Du safran cultivé... en Beauce!

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Le ramassage des fleurs se fait à la main, tôt le matin. Il faut cueillir la fleur du crocus avant de ramasser les trois pistils qui feront le safran.

Le Soleil, Yves Therrien

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(Québec) On le surnomme «l'or rouge», car le safran fait partie des épices les plus chères au monde,  dit-on. À des prix frôlant les 60 $ le gramme, il faut en prendre bien soin. Et l'or rouge se cultive pour la toute première fois en Beauce.

C'est ce que font Samuel Pépin et Maude Chevrette dans leur exploitation de Saint-Benjamin en Beauce. La cueillette des fleurs de ce Crocus sativus se fait à la main, délicatement, car il faut conserver les trois pistils rouges qui feront le safran.

Mercredi, il faisait froid dans le champ. Et les deux producteurs avaient gardé quelques fleurs pour la démonstration et pour la prise de photos. Normalement, la cueillette s'effectue tôt le matin, après la rosée, en évitant que la fleur soit trop exposée au soleil, ce qui altère le goût du safran.

Toujours aussi délicatement, il faut enlever les trois pistils, parfois quatre, et les déposer sur une feuille pour les faire sécher à la noirceur. «Le pistil perdra 80 % de son poids après une semaine de séchage avant d'être transféré dans un pot hermétique pour le prochain mois toujours dans le noir», explique Samuel pendant que Maude inscrit la date de la récolte sur le couvercle. Après, le safran sera mis dans un autre contenant et pourra se conserver sur une tablette pendant près de quatre ans.

Contrairement aux autres crocus qui sortent de terre lorsque celle-ci se réchauffe après l'hiver, le crocus du safran est en dormance du printemps jusqu'à l'automne. Il commencera à pousser lorsque le froid s'amène.

«Nous avons cueilli nos premières fleurs le 7 octobre», précise Maude en regardant le champ où quelques milliers de bulbes ont été mis en terre cet été pour leur première récolte. «Et les bulbes se multiplient selon un facteur de 2,2 fois», ajoute Samuel. «Pour 1000 bulbes plantés cette année, nous en aurons près de 10 000 dans quatre ans au moment de les diviser pour les replanter.»

Mais comme il faut de 150 à 200 fleurs à trois pistils chacune pour récolter un petit gramme du fameux produit, les deux producteurs auront besoin de 200 000 fleurs pour ramasser leur premier kilo de safran.

Rares producteurs au Québec

Mais pourquoi cultiver du safran? Parce qu'il y a très peu de producteurs au Québec, il y en a peut-être trois ou quatre autres tout au plus dans la province. «Nous voulons développer un produit de niche pour faire des petits délices à base de safran», répond Samuel. «Ce pourrait être des compotes ou d'autres gâteries», ajoute le jeune homme d'affaires qui vient d'acheter la chocolaterie La Pralinière à Lac-Etchemin et l'entreprise de cartes de souhaits Carsona.

Pour l'instant, il réserve sa production pour son entreprise et n'a pas l'intention de vendre du safran dans les épiceries locales, mais cela pourrait se produire d'ici quelques années.

Avec sa production agricole ainsi que sa chocolaterie,... (Le Soleil, Yves Therrien) - image 2.0

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Avec sa production agricole ainsi que sa chocolaterie, Samuel Pépin souhaite augmenter l'offre agrotouristique de Saint-Benjamin et des alentours.

Le Soleil, Yves Therrien

L'agrotourisme, une «voie d'avenir» pour la région

Si Samuel Pépin et Maude Chevrette se sont lancés dans la production de safran, c'est qu'ils voulaient augmenter l'offre agrotouristique dans la région tout en montrant qu'avec du travail et de la persévérance, il est possible de prouver que les villages entre Saint-Georges et Lac-Etchemin ont tout ce qu'il faut pour créer des projets et y habiter.

À la suite d'un voyage en Amérique centrale où il travaille chez des producteurs, Samuel Pépin revient au Québec et décide de suivre une formation en agriculture. Il s'installe dans la maison et sur les terres de sa grand-mère à Saint-Benjamin pour commencer la production de fraises en 2012.

«Je n'ai pas eu besoin de faire une longue étude de marché», explique-t-il en entrevue. «Il n'y avait plus de producteurs de fraises dans la région, ce qui devait intéresser les gens des villages et des villes voisines.» 

À quelques minutes de route de Beauceville et de Saint-Georges d'un côté, et de Lac-Etchemin de l'autre, Samuel Pépin a dû gérer l'été dernier un problème à la fois agréable pour lui, mais décevant pour les clients. «Je manquais de fraises à cueillir avant la fin de la journée», se souvient-il même s'il considère avoir vendu plus de 25 000 livres (un peu plus de 11 000 kilos) de fraises dans la saison.

Or, les fraises de Benjafraise ne sont que le début de son projet agrotouristique pour Saint-Benjamin. Pour étirer la saison de la cueillette des petits fruits, il a ajouté une section de framboises près du champ consacré au safran et une section de bleuet près des trois champs de fraises.

«Je veux mettre en valeur les produits du terroir et inviter les gens à venir voir comment fonctionne une production agricole comme la nôtre», continue-t-il. «J'ai eu plein de visites de jeunes durant l'été à qui j'expliquais le cycle des fraises. Je pourrai faire la même chose avec le safran et les autres petits fruits.»

À la chocolaterie, d'ailleurs, la crème glacée molle aux fruits est agrémentée de la production de l'exploitation de Saint-Benjamin, précise Maude Chevrette. 

En plus, à la chocolaterie de Lac-Etchemin où il y a des visites guidées et des dégustations. Samuel Pépin se dit que si les gens viennent en autobus pour la visite, ils pourraient faire quelques kilomètres de plus pour voir ce qui se passe dans les champs. Il voudrait que ce soit comme la journée à la ferme que l'Union des producteurs agricoles organise chaque automne, mais cette fois tout au long de l'été. Et pourquoi par le printemps et l'automne?

Créer des partenariats

Et pourquoi ne pas avoir d'autres producteurs à visiter et d'autres produits du terroir à faire goûter pendant la journée? «Je voudrais créer des partenariats pour faire connaître les produits et le travail agricole», avoue Samuel Pépin pour qui la campagne est tellement belle qu'elle mérite d'être connue des villes voisines, même des gens des grandes villes comme Québec et Lévis.

À ceux qui disaient en silence ou à voix haute que les projets ne pourraient pas lever à Saint-Benjamin, Samuel Pépin répond par l'exemple. «J'ai fait travailler une vingtaine de personnes l'été dernier, et une bonne douzaine durant le reste de l'année. Il y a peut-être un taux de chômage un peu plus élevé dans le secteur, mais ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas d'emploi. Il y a de la place pour les projets novateurs», clame celui qui veut faire les choses autrement. «Dans l'année financière 2015-2016 de ma compagnie, je prévois dépasser le million de dollars en chiffre d'affaires.»

La chocolaterie, avec ses 600 points de vente dans la province, et son exploitation agricole, qui fera découvrir de nouvelles saveurs, seront mises à contribution pour faire connaître Saint-Benjamin et les alentours. Il espère que des partenaires se joindront à lui pour faire grandir son projet agrotouristique. 

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