Le Beaujolais nouveau est arrivé mais la fête n'est pas au rendez-vous

Des tonneaux de vin ont été roulés sur... (AFP, Jean-Philippe Ksiazek)

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Des tonneaux de vin ont été roulés sur la place des Terreaux de Lyon pour la sortie du Beaujolais Nouveau.

AFP, Jean-Philippe Ksiazek

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Anne-Sophie Morel, Anne-Laure Mondesert
Agence France-Presse
Paris

Encore sous le coup des attentats, les bistrots parisiens ont peiné à faire le plein jeudi pour l'arrivée du Beaujolais nouveau, un millésime 2015 pourtant encensé par les professionnels et brandi comme symbole d'un art de vivre à défendre.

Dans des cafés déjà affectés par une baisse de fréquentation, les éternels débats sur le goût de banane ou de mûre de ce vin primeur ont fait place cette année à des considérations plus graves.

«En étant ici aujourd'hui, on ne fête pas vraiment le Beaujolais, on n'a pas trop le coeur à ça, mais on est solidaires, on fait travailler le bistrot», explique Arnaud Fenies, qui travaille dans la sécurité des cafés et restaurants, accoudé au zinc du Bistrot Mélac.

Le restaurant du 11e, situé à quelques centaines de mètres de la terrasse de La Belle Équipe et non loin du Comptoir Voltaire, deux établissements frappés par les attentats du 13 novembre, est habituellement très couru pour le Beaujolais. Mais en ce jeudi midi, il n'est rempli qu'à moitié. Un client, Jean-François, qui a «perdu plusieurs amis» dans les attentats, souhaite que «les gens sortent pour la tradition du Beaujolais, pour ne pas jouer le jeu des terroristes en restant chez eux».

Devant le restaurant Le Gavroche, dans le quartier de la Bourse au coeur de Paris, l'état d'esprit des clients est le même: «Aujourd'hui c'est d'autant plus important d'être là, de ne pas changer les traditions», juge Yves Millardet, financier, qui discute avec des amis. À l'intérieur, des serveurs à béret, chemises à carreaux et bretelles s'interpellent, entre deux assiettes de blanquette de veau et de saucisson de Lyon.

«On a un pincement au coeur terrible», admet le patron de cette institution du quartier, Nicolas Decatoire. Mais «il ne faut pas se laisser faire par une bande de connards!», lance-t-il. S'il a lui aussi subi une baisse de fréquentation depuis les attentats, son établissement affiche complet ce jour-là.

Hommage aux victimes

Mais chez Legrand Filles et fils, prestigieux caviste du même quartier, l'ambiance est inhabituellement calme pour un jour de Beaujolais nouveau. «En temps normal, le restaurant déborde», constate Raphaël Huet, responsable de la cave et du comptoir de dégustation.

Une désaffection confirmée par Christian Navet, coprésident de l'Umih, principale organisation patronale de l'hôtellerie-restauration, pour la région Paris-Ile-de-France: «Il n'y a pratiquement pas de réservations, contrairement aux autres années. Et on compte en moyenne 30 à 35% d'annulations pour ce soir», a-t-il indiqué.

À l'Umih, on constate aussi que les achats par les bars et restaurants de bouteilles de Beaujolais «sont divisés par deux».

Une cinquantaine de vignerons du Beaujolais ont, eux, décidé de sillonner la capitale en 2CV, «symbole de tradition française». «À l'heure où la culture et l'art de vivre français sont attaqués», la profession a choisi de maintenir les célébrations prévues, mais en les accompagnant d'une minute de silence.

Le Beaujolais avait coulé à flots dès mercredi soir sur la place des Terreaux à Lyon, avec la traditionnelle percée des tonneaux à minuit. Une minute de silence y a été observée, non loin du parterre de fleurs et de bougies installé devant l'Hôtel de Ville.

Au Japon, premier client étranger pour le Beaujolais, les festivités ont aussi été marquées par un hommage aux victimes. «Nous nous sommes demandé si nous devions maintenir notre soirée, mais nous avons pensé que nous ne devions pas changer notre quotidien, et que ce serait un signe de soutien pour la France», a déclaré Yuji Yamazaki, PDG de Suntory Wine International, qui avait organisé des festivités à Tokyo.

À Londres, où vit une nombreuse communauté française, Laurent Faure, propriétaire du Vieux Comptoir, a aussi maintenu le programme habituel. «Cette année est effectivement particulière», reconnaît ce caviste du quartier de Marylebone, qui s'attend à «des témoignages de solidarité et de soutien de beaucoup de participants, dont les nationalités sont très variées».

À Washington, 600 personnes sont attendues vendredi soir à une soirée organisée par la Chambre de commerce franco-américaine et l'ambassade de France lors de laquelle une minute de silence sera observée.

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