Les 50 ans d'une industrie florissante

David Boissonneault, président de la fédération Les éleveurs... (Le Soleil, Patrice Laroche)

Agrandir

David Boissonneault, président de la fédération Les éleveurs de porcs du Québec, est aussi producteur de porcs à Lyster.

Le Soleil, Patrice Laroche

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Les 50 années de la fédération Les éleveurs de porcs du Québec ont été fertiles en émotions. Partie de presque rien en 1966, la fédération peut s'enorgueillir aujourd'hui d'être à la tête d'une industrie florissante qui génère le plus de revenus d'exportation au Québec, et de se classer parmi les plus importantes au pays.

Les 3300 producteurs actuels vendent 7 millions de porcs bon an mal an, dont 70 % vont à l'étranger, générant pour 2,5 milliards $ en retombées au Québec. «Si l'industrie du porc disparaissait, la balance commerciale du Québec serait déficitaire», affirme David Boissonneault, producteur de porcs à Lyster et président de la fédération. «Notre impact économique à l'exportation est plus grand que celui d'Hydro-Québec et de l'industrie aéronautique», affirme M. Boissonneault.

Dans les années 1960, l'élevage de porc était une production secondaire dans une ferme laitière. Les producteurs se sont alors regroupés en fédération, car il n'y avait aucune règle claire pour la vente du porc. À l'époque, le gouvernement avait établi une loi pour que les différentes fédérations des producteurs agricoles se dotent d'un plan conjoint de mise en marché. Il aura fallu trois référendums, dont le dernier en 1981, pour que le plan conjoint soit accepté.

Un prix juste

C'était l'étape importante qui permettait aux producteurs d'avoir un juste prix pour leurs animaux, se souvient Yvon Scalabrini, président de 1981 à 1985. Mais le vote avait créé des tensions avec les propriétaires d'abattoirs, dont certains refusaient de percevoir les contributions à verser au plan conjoint, peut-on lire dans l'album souvenir des 50 ans de l'organisation.

Les tensions se poursuivirent jusqu'en 1985, période où l'encan électronique de vente des porcs commençait à se concrétiser. C'est sous la présidence de Laurent Pellerin que la fédération tentera de rétablir les ponts. Jusqu'à la dernière minute, il négociera pour obtenir la signature du dernier propriétaire d'abattoir manquant, le 3 mars 1989. Malgré tout, à 9h ce matin là, le premier encan électronique pouvait commencer. Une plus grande concurrence naissait entre les abattoirs de sorte que les producteurs obtenaient un meilleur prix, précise M. Pellerin dans l'album souvenir.

Le blocus de la 20

Entre 1989 et 2009, les producteurs de porcs ont vécu une succession de crises. La chute draconienne des prix, les coupes à l'assurance stabilisation des revenus agricoles et l'objectif du déficit zéro du gouvernement de l'époque ont mené à l'occupation de l'autoroute 20 à la hauteur de Notre-Dame-du-Bon-Conseil.

Et, comme si ce n'était pas assez, les citoyens s'en mêlèrent en remettant en question les pratiques des producteurs. La population découvrait sa conscience environnementale non seulement dans les villes, mais aussi dans les campagnes. C'est le syndrome du «pas dans ma cour» pour les méga-porcheries. Des producteurs diront que la population vient de mordre la main qui les nourrit.

En 1997, la fédération démontre que les éleveurs font des efforts en déposant un premier plan agroenvironnemental tout en organisant des programmes de recherche sur l'utilisation du lisier de porc.

La sortie du film Bacon en 2001, le moratoire sur la production porcine en 2002 et les démarches du Bureau des audiences publiques en environnement pour encadrer le milieu agricole augmentent le climat d'incertitude chez les producteurs. 

Cette incertitude se poursuivra entre 2006 et 2009. Durant cette période très sombre, il y aura la crise économique et une crise sanitaire avec le circovirus, puis la grippe porcine. La production passe de 7,8 millions de porcs à 6,7 millions. Il y a plusieurs faillites.

On parle à mots couverts de drames humains, de cas de suicides parce que des éleveurs pris à la gorge ne voient plus de porte de sortie.

Un virage jeunesse

En 2010, la mise en marché doit prendre une nouvelle tournure avec la fin de l'encan électronique. L'exportation prend de plus en plus de place. Sous la présidence de David Boissonneault, 36 ans, c'est le tournant de la nouvelle génération d'éleveurs. S'entame alors un virage vers la responsabilité sociale calquée sur les exigences des Nations Unies. Des exigences qui touchent les volets économique, environnemental et social, incluant le bien-être animal. 

En 2011, David Boissonneault avait l'âge du fils du président sortant, Jean-Guy Vincent, qui prenait la relève de la ferme familiale. Le jeune président marquait le virage jeunesse de la fédération. Le virage comprend la valorisation du porc dans les épiceries et une meilleure communication avec les consommateurs.

La fédération écrira alors son engagement envers la population : «Nous, éleveurs de porcs du Québec, sommes convaincus que nous avons un rôle à jouer et des responsabilités à assumer comme éleveurs de porcs et entrepreneurs, mais également comme citoyens. Nous avons le devoir de nous démarquer et d'offrir à la population une viande de grande qualité, provenant d'animaux élevés selon les normes les plus exigeantes en matière de santé et de bien-être animal, et en respectant la réglementation environnementale en vigueur.»

Pour David Boissonneault, les éleveurs de porcs travaillent de mieux en mieux tout en se donnant les moyens d'être des entrepreneurs responsables.

1 milliard $ à investir d'ici 2024

Dans les deux ou trois prochaines années, les éleveurs de porcs devront investir des millions de dollars pour mettre leur porcherie aux normes. Déjà plusieurs bâtiments arrivent à la fin de leur vie utile de 20 ans. 

L'échéance pour les changements de pratique et les investissements à long terme, c'est 2024. Pour les éleveurs, c'est pratiquement demain. L'élevage des animaux en liberté doit se préparer de longue haleine.

«Les éleveurs sont prêts à des investissements majeurs pour respecter le bien-être animal et aménager des enclos pour que les porcs vivent en liberté à l'intérieur, mais il nous faut un signal fort et clair du gouvernement pour avancer», affirme haut et fort David Boissonneault, président de la fédération Les éleveurs de porcs du Québec.

La filière porcine est prête à mettre 1 milliard $ sur la table pour les prochaines années. Les éleveurs mettront 500 millions $, les transformateurs et les distributeurs 250 millions $ chacun. Sans l'appui du gouvernement, les institutions financières demeureront encore frileuses pour débloquer des fonds.

«Nous sommes dans une époque où de jeunes producteurs sont prêts à prendre la relève de l'entreprise familiale. D'autres sont prêts à racheter les exploitations qui n'ont pas de relève dans la famille, mais sans garanties gouvernementales, bien des éleveurs risquent de fermer boutique. Pourtant, les éleveurs sont des entrepreneurs. Ils travaillent à leur compte. Ils embauchent des employés et dépensent dans leur milieu. Ils créent de la richesse. Le gouvernement ne doit pas leur tourner le dos», martèle David Boissonneaut.

Pour le président des éleveurs de porcs, il s'agit d'une mine sans fond de manière plus durable qu'une exploitation minière réelle qui finit par s'épuiser avec les conséquences que cela comporte lors d'une fermeture. 

Compétition internationale

Le marché du porc est international, la compétition aussi. Si les producteurs québécois abandonnent, ce seront ceux des États-Unis et des autres pays qui occuperont les parts de marché laissées libres. «Sans programme de soutien gouvernemental aux investissements et sans politique agricole qui nous garde compétitifs, ce sera la catastrophe dans quelques années», continue M. Boissonneault. 

«Pourtant, les éleveurs sont prêts à collaborer comme ils l'ont fait en étant à l'écoute de la population et des consommateurs, que ce soit en matière de respect de l'environnement, du bien-être animal et de la qualité de la viande. Il faut maintenant des gestes concrets et des appuis de la part du gouvernement», répète-t-il avec conviction.

Il admet que la stabulation libre des porcs (animaux en liberté dans les bâtiments) demandera de l'adaptation tant de la part des éleveurs que des porcs. «Nous avons appris des Européens qui ont adopté cette pratique depuis 2009. Nous aurons besoin de l'aide des scientifiques pour avoir un profil génétique animal qui permet la cohabitation. Les porcs vivent en hiérarchie. Il faut des animaux calmes et non agressifs, comme nous l'avons fait avec les truies de reproduction.»

Sans compter que les employés dans les élevages devront eux aussi adapter leur pratique. On ne traite pas les porcs en liberté de la même manière que ceux qui sont dans les cages.

Le signal du gouvernement sera la bougie d'allumage qui confirmera le prochain virage chez les éleveurs de porcs. M. Boissonneault en veut pour preuve le suivi de l'enquête continue auprès d'une soixantaine d'éleveurs depuis de nombreuses années. La grande majorité d'entre eux, soit 97 %, ne sait pas encore s'ils investiront pour continuer leur vie d'entrepreneur dans l'industrie porcine.

La biosécurité, c'est du sérieux

La douche avant... et après la visite.

Ne visite pas une maternité porcine qui veut. Et on ne visite pas un site porcin comme on peut le faire pour une ferme laitière. Les règles de biosécurité sont strictes. Plus strictes même que lors d'une visite à l'hôpital. La douche en entrant et en sortant du bâtiment pour tout le monde, rien ne doit contaminer l'environnement de la porcherie, et surtout pas celui de la maternité.

Le photographe du Soleil, Patrice Laroche, a dû se soumettre lui aussi à la douche pour croquer en images la maternité de la ferme de David Boissonneault, à Lyster. «Je suis convaincu de pouvoir traverser plus facilement le corridor du C. Difficile dans un hôpital», lance Patrice Laroche. C'était la première assignation dans sa carrière de photographe pour laquelle il a dû se doucher pour une séance de photos.

«Les enjeux de santé sont primordiaux», avoue M. Boissonneault. «Nous faisons des efforts constants pour endiguer et éradiquer les maladies et les virus avec des stratégies locales et régionales de contrôle rigoureuses. Nous l'avons fait avec la diarrhée épidémique porcine et avec d'autres maladies.»

Des porcs malades, ça ne vaut rien sur le marché. Moins de maladies signifie une faible utilisation d'antibiotiques, donc une meilleure viande. La santé des animaux est une priorité pour les éleveurs, c'est leur gagne-pain et ils sont les seuls à assumer les risques quant aux maladies.  

Le porc en chiffres

Entre 1971, le prix du porc payé au producteur est passé de 53 $ pour 100 kilos à 183 $ en 2015. Le prix le plus élevé a été enregistré à 234 $ entre 2013 et 2014.

La production de porc était de 1,9 million de bêtes en 1971. Elle était de 7,2 millions en 2015. Un sommet de 7,85 millions de porcs vendus a été atteint en 2009.

En 1971, on avait exporté 169 000 tonnes métriques de porc au Québec. L'exportation a atteint 1,173 million de tonnes en 2015.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer