Protéines de lait: une «brèche» coûte cher aux producteurs

Gerry Dansereau, de la Fromagerie Les Rivières, Jacynthe... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Gerry Dansereau, de la Fromagerie Les Rivières, Jacynthe Gagnon, de la Fédération régionale de l'UPA de la Capitale-Nationale-Côte-Nord, et Richard Bouchard, des Producteurs de lait de Capitale-Nationale-Côte-Nord, estiment qu'on prive actuellement les producteurs québécois de 15 000 $ à 16 500 $ par an.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Une «brèche» dans le système de l'importation de protéines de lait au Canada prive actuellement les producteurs québécois de 15 000 $ à 16 500 $ par année, affirment des associations de l'industrie, qui déplorent l'inaction du gouvernement fédéral dans le dossier.

Considéré comme un ingrédient par l'Agence des services frontaliers lorsqu'il est exporté des États-Unis vers le Canada, le lait diafiltré change de statut dès qu'il traverse les douanes. L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), qui assure le suivi des produits, le considère alors comme du lait.

Conséquence? Les transformateurs peuvent utiliser la quantité de lait diafiltré qu'il désire, au détriment du lait frais, dans leur recette de fromage, puisqu'il est considéré comme du lait, explique Richard Bouchard, président des Producteurs de lait de Capitale-Nationale-Côte-Nord. Si le lait diafiltré était considéré comme un ingrédient, les entreprises auraient un maximum de quantité - selon la réglementation en vigueur - qu'elles pourraient utiliser dans leur production de fromage, poursuit-il.

Rappelons qu'en 2007, afin de limiter les dommages liés à l'importation de concentrés de protéines laitières (IPL), le gouvernement avait mis en place des normes de composition des fromages. Ces normes limitaient l'ajout d'ingrédients laitiers dans les recettes de fabrication.

Exemption de tarifs

Afin de maintenir un équilibre dans le marché, l'importation des produits laitiers au Canada est également limitée par des tarifs douaniers. Ayant le statut d'un ingrédient, le lait diafiltré est toutefois exempté de tarifs, ce qui en fait une option alléchante pour les grands transformateurs. 

«Depuis deux ans, ce produit-là est utilisé de plus en plus. Ç'a explosé», s'inquiète M. Bouchard. «Ça devient un compétiteur à nos produits frais.» Dû à la «double personnalité» du produit, le milieu agricole évalue les pertes annuelles à 225 millions $ pour l'ensemble des fermes laitières du Canada. 

«Cette brèche, si elle n'est pas colmatée, menace clairement la pérennité de notre politique agricole canadienne pour le secteur laitier. Le problème est connu des autorités gouvernementales depuis au moins deux ans, mais n'est toujours pas réglé», regrette M. Bouchard, ajoutant que très peu d'usines au Canada sont présentement équipées pour produire du lait diafiltré.

Plusieurs producteurs laitiers ont manifesté leur mécontentement à travers la province jeudi matin. Ils estiment qu'il s'agit d'une concurrence déloyale.

Pour le copropriétaire de la Fromagerie Les Rivières, à Québec, l'augmentation de l'importation du lait diafiltré est une situation très préoccupante. Il estime que les entreprises fabriquant des produits 100 % lait vont avoir plus de difficultés à offrir des prix compétitifs.

«Nous utilisons des produits 100 % lait. Nous voulons offrir des produits de qualité. [...] En même temps, il faut demeurer compétitif», indique Gerry Dansereau. «Mille litres de lait vont me donner cent kilos de fromage. Avec des substances ajoutées, on peut optimiser les rendements, par contre la qualité du produit diminue», ajoute-t-il.

Selon M. Dansereau, l'utilisation du lait diafiltré lui permettrait d'économiser 15 % dans ses frais de production. Fondée en 2013, la Fromagerie Les Rivières compte 60 employés. L'entreprise possède une usine de transformation dans la capitale.

Du côté de l'Union des producteurs agricoles (UPA), on souligne que les pertes sont «catastrophiques» pour les entreprises familiales. «Lors de la dernière campagne électorale, tous les partis avaient reconnu le problème. Il s'était donné 100 jours pour le corriger. Actuellement, cela fait six mois... On demande au gouvernement fédéral d'appliquer leur réglementation dès maintenant. [...] Bientôt, on va penser qu'on mange quelque chose et on ne connaîtra pas ses composantes», conclut Jacynthe Gagnon, présidente de la Fédération régionale de l'UPA de la Capitale-Nationale-Côte-Nord.

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