Un cacao chic aux marges choc

Si le cacao est arrivé à Madagascar au...

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Si le cacao est arrivé à Madagascar au début du XXe siècle, ce n'est que depuis une vingtaine d'années qu'il a vraiment pris le pas sur les plantations de café, victimes notamment de la concurrence sud-américaine.

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Pierre Donadieu
Agence France-Presse

Une charrette tractée par un zébu massif sort en cahotant de la forêt tropicale d'Ambanja, dans le nord de l'île de Madagascar. Sa cargaison de cabosses de cacao sera vendue quelques dollars à peine pour devenir un des chocolats les plus prisés de la planète.

«Ces cabosses rouges, c'est du criollo, le cacao le plus recherché au monde!» affirme Cyrille Ambarahova, petit producteur au milieu de son hectare de cacaoyers étiquetés «100% bio» et certifiés «commerce équitable».

Si le cacao est arrivé à Madagascar au début du XXe siècle, ce n'est que depuis une vingtaine d'années qu'il a vraiment pris le pas sur les plantations de café, victimes notamment de la concurrence sud-américaine. 

Et à la différence de la vanille, l'autre produit de luxe de la région, il peut se récolter toute l'année. 

Une fois les cabosses tombées des arbres, les ramasseurs emportent la cargaison à dos de zébu dans l'arrière-cour de la maison de Cyrille pour en extraire les fèves fraîches. 

Avec une production annuelle de 7000 tonnes, Madagascar reste un nain du marché mondial du cacao, mais ses variétés, dont le fameux «criollo», lui ont permis de décrocher l'appellation prisée de «cacao fin».

À Ambanja, la population vit au rythme du cours du cacao. Mais les petits producteurs comme Cyrille n'ont pas vraiment leur mot à dire dans la longue chaîne de fabrication.

Les fèves qu'ils récoltent sont vendues à des collecteurs mandatés par de gros producteurs tels que la compagnie malgache Millot. Avec d'autres collègues, Cyrille a rejoint une coopérative pour pouvoir négocier des prix planchers.

Lui aussi producteur, Rémi Jaofeno peste contre les prix trop bas. «Le prix actuel devrait être triplé», s'emporte-t-il.

«Le comble, c'est que notre cacao est mangé en France alors que nos enfants ici ne mangent même pas de chocolat», faute de pouvoir s'en offrir, ajoute Rémi pendant que ses fèves fraîches sont pesées sur une vieille balance à bétail.

«Avec les primes versées aux producteurs membres de la coopérative, nous avons payé nos fèves fraîches 3100 ariary le kilo», précise Philippe Fontayne, administrateur général de Millot.

«Nous payons le kilo de cacao marchand 2600 euros la tonne quand le cours mondial de Londres est de 2280 euros la tonne. Millot paie donc 115 % du cours mondial à Madagascar», ajoute-t-il, rappelant que la société prend notamment à sa charge la transformation des fèves fraîches en cacao et assure à ses employés une couverture sociale et une assurance retraite. L'essentiel de la marge sur le cacao malgache se fait loin de la Grande Île, après l'exportation.

À quelques kilomètres de là, dans la plantation MAVA, on circule au milieu des cacaoyers en 4 X 4. Ici, le cacao est récolté par une équipe d'hommes, des femmes cassent les cabosses et le tout est transporté dans de grands bacs pour fermenter pendant plusieurs jours.

Paradis du cacao

«À Madagascar, on considère qu'on est dans un des paradis du cacao», affirme Thomas Wenisch, le Français qui dirige l'exploitation et ses 700 employés. «On est relativement exempts de maladie grâce à la situation insulaire. Et la saison sèche assez marquée freine le développement des moisissures.»

Malgré cette position privilégiée, la chaîne de fabrication du chocolat malgache s'arrête là. L'essentiel de la récolte est envoyé pour transformation à l'étranger, où il deviendra un cacao fin, vendu jusqu'à 5 euros (environ 7 $CAN) la plaque de 100 grammes à Paris.

Le peu qu'il reste est transformé à Antananarivo et vendu aux rares habitants de la capitale qui en ont les moyens.

«Une grande partie du chocolat mondial est produite avec un cacao pour faire des barres chocolatées. Et les grandes sociétés font pression pour baisser les prix qui sont fixés par la Bourse», explique Thomas Wenisch.

«Il y a des coûts tout au long de la chaîne mais, raisonnablement, les petits producteurs malgaches pourraient recevoir un prix plus juste», estime Philippe Bastide, expert pour le Centre de coopération internationale en recherche (Cirad).

Récolté dans le Sud, consommé dans le Nord, le cacao malgache n'échappe pas à la loi qui régit le marché de nombreuses matières premières. Dans un pays où 90 % de la population vit sous le seuil de la pauvreté, il n'a d'«équitable» que le label.

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