Libre-échange: le PQ et la CAQ exigent des compensations pour les producteurs laitiers et fromagers

Une diminution de 3% des quotas de lait... (Archives Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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Une diminution de 3% des quotas de lait et l'importation de 6000 à 7000 tonnes de beurre de la Nouvelle-Zélande freineraient la chute du prix offert aux producteurs. C'est du moins l'avis du producteur laitier régional Michel Potvin.

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La Presse Canadienne
Montréal

Les deux principaux partis d'opposition à l'Assemblée nationale espèrent que le gouvernement fédéral acceptera de verser aux producteurs laitiers et fromagers du Québec une compensation pour limiter les conséquences de l'Accord économique et commercial global (AÉCG) signé dimanche entre le Canada et l'Union européenne.

Le ministre de l'Agriculture du Québec Pierre Paradis a signifié qu'il tentera de s'assurer que la compensation soit remise correctement aux producteurs alors que le gouvernement fédéral s'est engagé à le faire. Mais M. Paradis n'a pas pu dévoiler le montant précis des compensations, jetant le blâme sur le précédent gouvernement dirigé par la péquiste Pauline Marois.

«Le gouvernement du Québec, par la voie du PQ, avait donné son accord de principe inconditionnellement [au traité]. On a pris le dossier comme on l'a hérité. À partir de ce moment-là, on a demandé des compensations et le gouvernement fédéral s'est engagé, mais ces compensations-là ne sont pas chiffrées au moment où on se parle», a-t-il expliqué en entrevue téléphonique.

M. Paradis a admis qu'il n'y avait aucun plan concret en ce moment, mais les choses risquent de se préciser lorsqu'il rencontrera son homologue fédéral, Lawrence MacAulay, à Québec, d'ici deux semaines.

Selon le ministre, l'entente prévoit l'importation au Canada de 17 500 tonnes de fromage fins, dont 60 pour cent arriveront au Québec.

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, en fait même une condition sine qua non pour appuyer une entente qu'il juge bénéfique aux entreprises exportatrices du Québec «qui pourront mieux percer le marché européen et créer des emplois».

Déplorant que le gouvernement fédéral ait, dès l'entente de principe intervenue en 2014, lâché les producteurs fromagers et laitiers du Québec pour favoriser les éleveurs de boeufs des provinces de l'Ouest, il refuse de se contenter d'une promesse qu'il juge «vague» d'Ottawa.

«Ce qu'on veut, c'est une certitude qu'il y aura la compensation. Malheureusement, le gouvernement Couillard s'en fiche et se contente d'une promesse. Ça prend un engagement chiffré, sérieux, certain pour protéger l'industrie laitière et fromagère du Québec», a-t-il soutenu.

Même son de cloche du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ).

La porte-parole du parti en matière d'agriculture, Sylvie D'Amours, a dit que l'entente profitera à certains producteurs agricoles québécois comme ceux qui cultivent les canneberges et les bleuets, mais qu'elle s'inquiète toutefois pour d'autres.

«Il y a un secteur qui est très touché, et c'est [celui de] la production laitière. Déjà celui-ci subit des pertes à cause du dossier du lait diafiltré qui n'est toujours pas réglé, a souligné Mme D'Amours. Et là, des fromages européens vont arriver sur le marché et vont concurrencer les [produits] du Québec. C'est là qu'il y a un problème.»

La CAQ exhorte le gouvernement fédéral à soutenir financièrement les agriculteurs d'ici.

«Il faut qu'à la suite de la signature de cet accord, il y ait un engagement clair du fédéral d'offrir une aide financière aux agriculteurs d'ici, qui se démarquent avec des produits de grande qualité, souvent artisanaux. Il faut tout faire pour qu'ils puissent concurrencer les Européens à armes égales», a soutenu Mme D'Amours.

Soulignant que l'accord «est complexe et soulève des inquiétudes légitimes», M. Lisée souhaite qu'une commission parlementaire puisse en examiner le contenu. «On ne veut pas que ce soit juste M. Philippe Couillard qui décide tout seul. Il faut une commission parlementaire pour que l'entente puisse être expliquée, que les gens puissent poser des questions et qu'on puisse en débattre entre parlementaires.»

Bataille pas terminée

De son côté, le député de Québec solidaire Amir Khadir a prévenu que la bataille contre l'AÉCG est loin d'être terminée. Selon lui, les Wallons, par leur résistance, ont ouvert la voie à un débat public qui n'existait pas jusqu'à présent.

«On prévoit dans ces accords plus de droits aux investisseurs et aux multinationales qu'aux citoyens, ce qui est illégal selon la Charte», a-t-il dénoncé.

Québec solidaire demande au gouvernement fédéral de mettre en place une commission «aux pouvoirs élargis» qui entendrait les citoyens sur la question.

M. Khadir veut même que l'AÉCG soit soumis à un vote référendaire, du moins pour le Québec.

«Si c'est si bon pour tout le monde et que les multinationales et leurs laquais qui [font pression] auprès des autorités [...] sont persuadés que cet accord va dans le sens du bonheur universel, on ne devrait pas avoir peur de mettre [l'accord] devant le jugement populaire.»

M. Paradis semblait peu ouvert à l'idée de tenir un autre débat sur la question à l'Assemblée nationale. «À partir du moment où le Québec a donné son accord de principe, il faut voir comment on peut être perçu sur la scène internationale. On a une réputation internationale à maintenir», a-t-il soutenu, rappelant que le gouvernement québécois avait signifié son appui dès octobre 2013.

Les entreprises applaudissent

La Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI) et le Conseil du patronat du Québec (CPQ) se sont quant à eux réjouis de la signature de dimanche.

Le président du CPQ, Yves-Thomas Dorval, a souligné la persévérance de plusieurs politiciens canadiens et québécois qui ont participé, depuis 2009, aux négociations relatives à l'AÉCG, mentionnant les contributions de l'ancien premier ministre québécois Jean Charest, de l'ex-premier ministre Stephen Harper, de son successeur Justin Trudeau ainsi que de Philippe Couillard.

«Compte tenu de notre situation démographique et du risque conséquent de la baisse de la demande, le Canada ne peut faire autrement que d'ouvrir ses horizons vers des marchés accessibles et accueillants, car la prospérité du Québec et du Canada, à l'avenir, passera encore davantage par les exportations», a insisté M. Dorval.

Le directeur des affaires économiques de la FCEI, Simon Gaudreault, a rappelé que son organisme défendait l'AÉCG depuis longtemps.

«Ce traité contribuera certainement à créer de nouvelles opportunités pour redonner de la vigueur à notre économie qui en a grand besoin et permettre de donner un coup de pouce à plusieurs PME de part et d'autre du pays», a-t-il affirmé par voie de communiqué.

Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) a profité de la signature pour demander que les sommes consenties par le Québec en matière d'innovation manufacturière et d'exportation soient bonifiées. L'organisme veut aussi que l'innovation manufacturière devienne une priorité du gouvernement fédéral dès le prochain budget.

«Il ne faut pas se contenter de signer des traités donnant accès au marché. Il faut en profiter», a déclaré son président, Éric Tétrault.

La ministre québécoise des Relations internationales, Christine St-Pierre, avait fait valoir, samedi, que toutes les parties impliquées bénéficieront de l'AÉCG, dont la Wallonie.

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