Hausse du prix du homard: la faute du climat... et des Chinois

Le homardier Christian Johnson s'attend à recevoir significativement... (Collaboration spéciale Gilles Gagné)

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Le homardier Christian Johnson s'attend à recevoir significativement plus pour le homard qu'il livrera sous peu, surtout que la taille moyenne des spécimens est en hausse, et que ces gros homards rapportent plus par livre.

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Le Soleil

(Carleton) À quelques jours de l'ouverture de la pêche au homard en Gaspésie, retardée jusqu'à mercredi, les consommateurs doivent s'attendre à payer un peu plus cher le chouchou des crustacés québécois. L'intérêt des Chinois pour le homard explique en partie cette hausse, également nourrie par un printemps capricieux sur le plan climatique.

Si tout s'était déroulé comme prévu, le homard gaspésien serait sur les tables du Québec depuis le 19 ou le 20 avril. La glace dans certains havres a toutefois reporté ce coup d'envoi d'une semaine, puis la débâcle de certains cours d'eau passant dans des havres de pêche a retardé le départ jusqu'au 29 avril.

Ces retards aiguisent la demande et font monter les prix, en l'absence d'une offre suffisante venant de la Nouvelle-Écosse, seul lieu de pêche fournissant le marché québécois présentement. De plus, un autre phénomène émanant de la Nouvelle-Écosse tend à garder le prix élevé : l'augmentation fulgurante des exportations de homard de cette province vers la Chine.

«Les exportations de homard de la Nouvelle-Écosse vers la Chine augmentent de 140 % par année depuis trois ans», précise John Nickerson, dirigeant de Capital Seafood International, une compagnie achetée par le groupe chinois Zhangzidao en 2014.

En 2015, la firme pourrait exporter à elle seule 4500 tonnes métriques, ou 10 millions de livres de homard en Chine. Ce n'est qu'une petite partie de l'impressionnante récolte annuelle de homard de la Nouvelle-Écosse, mais Capital Seafood n'est pas la seule à exporter en Chine.

Cette destination constitue donc un facteur suffisant pour influencer le prix dans l'est du pays, y compris la Gaspésie, évalue O'Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, représentant l'essentiel des 163 homardiers de la péninsule.

«C'est une quantité de homard de moins sur le marché visé par les Gaspésiens. Si l'offre domestique est moins forte sur le marché domestique, le prix sera plus élevé», dit M. Cloutier.

Les homardiers se plaignent depuis quelques années de recevoir un prix trop bas. En 2014, le prix payé aux homardiers gaspésiens a été de 5,75 $ la livre en début de saison, mais il a terminé à 4,25 $, et la moyenne s'est établie à 4,55 $. Aux Îles-de-la-Madeleine, où les deux tiers des prises québécoises sont effectuées, la moyenne a été de 4,25 $ l'an passé.

En Nouvelle-Écosse, le prix actuel payé au pêcheur se situe présentement à 8 $ la livre, précise John Nickerson. Il sait pertinemment que le prix baissera quand le homard de la Gaspésie, puis ceux des Îles-de-la-Madeleine, du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard s'ajouteront aux quantités mises en marché.

«Je pense quand même que le prix ne baissera pas sous les 6 $ avant la fête des Mères, le 10 mai, et qu'il restera entre 5 $ et 5,50 $ jusqu'à la fin de la saison», précise M. Nickerson.

En Gaspésie, Christian Johnson, qui pêche le crabe et le homard, en plus d'être propriétaire d'une poissonnerie, voit d'un bon oeil l'augmentation du prix du homard, en tant que pêcheur.

«On recevait 4,25 $ à la fin de la saison. Ce ne sont pas tous les pêcheurs qui peuvent arriver avec ce prix-là. Heureusement, les prises ont atteint des records l'an passé. Les pêcheurs se sont repris avec le volume», dit-il.

Les débarquements de homard ont remporté près de 33 millions $ aux pêcheurs madelinots en 2015, et 18 millions $ aux pêcheurs gaspésiens.

Un peu, beaucoup plus cher?

Les consommateurs paieront un peu plus cher le homard en 2015, mais il est pour le moment difficile de quantifier la hausse. Les poissonniers hésitent à risquer un prix. Maurice Chicoine, de la poissonnerie La Coquille, de Caplan, en Gaspésie, s'avance prudemment. «Si le prix au débarquement débute à 7 $ la livre, il faudra vendre 9,95 $ la livre pour le vivant, et entre 10,95 $ et 11,50 $ cuit, pour le gros homard d'une livre et demie en montant. Le marché de Boston [une référence] est vide», dit-il.

Le prix baissera après une semaine ou deux, assure-t-il. Il faut également prévoir que les grandes chaînes d'alimentation offriront des rabais, vendant même le homard à perte afin d'attirer des clients dans leurs marchés.

Le prix moyen versé aux homardiers gaspésiens et madelinots n'a pas été supérieur à 6 $ la livre depuis 2007. Cette année, les consommateurs n'auront donc pas à débourser bien plus qu'il y a huit ans, si c'est le cas.

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