager à offrir des produits de qualité à très bon prix», affirme au Soleil M. Charlebois. «Dans le cas de Walmart, ce n'était pas un précédent, l'entreprise est quand même le numéro un en alimentation aux États-Unis. Walmart a investi beaucoup d'argent depuis quelques années afin de développer de nouveaux produits pour supporter leur marque privée. Dans le cas de Sears, on se détache de ses compétences primaires. On part de pratiquement zéro et on veut créer des habitudes auprès des consommateurs pour visiter plus fréquemment les magasins. Je ne pense pas que Sears va être en mesure de réussir», avance-t-il.

Même s'il remet en doute la stratégie, le professeur estime toutefois que pour réussir, la compagnie devrait miser davantage sur «les volets prêt-à-manger et service alimentaire», que «les produits de base» qu'on trouve dans les épiceries, comme les fruits ou les légumes. «De cette manière, Sears va pouvoir se démarquer. C'est un défi de taille qui les attend.»

Pour le professeur titulaire du Département de management de l'Université Laval, Yan Cimon, la stratégie de Sears Canada est «risquée», mais peut s'avérer salutaire pour l'achalandage. Il ne croit toutefois pas que ce virage s'avérera «le remède miracle» permettant à l'entreprise de se sortir la tête de l'eau.

«On s'éloigne un peu de leur core business. L'épicerie, ce sont des marges assez faibles, entre 2 % et 3 %. À court terme, cela peut être une stratégie tout de même intéressante pour jouer sur l'achalandage, mais c'est clair qu'il va falloir donner un gros coup de barre dans les opérations pour essayer de remonter la pente», confie M. Cimon. «L'avantage de prendre ce virage, c'est qu'il va y avoir plus de choix pour les clients en magasin. Et aussi, on devient un seul arrêt sur le chemin pour les consommateurs», poursuit-il, notant qu'il est toutefois loin d'être garanti qu'une compagnie qui éprouve déjà des difficultés financières soit en mesure de réussir une telle transformation. Surtout, que «le marché de l'alimentation est quasi saturé et que la concurrence est très, très forte».

L'action de Sears Canada (TSX : SCC) valait mardi 2,23 $. La société compte trois grands magasins à Québec (Galeries de la Capitale, Fleur de Lys et Laurier Québec) et un à Lévis (Les Galeries Chagnon) et deux magasins Sears Décor. Avec La Presse canadienne




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