Bellechasse: sur la route des vins

Propriétaires du Domaine Bel-Chas, Marielle Béland  et Louis... (Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Propriétaires du Domaine Bel-Chas, Marielle Béland  et Louis Chassé remplissent près de 7000  bouteilles par année.

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(Québec) À défaut de se tailler une place sur les tablettes des succursales de la Société des alcools du Québec (SAQ) - et de risquer d'y perdre leur chemise - ou sur celles des épiceries en compagnie de vins chiliens ou australiens, les producteurs-artisans de la région de Bellechasse ont décidé de faire contre mauvaise fortune bon coeur.

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Jean-Paul Breton, copropriétaire du Vignoble et Verger CasaBreton

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La Route des vins de Bellechasse, inaugurée l'été dernier, a remporté un vif succès.

Le Ricaneux, le Verger et Vignoble CasaBreton et le Domaine Bel-Chas répètent l'expérience en 2015 avec ce circuit touristique de 55 kilomètres qui conduit les visiteurs de Saint-Charles-de-Bellechasse à Saint-Henri. En passant, Saint-Charles-de-Bellechasse n'est qu'à une trentaine de minutes des ponts reliant Québec à la région de la Chaudière-Appalaches!

«Nos ventes ont bondi de 30 %», rend compte Louis Chassé qui, en compagnie de sa conjointe Marielle Béland, règne sur le Domaine Bel-Chas à Saint-Charles-de-Bellechasse.

Le Ricaneux et CasaBreton ont enregistré, pour leur part, des majorations de leurs ventes variant de 5 % à 10 %. «Une augmentation comme nous n'en avons pas eu depuis longtemps», témoigne Nathalie McIsaac, propriétaire du Ricaneux, lequel, maintenant âgé de 27 ans, est le pionnier parmi les producteurs de vins et d'alcools de petits fruits au Québec.

En comptabilisant les données récoltées par la distribution de passeports aux visiteurs, les producteurs évaluent que près d'un millier de touristes de plus se sont arrêtés, l'an dernier, dans les trois entreprises agrotouristiques.

«C'était bien au-delà de nos objectifs», précise Louis Chassé.

Cette année, les viniculteurs proposent des activités thématiques aux visiteurs. Ça débute, aujourd'hui et demain, à Saint-Charles chez Le Ricaneux. Ça se poursuivra les 22 et 23 août chez CasaBreton (Saint-Henri) et les 12 et 13 septembre au Domaine Bel-Chas (Saint-Charles).

Plus facile de trouver des vins australiens!

Au Québec, la législation sur les permis d'alcool fait en sorte que les producteurs d'ici ne peuvent vendre leurs boissons alcoolisées dans les épiceries. Et pour atteindre les tablettes des succursales de la SAQ, les producteurs doivent pratiquement donner leur vin tellement la société d'État est gourmande.

«C'est bien simple, il est impossible de faire grandir ton entreprise au Québec, car tu n'as pas accès au marché», s'insurge Jean-Paul Breton, propriétaire avec sa conjointe Lisette Casabon de CasaBreton. «Ça fait au moins 20 ans que les politiciens nous chantent la même chanson en campagne électorale et rien ne bouge.»

Alors dans l'opposition à l'Assemblée nationale, le Parti libéral avait déposé le projet de loi 395 modifiant la Loi sur la Société des alcools du Québec et la Loi sur les permis d'alcool afin d'accorder une place de choix aux vins du terroir québécois dans les succursales de la SAQ et dans les épiceries. Or, le projet de loi n'en finit plus d'accumuler la poussière. «Il y a des gros bonnets, quelque part, qui ne veulent pas que ça change», avance Jean-Paul Breton. Un avis partagé par Louis Chassé et Nathalie McIsaac.

«Il est assez aberrant que l'on puisse acheter un vin australien à l'épicerie de Saint-Charles et que mes produits et ceux des autres producteurs de la région ne s'y trouvent pas parce que la législation ne le permet pas», dénonce cette dernière.

«Moi, si on me permet de vendre mes vins à l'épicerie, j'embauche des employés dès demain matin et je plante encore plus de vignes», indique Louis Chassé.

CasaBreton n'attend que des assouplissements à la loi pour amorcer sur-le-champ des travaux d'agrandissement afin d'accroître sa production.

Un pour tous, tous pour un

Pour vendre leur vin ou leur cidre, les producteurs-artisans doivent donc attirer les consommateurs dans leur domaine ou aller à leur rencontre dans les marchés publics.

«En l'absence de canaux de distribution, nous devons amener les consommateurs à la ferme afin qu'ils découvrent des produits originaux», explique Jean-Paul Breton.

«Notre clientèle cible, c'est évidemment celle de la région de la Chaudière-Appalaches, mais surtout celle de la région de la Capitale-Nationale», souligne Nathalie McIsaac. «Faire traverser les ponts aux gens de Québec et surtout les amener au sud de l'autoroute, c'est tough en maudit!» fait remarquer M. Breton.

Pour relever ce défi, les trois producteurs ont décidé, l'an dernier, de mettre leurs ressources en commun et de paver la voie à la Route des vins de Bellechasse.

«À la base, nous ne sommes pas des compétiteurs. Nos produits sont complémentaires», précise Nathalie McIsaac.

Le Ricaneux transforme les petits fruits en apéritifs, vins et digestifs. Elle en produit entre 9000 et 10 000 litres par année.

CasaBreton, c'est un verger, un vignoble et une bleuetière. Le cidre est en vedette. Une production qui atteint plus de 20 000 bouteilles excluant les quantités de cidre en fût.

Le raisin est roi et maître au Domaine Bel-Chas. Des bouteilles de rouge, de blanc et de rosé, le couple Béland-Chassé en remplit 7000 par année.

«Ce qui, jadis, n'était pas rentable le devient parce que nous sommes trois, notamment au chapitre de la mise en marché», explique Louis Chassé.

Par exemple, les trois entreprises partagent un même kiosque au Marché public de Sainte-Foy pour y vendre leurs produits et pour inviter les consommateurs à découvrir leur commerce dans Bellechasse.

«À tour de rôle, nous animons le kiosque. Pendant qu'un autre producteur y assure la présence, ça permet aux deux autres d'aller vendre leurs produits dans d'autres marchés publics», souligne M. Chassé. «C'est efficace et rentable pour tout le monde.»

Amener un visiteur dans son commerce, c'est bien, mais lui proposer d'autres destinations, c'est encore mieux, disent les producteurs-artisans.

«Notre force, c'est l'accueil que nous proposons aux visiteurs. Nous ne nous gênons pas pour vanter les mérites des produits de l'un ou de l'autre. Nous aimons parler en bien de nos amis», affirme Louis Chassé.

Pour en savoir plus : www.rdvbellechasse.ca

Nathalie McIsaac, propriétaire de l'entreprise Le Ricaneux... (Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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Nathalie McIsaac, propriétaire de l'entreprise Le Ricaneux

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«Est-il bon, votre vin?»

«Votre vin n'est pas à la SAQ ou à l'épicerie. Ça veut dire qu'il ne doit pas être bien bon!»

La plupart des vignerons québécois l'ont entendue plus d'une fois, cette remarque des consommateurs hésitants à dépenser quelques dollars pour acheter une bouteille d'ici.

«Les préjugés commencent à tomber», indique Louis Chassé du Domaine Bel-Chas. «C'est notamment le cas pour les blancs et pour les rosés. Pour les rouges, il reste du chemin à parcourir.»

«Petit à petit, la qualité des produits s'améliore. Il faut toutefois continuer notre mission d'éducation auprès des consommateurs», signale Nathalie McIsaac, qui doit constamment rappeler à ses clients que ses produits fabriqués à partir de petits fruits ne sont pas trop sucrés.

La propriétaire du Ricaneux mentionne que les producteurs apprennent également à mieux connaître les goûts et les préférences des consommateurs.

«Nous avons réduit notre gamme de produits de treize à six. Nous préférons miser sur les produits qui, à notre avis, sont des valeurs sûres auprès des consommateurs.»

Nathalie McIsaac note une hausse de la popularité des cocktails et des rosés. Sa crème de framboises a présentement la cote auprès de ceux qui préparent des cocktails.

Pour les cidres, le chemin de croix a été long et pénible.

«Les producteurs ont cessé de faire un produit hypersucré et hypersulfité. Plusieurs utilisaient des pommes de chevreuil - des pommes pourries - avec le résultat que le cidre a connu des décennies de misère», raconte Jean-Paul Breton de CasaBreton. «Heureusement, le cidre de glace a permis de sauver la mise.»

Encore moins de 1 %

Jean-Paul Breton rapporte que la demande est de plus en plus forte pour le cidre en fût. Un liquide fortement apprécié dans les brasseries à Montréal.

Le journal La Presse rapportait, plus tôt cette semaine, que le vin québécois avait connu une «spectaculaire» augmentation de ventes de plus de 80 % à la SAQ en 2014.

C'est le résultat d'une amélioration de la qualité des vins québécois et de la nouvelle stratégie marketing de la société d'État - Origine Québec - reposant sur l'aménagement de nouveaux espaces mettant en valeur des produits d'ici, signalait-on.

«Je pense qu'on va manquer de vin au Québec, dans les prochaines années», disait à La Presse le propriétaire du vignoble de l'Orpailleur, en Estrie, Charles-Henri de Coussergues.

Il n'en reste pas moins que les ventes de vins québécois ne représentent qu'un peu moins de 1 % du total des ventes de la SAQ, tient à rappeler Louis Chassé.

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