Trop rouges pour les Américains, nos fraises?

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Un employé de l'entreprise Les Fraises de l'île d'Orléans.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Trop rouges pour les Américains, les fraises québécoises?

Dès l'arrivée de l'automne, la consommation de fraises diminue au Québec, a constaté la directrice générale de l'Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec, Yourianne Plante. «Soit que les Québécois en ont trop mangé depuis le mois de juin, soit que les fraises d'automne sont encore méconnues des consommateurs.»

Alors, pourquoi ne pas aller offrir le petit fruit rouge à nos voisins du sud?

Au Québec, le marché de la fraise est essentiellement local.

«Nous sommes autosuffisants de la mi-juin jusqu'à la fin septembre. À l'occasion, le consommateur peut retrouver des fraises de la Californie à l'épicerie, mais c'est plutôt rare», a expliqué André Gosselin, professeur chercheur au Centre de recherche en horticulture à l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels de l'Université Laval. Il est aussi producteur de fraises à l'île d'Orléans. Son entreprise, Les Fraises de l'île d'Orléans, s'étend sur 10 hectares. Il vend ses produits principalement aux grands marchés d'alimentation et à Walmart.

«Au Québec, nous exportons nos fraises un peu en Ontario et dans les provinces maritimes. Quant aux États-Unis, quelques producteurs d'ici y brassent des affaires», a signalé M. Gosselin qui, avec son collègue Yves Desjardins, organise le Symposium international de la fraise qui se tient, ces jours-ci, à Québec. Près de 700 chercheurs, producteurs et fournisseurs d'équipements, de plants, de contenants et de fertilisants venant d'une cinquantaine de pays sont réunis dans la capitale pour cet événement se tenant tous les quatre ans que l'on désigne comme les Olympiades de la fraise.

À l'Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec, le marché américain constitue une cible de choix.

«C'est un grand défi», a fait remarquer Yourianne Plante.

La première étape est de convaincre le consommateur américain de la qualité de notre belle fraise.

«Ce dernier est tellement habitué à la fraise pâle venue de la Californie et de la Floride. Quand il voit notre fraise québécoise rouge foncé, il pense que le fruit est trop mûr et il n'y touche pas, a expliqué Mme Plante. «Nous sommes conscients que nous avons de l'évangélisation à faire auprès des Américains afin qu'ils apprennent à apprécier notre petit fruit.»

Des tonnes de fraises

«Quand j'étais jeune, il y a une cinquantaine d'années, la saison des fraises durait à peine trois semaines. Aujourd'hui, nous récoltons les premiers fruits au début du mois de juin et la saison se poursuit jusqu'à la fin du mois d'octobre. Bientôt, on pourrait bien se rendre jusqu'en novembre», souligne André Gosselin.

Des fraises, le Québec en produit comme jamais. Les 500 producteurs fournissent 52 % de la récolte canadienne. Seules la Californie et la Floride produisent plus de fraises que le Québec en Amérique du Nord.

L'apparition de nouvelles variétés, notamment les fraises d'automne, et le recours aux nouvelles méthodes de production ont changé la donne. Les bouleversements climatiques expliquent aussi beaucoup de choses.

«Jadis, je gelais à compter du 1er septembre à l'île d'Orléans. Depuis trois ou quatre ans, les premiers gels ne surviennent qu'aux alentours du 10 octobre. C'est assez incroyable!» a raconté M. Gosselin.

12 213 tonnes par année

Selon l'Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec, la production de fraises dans la Belle Province a fait un bond de 8569 à 12 213 tonnes par année entre 2010 et 2013.

«Il y a 10 ans, nous étions nez à nez avec l'Ontario», fait remarquer Yourianne Plante. Le portrait a changé. Pendant que le secteur ontarien de la fraise connaissait une croissance de 4 % entre 2003 et 2013, son vis-à-vis québécois enregistrait une poussée de 106 %.

Les recettes des producteurs ont progressé, pour leur part, de 16 % durant la même période. Elles totalisent maintenant 32 millions $, selon Mme Plante.

Cette dernière estime que l'établissement d'une «chambre de coordination et de développement du secteur des fraises et des framboises» en collaboration avec les géants de la distribution alimentaire (Metro, IGA et Provigo) a été un facteur déterminant dans l'établissement d'une meilleure stratégie de mise en marché de ces deux petits fruits.

Un indice a même été développé pour prévoir les rendements en fraises trois semaines à l'avance pour rassurer les chaînes de distribution alimentaire qui veulent s'assurer que leurs fournisseurs seront en mesure de les approvisionner en quantité suffisante.

Habitués aux fraises blanches, les Californiens trouvent que... (Le Soleil, Caroline Grégoire) - image 2.0

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Habitués aux fraises blanches, les Californiens trouvent que les fraises du Québec ont l'air trop mûres. 

Le Soleil, Caroline Grégoire

Vers un été historique

De l'avis de Yourianne Plante, l'été 2016 passera à l'histoire dans l'industrie de la fraise.

«Nous allons assurément atteindre des records de production», a affirmé la directrice générale de l'Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec.

Ce n'est qu'en novembre prochain que l'on connaîtra les données exactes.

«Disons que tous les astres sont alignés pour que 2016 soit une année exceptionnelle. L'hiver a apporté suffisamment de neige pour bien couvrir et protéger les plants. Le début de la récolte a été plus hâtif qu'à l'accoutumée en raison du fait que de plus en plus de producteurs utilisent des bâches pour favoriser la croissance des plants. Il n'y a pas eu de gel printanier non plus. Et que dire des dernières semaines? Elles ont été chaudes et ensoleillées. Sans pluie», a signalé Yourianne Plante.

La récolte a été à ce point fructueuse, il y a une quinzaine de jours, que l'on atteint une pointe de surproduction. Pour en arriver à écouler toutes les fraises sur le marché, les détaillants ont accepté de baisser les prix des produits.

La fraise d'hiver

Dans la région de Drummondville, l'entreprise La Frissonnante cultive une fraise d'hiver. Elle est produite en serre.

Arrivée au supermarché, la fraise d'hiver se vend évidemment à un prix plus élevé que la fraise venue de la Californie.

La culture en serre, ça coûte cher.

André Gosselin croit que les Québécois sont prêts à payer plus cher pour obtenir un produit de meilleure qualité.

Le professeur-chercheur de l'Université Laval et aussi producteur de fraises en sait quelque chose.

Il a été le cofondateur de l'entreprise Les Serres du Saint-Laurent qui avait introduit sur le marché la fameuse tomate Savoura.

«Nous vendions nos tomates plus cher que celles importées de la Californie ou de la Floride. Petit à petit, les consommateurs y ont goûté. Ils l'ont aimée. Ils l'ont achetée sans trop regarder le prix. Le goût avait finalement pris le dessus», a indiqué M. Gosselin.

Rappelons qu'André et Jacques Gosselin ont vendu leur entreprise en 2010. Les Serres du Saint-Laurent a fait faillite cinq ans plus tard avant d'être rachetée par Serres Sagami.

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