Les crevettiers gaspésiens exigent de meilleurs prix

Les deux usines du grand Gaspé décortiquent bon... (Collaboration spéciale Geneviève Gélinas)

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Les deux usines du grand Gaspé décortiquent bon an mal entre 25 et 30 millions de livres de crevette débarquée à Rivière-au-Renard.

Collaboration spéciale Geneviève Gélinas

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(Rivière-au-Renard) Habituellement ces temps-ci, les crevettes débarquent par tonnes au quai de Rivière-au-Renard en Gaspésie, pour le plus grand plaisir des consommateurs. Mais cette année, 400 travailleurs d'usine et 120 pêcheurs se tournent les pouces depuis le 1er avril, date de début de la pêche. Pourquoi? Ils sont insatisfaits du prix qu'on leur offre pour leurs prises.

Sur le quai, il faisait grand beau mercredi matin. De quoi rendre Jeannot Joncas, crevettier sur le RJH, «encore plus triste» de rester à terre. «Des fraises, tu ramasses pas ça en novembre. La crevette, c'est pareil, c'est en avril qu'elle est belle.»

L'an dernier, les 27 entreprises de pêche qui livrent à Gaspé ont obtenu 1,13 $ la livre au débarquement, un prix record. Ce printemps, ils veulent 1,56 $ la livre, soit 38 % de plus. Ça n'a rien de déraisonnable aux yeux de M. Joncas, qui a reçu des offres d'usines de Terre-Neuve à 1,85 $ la livre.

Les consommateurs encaissent ces hausses. Mercredi dans les poissonneries de Gaspé, la crevette fraîche décortiquée se détaillait entre 12,50 $ et 14 $ la livre, comparativement à 9 $ en avril 2014. «Éventuellement, les Gaspésiens ne pourront plus se payer les produits de la Gaspésie, et on s'en va rapidement vers ça», lance Gérald Fortin, propriétaire de la Poissonnerie Gaspéz'y.

À Québec, les prix sont encore plus élevés, entre 13 $ et 17,70 $ la livre, selon les poissonniers consultés par Le Soleil.

Dans le grand Gaspé, la transformation de la crevette donne de l'ouvrage à 240 employés chez Pêcheries Marinard de Rivière-au-Renard et à 150 chez Crevette du Nord Atlantique, dans le village voisin de L'Anse-au-Griffon.

Le retard de la pêche crée des tensions dans le village, constate M. Joncas. «J'ai du mal à aller me chercher une pinte de lait. Les gens nous demandent : pis? Certains nous regardent de travers.»

Chez les travailleurs d'usine, «il y en a qui sont inquiets, parce que leur chômage est fini et qu'ils n'ont pas de revenus», dit Omer Ouellet, employé de Pêcheries Marinard depuis 47 ans. «Ça traîne toujours au printemps. Ils attendent à la dernière minute pour négocier les prix. On voudrait que quand la zone ouvre, la pêche commence.»

Les deux parties étaient pourtant optimistes en mars. Les contingents mondiaux de crevette nordique sont à la baisse alors que ceux du golfe du Saint-Laurent demeurent stables. La faible valeur du dollar canadien est aussi un atout pour les transformateurs d'ici, qui exportent le gros de leur production.

Les usines de Gaspé ont demandé un médiateur du ministère du Travail, qui devrait arriver dans les prochains jours. L'écart est «exceptionnel» entre les deux parties, dit leur négociateur, Jean-Paul Gagné. «On ne peut pas donner ce qu'on n'a pas. Les acheteurs disent aux usines que le prix sera à la baisse. Il y a des inventaires sur les marchés.»

Les industriels «ne considèrent pas devoir payer pour la situation qui sévit à Terre-Neuve, où une mauvaise gestion de la ressource engendre une guerre de prix qui ne fait plus de lien avec les prix du marché», ajoute M. Gagné.

En 2015, les usines de Terre-Neuve ont payé 67 % plus cher que celles du Québec pour la crevette, selon les chiffres compilés par Pêches et Océans Canada. Cette année, les pêcheurs sont «prêts à attendre le temps qu'il faut pour avoir un prix équitable», dit leur négociateur, Patrice Element. 

En attendant, quatre capitaines de Rivière-au-Renard sont partis pêcher quand même et livreront leur premier voyage à Terre-Neuve dans les prochains jours. Ça veut dire une première perte de 270 000 livres de crevette pour le Québec.

Quelques chiffres...

18 368 tonnes de crevettes débarquées au Québec en 2015

42,6 millions $: valeur de ces débarquements, un record

De la crevette fraîche quand même

(Matane) Malgré les délais à Gaspé, les consommateurs voient de la crevette fraîche du Québec sur les étals des poissonneries. Trois navires débarquent leurs prises chez Crustacés des Monts de Sainte-Anne-des-Monts et une dizaine chez Fruits de mer de l'Est à Matane. «La crevette est très grosse, de qualité exceptionnelle», dit Jérôme Caron, agent de développement aux affaires à l'usine de Matane. «Les marchés ne sont pas très bons, ajoute-t-il. La crise économique en Europe fait que les inventaires sont très élevés. Le prix payé l'an dernier aux pêcheurs était très haut, donc nos prix de sortie sont élevés.» 

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