Les Pères Nature aux petits oignons pour les consommateurs

La jeune génération aux commandes des Pères Nature,... (Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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La jeune génération aux commandes des Pères Nature, tous des Bédard : Valentin, Ulys, Maréva et Saphir. Sur la murale, derrière eux avec le chapeau, leur père Clément Bédard.

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(Québec) «À Saint-Georges, à proximité de notre commerce familial, il y a trois IGA, deux Metro et un Maxi. Et à 500 mètres, il y a Walmart, qui, un bon jour, vendra, aussi, des fruits et légumes. Tout ça, dans une ville de 32 000 habitants. C'est assez exceptionnel.»

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La façade du commerce de Saint-Georges de Beauce

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Cette vive concurrence n'affecte pas les affaires des Pères Nature à Saint-Georges et à Sainte-Marie. «Nous sommes très contents. Notre chiffre d'affaires est en progression. Ça montre que nous avons su conserver la formule gagnante développée par notre père au fil des ans.»

Avec ses frères Valentin et Ulys et sa soeur Maréva, Saphir Bédard est l'un des copropriétaires de ce détaillant de produits alimentaires de la Beauce, une entreprise fondée par leur paternel, Clément, il y a près de 40 ans.

En plus de vendre des fruits, des légumes et des produits de boulangerie, de pâtisserie, de boucherie, de poissonnerie, de fromagerie et de charcuterie, les deux commerces abritent un restaurant. À Saint-Georges, il y a La Table du Junior, un établissement de fine cuisine du monde administré par un autre membre du clan des Bédard, José celui-là.

Saphir Bédard a évidemment suivi de près les mésaventures du Groupe Épicia, qui a dû fermer 11 succursales Le Jardin Mobile dans la région de Québec pour réussir à garder en vie les quatre plus rentables de la chaîne.

Pour expliquer ses malheurs, le Groupe Épicia a évoqué la conjoncture économique difficile et la concurrence accrue dans le domaine de l'alimentation.

En entrevue au Soleil, Saphir Bédard refuse de jouer au gérant d'estrade et de donner des leçons sur la gestion d'une fruiterie dans un contexte de forte concurrence.

Il ne peut que témoigner de la méthode des Pères Nature.

Pas de guerre de prix

«Mon père a grandi sur une ferme. La qualité des produits a toujours été d'une grande importance pour lui. Il voulait toujours avoir les fruits et les légumes les plus frais. C'est pourquoi, un jour, il a acheté un camion pour aller chercher les fruits et les légumes directement chez les producteurs avec qui il a su bâtir de solides relations de confiance», relate Saphir Bédard.

«Quand le blé d'Inde du Québec fait son apparition, par exemple, tout le monde se garroche pour en acheter. Et souvent, les premières récoltes ne sont pas à point. Le producteur va alors nous prévenir que son blé d'Inde n'est pas prêt et que nos clients ne l'aimeront pas. Il nous conseille d'attendre quelques jours avant de faire nos approvisionnements et de continuer, en attendant, d'acheter le blé d'Inde provenant des États-Unis», explique-t-il.

Idem pour les clémentines du Maroc. «Moi, je n'en vends pas au mois de novembre, même si les grandes chaînes les importent de plus en plus tôt. C'est trop tôt. J'aime mieux dire à mes clients que je n'en ai pas et risquer de perdre une vente. Les clémentines, elles entreront chez le Père Nature seulement quand elles seront à point. C'est une question de respect à l'égard du client. La vente à tout prix, ce n'est pas notre business. Nous, c'est le long terme qui nous intéresse.»

Saphir Bédard reconnaît qu'il doit continuellement combattre les perceptions solidement ancrées voulant que ce soit toujours moins cher chez IGA, Metro, Maxi ou Walmart. «Ce n'est pas vrai que c'est toujours moins cher dans les grandes chaînes. Moi, de toute façon, ça ne m'inquiète pas d'avoir à les affronter. Ce n'est pas une guerre de prix que je fais avec elles.»

Propriétaires présents

En 2012, quatre des cinq enfants de Clément Bédard ont pris les commandes des Pères Nature. Chacun a ses responsabilités : Maréva, les ressources humaines, le marketing et l'administration; Saphir, les fruits, les légumes, la boucherie, la pâtisserie et l'approvisionnement; Ulys, la fromagerie, la charcuterie, l'épicerie et la recherche et développement; Valentin, le service de traiteur et les deux petits restaurants. Et le frérot José a la responsabilité de faire rouler le restaurant La Table du Junior.

Au moment de leur entrée en scène, ils ont apporté quelques transformations, notamment un nouveau logo, histoire d'insuffler un vent de fraîcheur, de nouveauté.

Par contre, ils ont conservé l'essentiel : la culture d'entreprise développée par le paternel. Et leur présence assidue dans chacun de leurs commerces.

«Nous ne sommes pas du genre à nous enfermer dans nos bureaux pour compter notre argent! Nos clients veulent voir les propriétaires sur le plancher. Ils veulent se faire conseiller. Ils veulent que nous les aidions à choisir un fruit, un légume, une viande.»

Alors que, dans le commerce de détail, les entreprises cherchent à réduire au maximum leur personnel pour diminuer leurs coûts d'exploitation, la famille Bédard emprunte la voie contraire.

«Pour des employeurs, des employés, ça coûte cher. C'est difficile à gérer. Nous ne voyons pas ça du même oeil. Nous avons 220 employés et nous voulons continuer d'en embaucher», affirme Saphir Bédard.

Si Les Pères Nature ont besoin d'autant de personnel, c'est en raison de l'«obsession» de la famille Bédard de cuisiner sur place tous les mets préparés.

«On ne fait confiance à personne! On veut tout faire maison. Notre jambon. Notre pain. Nos terrines. Nos gâteaux. Nos jus. Notre café. Nous contrôlons tout ce qui entre dans nos produits. Je dis toujours aux clients : "Ce que je vous vends, je le fais manger à mes enfants."»

Expansion à Québec? La Beauce d'abord

Les Pères Nature à Québec? «L'idée nous a déjà traversé l'esprit», confie Saphir Bédard.

«De crainte de nous éparpiller, nous avons toujours écarté cette possibilité. Nous avons tellement de beaux projets pour la Beauce et nous manquons cruellement de temps pour les réaliser. Sans compter que nous, les propriétaires, tenons à être présents dans nos commerces. Pour Québec, nous allons donc passer notre tour.»

Par ailleurs, il croit qu'il y a de la place pour des fruiteries indépendantes à Québec. Malgré les difficultés rencontrées par certaines de ses succursales, Le Jardin Mobile réalisait des ventes. Occupait une place dans le marché. Une place libre aujourd'hui.

«Mais ça sera difficile», prévient M. Bédard en soulignant la présence de Costco et de Walmart dans le marché de la capitale, sans compter celle des grandes chaînes du marché de l'alimentation.

Trouver de la main-d'oeuvre qualifiée n'est pas une sinécure non plus.

«Des bons pâtissiers, des bons bouchers, des bons boulangers, nous en avons chez Les Pères Nature. Serait-il possible d'en trouver d'aussi bons en nombre suffisant dans un marché comme celui de Québec? Je ne sais pas.»

L'exemple de Chocolats Favoris

Directeur général de l'Association des détaillants en alimentation, Florent Gravel croit, lui aussi, qu'il y a de la place pour des fruiteries indépendantes à Québec.

Pour se démarquer de la concurrence des grandes chaînes, par contre, elles devront apporter quelque chose de nouveau dans le marché. Et surtout surprendre et séduire les consommateurs.

«Le plus bel exemple, vous l'avez à Québec avec Chocolats Favoris», commente Florent Gravel. «Honnêtement, avions-nous réellement besoin au Québec d'autre fabricant de chocolat artisanal? Dominique Brown [le propriétaire de Chocolats Favoris] est arrivé dans le décor avec un produit auquel personne n'avait jamais pensé : la fondue vendue dans un contenant métallique que l'on immerge dans l'eau chaude pour faire fondre le chocolat. Il a fait mouche. Sa fondue est vendue dans tous les IGA. Personne, sans doute pas Dominique Brown lui-même, ne s'attendait à un tel succès», explique M. Gravel.

Rares sont les fruiteries indépendantes présentes sur le territoire québécois, à l'exception du Groupe Épicia, qui possède quatre bannières (Le Marché Végétarien, Le Jardin Mobile, Jardin du Mont et Corneau Cantin) et 10 magasins à Québec, en Estrie, en Montérégie, en Mauricie et à Saguenay.

Présente à Laval, à Anjou, à Greenfield Park et à Terrebonne, la Fruiterie 440 a aussi une succursale rue Soumande, à Québec.

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