Les producteurs de sirop d'érable en colère

Des producteurs de sirop d'érable ont manifesté devant... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Des producteurs de sirop d'érable ont manifesté devant l'Assemblée nationale, mardi, pour protester contre les recommandations du rapport Gagné sur l'avenir de l'industrie acéricole québécoise.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Un rapport «inacceptable», «biaisé» et «partisan». Selon le président de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, Serge Beaulieu, le rapport Gagné va mener l'industrie du sirop d'érable «à sa perte».

Mardi, près de 1000 producteurs acéricoles venus d'un peu partout à travers la province se sont réunis au Centre des congrès de Québec pour dénoncer le rapport Gagné, qui porte sur l'avenir de l'industrie acéricole québécoise. Malgré le mauvais temps, les producteurs se sont ensuite mobilisés devant l'Assemblée nationale pour manifester leur mécontentement.

«Les recommandations du rapport mèneront l'industrie acéricole à sa perte. Ce n'est pas de l'oxygène que M. Gagné veut donner à l'industrie, mais bien y mettre feu», a indiqué le président de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ), Serge Beaulieu. «Ce n'est pas vrai que le ministre Pierre Paradis va mettre la hache dans nos piliers de l'industrie acéricole. Ces piliers ont fait la force de l'industrie depuis 16 ans. Les producteurs ne se laisseront pas faire», prévient-il, sous les applaudissements des gens présents.

Un point de vue aussi partagé par plusieurs producteurs inquiets de l'impact des recommandations du rapport Gagné. «Le système n'est pas parfait, mais de là à le détruire et perdre le rapport de force que nous avons avec les acheteurs, c'est toute une chose», a souligné Louis Rivard, un producteur du centre du Québec. «En 2000, le gouvernement nous avait dit de nous prendre en main. Nous l'avons fait et il n'a jamais mis un dollar dans notre système. Nous l'avons construit. Et aujourd'hui, pour une minorité de producteurs, nous voulons le détruire», déplore-t-il.

Commandé en mai 2015 par le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, Pierre Paradis, le rapport de Florent Gagné, un ancien sous-ministre, a été rendu public jeudi dernier. Il émet 21 recommandations, notamment la fin des quotas visant à stopper le déclin à l'international de l'industrie québécoise de l'or blond.

Après plusieurs jours à étudier chacune des lignes du rapport intitulé Pour une industrie acéricole forte et compétitive, la FPAQ et l'Union des producteurs agricoles (UPA) ont décidé d'unir leur voix pour «dénoncer le manque de sérieux, d'objectivité, d'analyse et de fondement économiques» du document.

Selon la FPAQ et l'UPA, il est tout d'abord faux de dire que 10 % des parts de marché du Québec sont passées entre les mains des Américains. Le rapport Gagné affirme notamment qu'au cours de la dernière décennie, l'industrie acéricole québécoise a vu ses parts de marché à l'international chuter de 80 % à 70 %.

«Rien n'est plus faux! C'est plutôt 75 % du marché mondial du sirop que le Québec a détenu au fil des ans avec des pointes parfois à la hausse parfois à la baisse. [...] Les quantités de sirop vendues par l'agence de vente ont fracassé un nouveau record en 2015 et ont affiché une croissance de près de 11 % par année au cours des 5 dernières années», peut-on lire dans une missive signée par les deux regroupements.

Retour à l'époque du «Far West»

M. Beaulieu concède que le système actuel n'est pas parfait, mais l'abolir, selon lui, serait un retour important à l'époque du «Far West» des années 1980-1990, avec un libre marché. Il stipule que les recommandations du rapport Gagné sont «irresponsables et qu'elles mèneront à la débâcle du leadership acéricole québécois».

«Un retour en arrière veut dire des variations de prix extrêmes, un sirop de qualité inégale, des producteurs qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts. [...] Est-ce là la définition d'une industrie forte et compétitive?» demande-t-il, rappelant que la Fédération a déjà demandé à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec d'augmenter les quotas. Cette dernière n'aurait toutefois pas répondu aux attentes de la Fédération.

Pour le président général de l'UPA, Marcel Groleau, le rapport Gagné va détruire les «mécanismes mis en place démocratiquement par les producteurs». 

«Il y a quelqu'un quelque part qui a la bonne idée de saccager l'un des secteurs agricoles qui ont connu la plus belle progression depuis les 15 dernières années sans mesurer les conséquences ni les impacts», souligne-t-il, conseillant au premier ministre du Québec, Philippe Couillard, de continuer son remaniement ministériel puisque ce dernier est «inachevé», estime-t-il. «M. Paradis souffle le chaud et le froid. Il entretient le doute... Est-ce qu'on peut avoir un gouvernement qui veut accompagner le développement du secteur agroalimentaire?», demande M. Groleau.

«Généralement, le rapport a été bien accueilli»

Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Pierre Paradis, a réitéré, mardi, à l'Assemblée nationale, qu'il n'a pas l'intention de tabletter le rapport Gagné sur l'avenir de l'industrie du sirop d'érable. «Généralement, le rapport a été bien accueilli. Le Québec a perdu au cours des 10 dernières années 10 % de sa position comme leader mondial du sirop d'érable. Si on ne fait rien, si on le tablette, on va perdre un autre 10 % d'ici 2025», a de nouveau déclaré M. Paradis, ajoutant que le modèle actuel doit être libéralisé et modifié. «Il [le rapport] conserve l'Agence de vente et la réserve stratégique mondiale de sirop d'érable, qui est le stabilisateur du prix. Il remet en question le fait que nous, on s'empêche de produire alors que nos compétiteurs, surtout américains, augmentent leur production», rappelle-t-il. Questionné au sujet de la manifestation de mardi, le ministre s'est dit ouvert à rencontrer les gens du milieu au cours des prochaines semaines. Plusieurs groupes, comme l'Association des érablières-transformateurs des produits de l'érable (AETPE), ont réitéré leur appui envers le rapport Gagné. Ces derniers demandent au ministre d'aller de l'avant avec certaines recommandations, notamment l'exclusion de l'AETPE du plan conjoint des producteurs de vrac.

Ce qu'ils ont dit

«C'est un recul de vingt ans en arrière. On avait trouvé un moyen pour stabiliser les prix afin que les revenus des producteurs soient égaux chaque année. Si on enlève les quotas et la structure que nous avons présentement, nous revenons en arrière. Le système actuel est à 99 % parfait.»

- Joël Larrivée, un producteur de l'Estrie

«Florent Gagné ne connaît absolument rien dans les érablières. Il n'a jamais été dans le domaine. Son rapport n'a pas d'allure et il favorise principalement les gros joueurs. Les petits vont mourir. Ils ne pourront plus grossir.»

- François Robitaille, un producteur de l'Estrie

Avec Simon Boivin

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