Bayer offre 62 milliards $ pour acquérir Monsanto

Pour Bayer, ce serait «une chance qui n'arrive qu'une... (Archives AP, Michael Sohn)

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Pour Bayer, ce serait «une chance qui n'arrive qu'une fois dans sa vie, de dominer le marché agricole mondial», avec plus de 34 milliards $ de ventes combinées, selon Peter Spengler, analyste chez DZ Bank.

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Marie Julien
Agence France-Presse
Berlin

L'allemand Bayer a montré lundi qu'il était prêt à ouvrir en grand son portefeuille pour mettre la main sur Monsanto, malgré la réputation sulfureuse en Europe du fabricant américain de semences OGM (organisme génétiquement modifié) et de pesticides.

Soixante-deux milliards de dollars, soit environ 55 milliards d'euros. C'est l'énorme prix que Bayer met sur la table. Le succès de cette fusion en ferait la plus grosse acquisition d'un groupe étranger par une entreprise allemande, loin devant celle à quelque 36 milliards $ de Chrysler par Daimler à la fin des années 1990.

Un géant mondial des pesticides, engrais et semences naîtrait de ce rapprochement entre Bayer, dont les pesticides dits «tueurs d'abeilles» sont décriés par certains, et Monsanto, fabricant du pesticide Roundup, également controversé.

«Cette transaction représente une énorme opportunité pour les actionnaires de Monsanto», a promis, lors d'une conférence téléphonique, le patron de Bayer, Werner Baumann, aux manettes du chimiste allemand depuis seulement le début du mois.

En proposant 122 $ par action Monsanto, Bayer leur fait miroiter une prime de 37 % par rapport au cours de début mai, avant que l'offre ne soit faite.

Le tout nouveau patron de Bayer a dévoilé la tenue, entre les deux groupes, «de discussions à de multiples occasions ces dernières années». «Nous sommes fermement convaincus que c'est la combinaison des deux activités qui tire le meilleur de leur valeur», a assuré Werner Baumann.

Mauvaise réputation

Outre un prix cher à payer, Bayer semble prêt à affronter la réputation difficile de Monsanto, souvent perçu comme «le méchant des OGM» en Europe et combattu par de nombreuses organisations non gouvernementales.

Aux États-Unis et en Amérique latine, les semences génétiquement modifiées de Monsanto sont très largement cultivées dans les champs de maïs ou de soja.

«Nous pensons que nous pouvons gérer la réputation de Monsanto [...]. Nous savons que nous devons nous occuper de manière décisive de ce point», a affirmé le patron de Bayer, interrogé par l'AFP, mettant en avant «la très, très forte réputation» de son propre groupe, notamment en Allemagne.

«Nous respectons tout ce que Monsanto a à mettre sur la table», a-t-il poursuivi, promettant «responsabilité, transparence et franchise».

M. Baumann n'hésite surtout pas à justifier un tel rapprochement par le défi de nourrir une population mondiale toujours croissante dans les décennies à venir.

Pour Peter Spengler, analyste chez DZ Bank, c'est surtout pour Bayer «une chance, qui n'arrive qu'une fois dans sa vie, de dominer le marché agricole mondial», avec plus de 34 milliards $ de ventes combinées.

«Confiant» sur le financement

Monsanto n'a pas réagi aux détails de l'offre de Bayer. Quand la proposition avait été confirmée, sans détail, le groupe de Saint-Louis, dans le centre des États-Unis, avait juste confirmé avoir reçu cette «offre non ferme et non sollicitée» de Bayer et l'étudier sans qu'il n'y ait «aucune certitude qu'une transaction ait bien lieu».

Face à des prix faibles des matières premières, le secteur mondial de la chimie est agité par une consolidation à grande échelle, à l'instar des fusions en cours des Américains Dow Chemical et DuPont, et du chinois ChemChina avec le Suisse Syngenta, un temps courtisé par Monsanto.

Déjà très lourdement endetté, Bayer se dit pourtant «hautement confiant» dans sa capacité à financer un tel rachat, en alourdissant encore sa dette et faisant racheter certaines de ses actions.

En avalant Monsanto, Bayer espère réaliser, au bout de trois ans, environ 1,5 milliard $ d'économies et enregistrer une hausse de son bénéfice par action d'environ 5 % la première année et d'au moins 10 % les suivantes.

Un plan financier visiblement pas totalement convaincant pour les investisseurs puisqu'à la Bourse de Francfort, l'action Bayer, déjà fortement attaquée jeudi, perdait encore 2,66 % à 128,50 $ peu avant 8h30.

«L'aspect financier semble gérable, ce qui rassure un peu le marché. [...] Néanmoins, Monsanto doit encore réagir, et un relèvement de l'offre ne peut pas être exclu à ce stade», a expliqué Marietta Miemietz, analyste chez Equinet.

Comme l'offre en est encore à ses prémisses, Bayer n'a pas voulu s'avancer davantage sur les conséquences en matière d'emploi de la fusion ou le nom du futur groupe, qui sera basé à Monheim (ouest de l'Allemagne). Et bien sûr, il n'a pas voulu dire s'il était prêt à payer encore davantage.

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