Sirop d'érable: Québec s'apprête à abolir les quotas

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(Québec) Depuis 10 ans, l'industrie acéricole québécoise a perdu 10 % de ses parts de marché à l'international, et l'avenir s'annonce aussi difficile «si rien ne change», concède Pierre Paradis, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec. Afin de redonner un peu de vigueur à l'industrie, Québec envisage d'abolir les quotas de sirop d'érable.

«Il est important de préciser que le Québec est encore, et de loin, le leader mondial de la production de sirop d'érable. Cependant, on aurait tort de croire que cette situation est immuable et qu'on peut impunément fermer les yeux sur ce qui se passe ailleurs. [...] Si rien ne change, c'est un autre 10 % qui sera perdu d'ici 2025. [...] Mon intention est que le Québec conserve fièrement sa position de leader mondial de l'or blond, et ce, non seulement en termes de volume, mais aussi et surtout en termes de qualité», a affirmé le ministre Paradis.

Le 5 mai dernier, voyant que l'industrie perdrait des parts de marché à l'international depuis quelques années, le ministre a mandaté Florent Gagné, qui a occupé divers postes de sous-ministre, pour qu'il effectue une étude exhaustive de la situation et qu'il formule des recommandations. Pendant près de huit mois, M. Gagné a consulté divers intervenants du milieu.

Jeudi, le rapport intitulé Pour une industrie acéricole forte et compétitive a finalement été rendu public. Parmi les 21 recommandations, on suggère notamment que la Fédération allège le fardeau administratif des producteurs; que le contingentement de la production soit abandonné; que le concept d'exclusivité de mise en marché soit révisé pour permettre des exceptions convenues; que le prix soit davantage le reflet des conditions du marché; et que la qualité du produit devienne une préoccupation aussi importante que l'accroissement du volume.

Compétition

Pour l'heure, le Québec occupe toujours la chaise du plus grand producteur mondial de sirop par année, avec plus de 100 millions de livres dans un marché total de quelque 160 millions de livres (2014). Toutefois, la compétition est de plus en plus féroce et provient principalement de nos voisins, des États-Unis, du Nouveau-Brunswick et de l'Ontario.

«C'est surtout la production américaine qui est le danger qui nous guette. Si on regarde au cours des dernières années, la production américaine a augmenté de 45 % entre 2005 et 2012. [...] Les Américains produisent maintenant [plus de] 47 millions de livres», s'inquiète M. Gagné ajoutant que «les experts parlent d'une augmentation de 10 % par année minimum. Alors, ça ne sera pas long que les Américains vont produire 60, 70 millions de livres. Ils consomment eux-mêmes à peu près 70 millions de livres par année, de sorte qu'ils s'en vont vers l'autosuffisance. Puis c'est notre principal marché d'exploitation».

Et le marché du sirop d'érable chez nos voisins du sud devrait continuer de croître au cours des prochaines années puisqu'on dénombrerait actuellement près de deux milliards d'érables aux États-Unis. «Évidemment, 2 milliards d'érables, ils ne sont pas nécessairement tous exploitables, mais les experts prévoient [...] qu'il y en aurait 200 millions qui seraient rapidement accessibles. Il y en a seulement 6 % de développés au moment où on se parle», indique M. Gagné.

Afin que les producteurs québécois demeurent compétitifs, le rapport Gagné suggère de desserrer l'emprise de la Fédération des producteurs acéricoles sur le marché. Actuellement, c'est la Fédération qui impose les quotas.

«Sans démolir le système, est-ce qu'on peut l'alléger, l'oxygéner, ouvrir les fenêtres un peu, mettre un peu de flexibilité, mettre de l'huile dans les rouages pour qu'on ait un système qui soit vraiment plus adapté au contexte mondial dans lequel on évolue», propose M. Gagné. «Le principe qui est à la base du contingentement ne peut pas s'appliquer parce qu'on produit beaucoup plus que ce qu'on consomme. On est exportateur à 70 % de notre capacité de produire».

Le Rapport Gagné évoque aussi la possibilité que le producteur puisse vendre dorénavant via un intermédiaire - une épicerie ou un dépanneur - son sirop sans passer par la Fédération. Actuellement, le producteur est obligé de passer par l'Agence de vente gérée par la Fédération pour son sirop vendu en petits contenants [moins de cinq litres].

Bien qu'il n'ait pas confirmé directement qu'il allait mettre en oeuvre les recommandations de M. Gagné, le ministre Paradis a tout de même souligné qu'il n'avait pas «la réputation de tabletter des rapports».

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Vers la fin d'une «dictature»

Des producteurs acéricoles du Québec applaudissent le rapport Gagné, qui suggère notamment une diminution du pouvoir de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec.

Depuis plus de 15 ans, Angèle Grenier livre une bataille juridique contre la Fédération afin de faire valoir ses droits. Elle conteste le fait qu'elle ne peut pas vendre elle-même son sirop d'érable à l'extérieur de la province. D'ailleurs, Mme Grenier et une cinquantaine d'autres producteurs acéricoles, de la Beauce et de l'Estrie, sont présentement en attente d'une réponse de la Cour d'appel pour contester une décision rendue par la Cour supérieure à ce sujet.

Joint par Le Soleil jeudi après-midi, la femme propriétaire d'une érablière de 7000 entailles à Sainte-Clotilde-de-Beauce, près de Thetford Mines, était heureuse de voir l'ouverture du ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, Pierre Paradis.

«C'est ce qu'on demande depuis l'an 2000. Je suis très satisfaite du rapport. Nous avions fait faire des études et nous avions prouvé qu'on s'en allait vers un mur. Les producteurs s'en allaient presque tous vers la faillite», souligne au Soleil Mme Grenier, qui vendait jusqu'en 2014 la totalité de son sirop au Nouveau-Brunswick. 

Une injonction la force toutefois maintenant de vendre sa production à la Fédération. «J'espère que l'abolition des quotas va avoir réellement lieu, car c'est ça qui nous bloquait», ajoute-t-elle. «Avec la Fédération, c'était du harcèlement par dessus du harcèlement. Ils vont arrêter d'endetter les producteurs».

Saisies

Du côté de l'Estrie, le producteur acéricole Steve Côté est aussi satisfait du rapport Gagné. Ce dernier conteste le système de mise en marché du sirop d'érable produit au Québec depuis 2006. D'ailleurs, en 2013, en 2014 et en 2015, il s'est fait saisir sa production de sirop d'érable, car il le vendait sans passer par la Fédération. Il a aussi été condamné à payer 421 000 $ pour avoir exporté lui-même son produit.

«C'est très favorable comme rapport. C'est un peu la situation que nous avons décriée au cours des dernières années», affirme l'acériculteur de Sawyerville. «On manquait le bateau. Nos voisins se développaient et nous, nous étions menottés. C'était un système très rigide que j'ai déjà qualifié de dictature.»

Pour l'heure, la Fédération prélève 12 ¢ par litre de sirop produit. Dans le rapport Gagné, on suggère notamment que le producteur n'ait plus à payer le 12 ¢ lorsqu'il vend son sirop en petits contenants [moins de cinq litres] via un intermédiaire - une épicerie ou un dépanneur. «Il s'agit d'une bonne nouvelle. J'espère que cela va marcher, car on n'a pas de liberté», affirme Richard Landry, quelques minutes avant qu'un inspecteur de la Fédération vienne justement visiter leurs installations de Saint-Fabien-de-Panet, dans la MRC de Montmagny.

Le Québec compte plus de 13 500 acériculteurs regroupés sur 7300 érablières.

Le Québec compte plus de 13 500 acériculteurs regroupés sur... (123RF/lurin) - image 3.0

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Le Québec compte plus de 13 500 acériculteurs regroupés sur 7300 érablières.  

123RF/lurin

La Fédération des producteurs acéricoles inquiète

La Fédération des producteurs acéricoles du Québec se dit inquiète par le rapport Gagné. «Nous sommes convaincus que certains moyens suggérés dans le rapport vont contribuer à déstructurer complètement notre direction acéricole québécoise. C'est pourquoi nous sommes hautement préoccupés par la nature des recommandations et leurs impacts», a affirmé par voie de communiqué le président de la Fédération, Serge Beaulieu. La Fédération n'a pas donné suite aux appels du Soleil jeudi. Elle souligne dans son communiqué vouloir prendre le temps «d'analyser le rapport en détail et d'évaluer toutes les répercussions des recommandations sur l'industrie acéricole avant de commenter davantage». Elle indique aussi qu'elle va réagir la semaine prochaine durant une conférence de presse.

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