Un fleuron québécois entre des mains ontariennes

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(Québec) Faute de relève et d'investisseurs du Québec, le Groupe St-Hubert a dû se tourner vers l'Ontario pour assurer la survie de l'entreprise.

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Les frères Louis, Pierre et Jean Martin, du Groupe Martin - propriétaires de 12 restaurants St-Hubert dans la région de Québec -, ne sont pas inquiets de la transaction.

Le Soleil, Erick Labbé

«J'ai regardé tout ce qu'il y avait ici», a assuré le président du conseil et chef de la direction de Groupe St-Hubert, Jean-Pierre Léger. «J'ai courtisé différents groupes [et au final] on ne s'est pas marié.»

Des investisseurs américains ont notamment approché le grand patron. Ce dernier voulait toutefois conserver le fleuron québécois dans la province. Pour y parvenir, il a notamment courtisé Investissement Québec, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et le Fonds de solidarité FTQ.

Selon une source de La Presse Canadienne, la CDPQ aurait déjà montré de l'intérêt pour acquérir une participation minoritaire dans l'entreprise. D'ailleurs, une offre aurait été récemment présentée pour la chaîne de restauration qui a vu le jour en 1951.

Le Groupe St-Hubert a également tenté sa chance en 2014 avec l'ex-président et chef de la direction de Québecor Robert Dépatie. Son mandat était de remettre sur les rails la compagnie. Toutefois, l'aventure n'a duré que quelques mois. Pierre Rivard a par la suite pris les rênes de l'entreprise comme pdg.

Ce qui amène à aujourd'hui, où après cinq ans et plusieurs pourparlers infructueux, M. Léger a finalement dit oui à l'offre de 537millions $ de la société ontarienne Cara (TSX : CAO).

En point de presse jeudi, l'homme d'affaires a rappelé qu'il a maintenant 70 ans. «Je ne suis pas éternel. Il faut que je pense que le Groupe St-Hubert puisse continuer sans moi. [...] J'ai regardé pour différents groupes. Et finalement pour assurer la pérennité de St-Hubert, le groupe Cara m'apparaissait la meilleure entreprise.»

Pour la suite des choses, M. Léger entend jouer un rôle plus effacé. Il prévoit tout de même continuer de travailler sur quelques dossiers, notamment celui pour permettre aux clients d'apporter leur bouteille de vin dans les restaurants.

Aucune inquiétude

Du côté du Groupe Martin, propriétaire de 12 restaurants dans la région de Québec, la transaction avec Cara est vue d'un bon oeil. «C'est une entreprise spécialisée en restauration, en alimentation. C'est des gens qui connaissent le domaine», se réjouit Pierre Martin, copropriétaire de l'entreprise familiale qui est le plus important franchisé dans la province. 

Pour l'homme d'affaires dont le groupe exploite des rôtisseries depuis 48 ans, le changement de garde n'est pas une surprise. Plusieurs rumeurs circulaient depuis déjà un bon moment. 

«Il faut comprendre que M. Léger à 70 ans. Et je pense que ses deux enfants n'avaient pas d'intérêt pour l'entreprise. On se doutait que c'était une question de temps pour être honnête. On voit ça positif, le nouvel acquéreur», dit-il.

Le Groupe Martin - qui a aussi comme propriétaire Louis et Jean - possède neuf restaurants St-Hubert à Québec, deux à Lévis et un à Sainte-Anne-de-Beaupré. La compagnie emploie près de 1350 travailleurs.

Le fait que Rotisseries St-Hubert demeure canadienne et que le siège social reste à Laval est une «bonne nouvelle» pour M. Martin. Celui-ci estime que Cara permettra à la chaîne de restaurants de se développer encore plus. D'ailleurs, un nouveau St-Hubert pourrait s'ajouter à la famille au cours des prochains mois. «On pense pouvoir faire une annonce dans quelques semaines», conclut-il.

Pour l'heure, Cara ne possède pas de bureaux au Québec. L'entreprise souhaite conserver le siège social existant de St-Hubert à Laval. La société ontarienne prévoit également poursuivre l'expansion de la chaîne, notamment dans le nord-est des États-Unis.

En plus des restaurants, Cara met la main sur deux usines de production à Boisbriand et à Blainville, ainsi que deux centres de distribution à Anjou et à Boisbriand. 

Selon son pdg de St-Hubert, Pierre Rivard, les deux usines de production alimentaire peuvent doubler, voire tripler leur production, ce qui se traduira par des embauches. Elles comptent pour l'instant un total de 400 à 500 employés. 

St-Hubert estime que l'augmentation de la production notamment pour la vente en épicerie permettrait de faire passer de 200millions$ à 300 millions$ d'ici quelques années le chiffre d'affaires de la compagnie pour cette division. Le volet restaurant génère pour sa part actuellement un chiffre d'affaires d'environ 403millions$ annuellement.

La compagnie exploite 120 rôtisseries au Québec en Ontario et au Nouveau-Brunswick, dont 111dans la province.  Avec La Presse Canadienne

Les fournisseurs voient une belle occasion d'affaires

«Il s'agit d'une belle opportunité d'affaires. C'est très positif!»

Pour Denis Martin, propriétaire de l'entreprise Martin Dessert, l'un des fournisseurs des Rotisseries St-Hubert, la vente du groupe québécois pour 537 millions $ à une société ontarienne n'a rien d'inquiétant. Au contraire, l'homme d'affaires entend tirer profit de l'expérience et de l'imposant réseau de restaurants de Cara. Ce dernier compte une dizaine de bannières à travers le Canada, notamment East Side Mario's et Swiss Chalet.

«Le fait que Cara est propriétaire de plus de 1000 restaurants, je pense qu'on doit voir cela comme une opportunité pour probablement agrandir nos relations d'affaires. [...] Du jour au lendemain, nous avons maintenant accès à un très grand réseau sur le marché canadien», se réjouit M. Martin, joint en Floride.

Depuis 1989, Martin Dessert est l'un des fournisseurs de plusieurs produits sucrés pour notamment le Groupe St-Hubert, soit le millefeuille, la tarte au sucre, le pouding chômeur et le dessert au chocolat, le Volcano. 

Annuellement, la compagnie produit pour la chaîne québécoise environ 1,5 million de portions de millefeuille. «Le nombre est similaire pour les tartes au sucre», affirme M. Martin.

Dans son usine de production basée à Lebourgneuf, l'entreprise concocte également les desserts signés St-Hubert qui se retrouvent sur les tablettes des supermarchés. L'établissement compte environ 80 employés.

Depuis février, M. Martin est le seul propriétaire de la compagnie, un statut qu'il partageait auparavant avec son frère Pierre et ses cousins Louis et Jean. Ces derniers sont propriétaire de 12 rôtisseries St-Hubert dans la grande région de Québec (lire l'autre texte en page 4).

Rien d'alarmant

Du côté d'Exceldor, une coopérative spécialisée dans la transformation et la commercialisation de volaille, le changement de garde chez St-Hubert n'a rien d'alarmant.

«C'est business as usual», indique d'entrée de jeu le président-directeur général de la compagnie, René Proulx, qui n'est pas surpris de la transaction. «St-Hubert est un client que nous avons depuis de nombreuses années que nous apprécions beaucoup. Pour nous, cela va continuer, car nous avons des ententes avec eux. [...] Comme fournisseur, je vois cela de façon positive.»

Pour l'heure, Exceldor, dont le siège social est situé à Lévis, livre plusieurs dizaines de milliers de poulets par semaine dans les restaurants St-Hubert. L'entreprise fournit en poulet frais environ 50 % des restaurants de la chaîne au Québec. «Cela représente plusieurs millions de dollars. C'est de loin notre client le plus important», dit le pdg.

Au Canada, Exceldor détient 16 % des parts de marché dans le poulet et 20 % dans celui du dindon. Ses produits sont vendus sous les noms des marques de commerce Exceldor et Butterball. En 2015, le chiffre d'affaires de la compagnie a été 690 millions $.

Les produits d'Exceldor sont déjà bien présents en Ontario. Ce marché représente 40 % de son chiffre d'affaires. L'entreprise a d'ailleurs des racines à Hanover, en Ontario, avec une usine de transformation de dindon (anciennement P&H Foods, aujourd'hui Exceldor Foods). 

«Nous avons beaucoup de ventes dans les autres provinces [que le Québec]. Il n'y a rien de menaçant pour nous dans cette transaction. Je pense même que cela pourrait nous amener des opportunités d'affaires», conclut M. Proulx, heureux de voir que le Groupe St-Hubert demeure tout de même au Canada.

Qui est Cara?

Fondée en 1883, la société Les Entreprises Cara (TSX : CAO) est l'un des plus importants propriétaires de chaînes de restaurants au Canada.

La compagnie brasse des affaires notamment avec les bannières Swiss Chalet, Harvey's, Milestones, Montana's, Kelsey's, East Side Mario's, New York Fries, Prime Pubs, Bier Markt et Landing. Son siège social est basé à Vaughan, en Ontario.

Lors de sa création, l'entreprise oeuvrait sous le nom de The Canada Railway News Company. Elle se spécialisait principalement dans la vente de journaux, de magazines et de confiseries pour les voyageurs, notamment en train. Par la suite, la compagnie a diversifié son portefeuille, avec l'ouverture d'hôtels.

Premier resto dans un aéroport canadien

En 1954, Cara se lance dans la restauration et inaugure son premier Swiss Chalet, à Toronto. En 1941, l'entreprise poursuit son expansion avec l'ouverture du restaurant Tea Wing. Installé à l'Aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau, il s'agissait du premier restaurant à voir le jour dans un aéroport canadien*.

En 1961, la société canadienne Cara voit finalement le jour, avec la fusion de Canada Railway News et Aero Caterers, une division de l'entreprise. Depuis, Cara a procédé à plusieurs acquisitions, notamment New York Fries en 2015 pour 41 millions $. 

Aujourd'hui, l'entreprise, dont l'actionnaire majoritaire est la société d'investissement Fairfax Financial Holdings de Toronto, possède 1010 établissements, dont 973 au Canada (66 % en Ontario) et 37 à l'étranger. Près de 88 % des restaurants sont exploités par des franchisés. 

En 2015, après 10 ans d'absence, Cara a de nouveau fait le saut à la Bourse de Toronto. Le titre, qui valait 32,83 $ au mois d'avril 2015, vaut aujourd'hui 29,15 $. Jean-Michel Genois Gagnon

Source : Cara.com

St-Hubert en 10 dates

 

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Le Soleil, Pascal Ratthé

  • 1951 Hélène et René Léger ouvrent la première rôtisserie rue Saint-Hubert, à Montréal. Les fondateurs mettent sur pied un service de livraison à domicile gratuit. Il s'agit de la première initiative du genre au Canada.
  • 1965 St-Hubert prend de l'expansion. L'entreprise compte cinq rôtisseries dans la région de Montréal. La sauce est fabriquée et commercialisée pour le marché de détail.
  • 1967 Ouverture de la première franchise dans la région de Québec sur la rue des Chênes, dans Limoilou.
  • 1979 L'Université St-Hubert ouvre ses portes. Il s'agit d'un centre de formation notamment pour les franchisés. L'entreprise compte une cinquantaine de restaurants.
  • 1991 Jean-Pierre Léger devient président de l'entreprise. Les années 90 sont marquées par plusieurs nouveautés : le resto-bar Le St-Hub, la section des enfants et les terrasses.
  • 2005 St-Hubert interdit de fumer dans ses restaurants. L'entreprise lance cette offensive un an avant que la loi 112 entre en vigueur.
  • 2008 L'entreprise inaugure sa  100e succursale à Cowansville, en Estrie.
  • 2011 Pour son 60e anniversaire, la société lance un projet d'expansion, notamment afin de percer au Canada anglais ainsi qu'aux États-Unis. Des ouvertures sont prévues en Ontario et au Nouveau--Brunswick, entre autres.
  • 2012 St-Hubert rachète le producteur Maître Saladier et l'intègre à sa division du détail. L'entreprise met également sur pied la Fondation St-Hubert, qui vise à contribuer à la santé et au mieux-être des communautés.
  • 2016 St-Hubert est vendu aux Entreprises Cara (TSX : CAO) pour 537millions $.

La vente de St-Hubert en quatre questions

La société Les Entreprises Cara a conclu une entente pour acquérir le Groupe St-Hubert jeudi pour la somme de 537 millions $. Quels vont être les répercussions pour les fournisseurs? Quels sont les avantages pour Cara d'acquérir le groupe québécois? Le prix payé est-il juste? Le professeur agrégé à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, Yan Cimon, répond à nos questions.

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Le Soleil, Pascal Ratthé

Q La vente de St-Hubert était-elle une transaction inévitable?

R Est-ce que cela allait arriver un jour... c'était dans les possibilités. Il n'y avait pas de relève familiale. Ils ont essayé de regarder d'autres options, avec notamment Robert Dépatie [ancien président et chef de la direction de Québecor]. Vendre était parmi les choix stratégiques qui s'offraient à l'entreprise. Dernièrement, il y avait beaucoup d'interrogations sur ce que pouvait faire St-Hubert à long terme. C'est une entreprise qui possède un achalandage extrêmement fidèle. Elle devenait intéressante pour d'éventuels acquéreurs. Dans le contexte actuel, ce n'est pas un choix surprenant.

Q Quels sont les avantages pour Cara d'acquérir la chaîne de rôtisseries québécoises?

R St-Hubert permet à Cara d'acquérir une empreinte québécoise. C'est une chaîne majeure, solide et très aimée des Québécois. Selon le palmarès 2015 des entreprises les plus admirées [de Les Affaires et Léger Marketing] St-Hubert se retrouve au 14e rang sur 249. C'est une entreprise très bien implantée dans son milieu. Un autre avantage, c'est que St-Hubert distribue des produits en épicerie. Il y a alors une opportunité pour Cara de développer la distribution de certains produits qui proviennent de ses marques spécifiques.

Q Les fournisseurs de St-Hubert ont-ils à s'inquiéter de cette transaction?

R Oui et non, cela va dépendre de ce que Cara va vouloir faire. Si Cara voit la transaction comme une transaction qui devrait générer des synergies importantes pour l'entreprise dans son ensemble, c'est sûr que le côté négatif pour les fournisseurs c'est qu'elle voudra sans doute consolider sa chaîne d'approvisionnement. Cela veut dire des défis et des opportunités. Par exemple, les fournisseurs qui ont les reins assez solides pour jouer sur le plan national canadien vont être compétitifs et risquent de trouver leur compte. Les plus petits pourraient risquer d'être sous pression. Une autre possibilité pour Cara est aussi d'opérer St-Hubert comme une entité distincte. Prendre le temps de bien comprendre l'entreprise.

Q Est-ce que 537 millions $ est chèrement payé?

R Je pense que Cara a très bien négocié. Les ventes de St-Hubert sont très bonnes. C'est une transaction honnête. L'entreprise pourrait faire une expansion du modèle. Il y a une possibilité pour Cara d'aller voir dans des marchés qui sont moins bien servis. À court terme, il n'y aura pas de changement majeur. Là où il y a un feu jaune, c'est au niveau de l'expérience client. Si Cara se met à faire un examen de la chaîne d'approvisionnement et change des ingrédients dans les recettes, l'expérience client pourrait en souffrir. St-Hubert a une culture orientée sur la famille. C'est important de la conserver. C'est une marque distinctive de l'organisation. Le diable est dans les détails... Jean-Michel Genois Gagnon

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