Les serriculteurs indignés par les coupures de courant d'Hydro-Québec

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Les interruptions de courant obligent les producteurs en serre, dont Productions Horticoles Demers (photo), à éteindre les lampes qui servent à la croissance des légumes, ce qui se répercute sur la productivité des plants.

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(Québec) Les serriculteurs ragent contre Hydro-Québec, qui, en période de grand froid, interrompt la distribution de l'électricité servant à l'éclairage de croissance des légumes et des plantes ornementales en serre.

«Quand il y a des pointes importantes en janvier et en février et que la demande en électricité est forte, nous devons fermer nos lampes», explique Jacques Demers, pdg des Productions Horticoles Demers.

«Et si tu décides de laisser des lampes ouvertes, tu vas payer une pénalité assez élevée merci. Alors, tu fermes ton éclairage de croissance et tu t'organises avec des systèmes d'appoint», renchérit Stéphane Roy, président des Serres Sagami.

Ces deux importants producteurs en serre, notamment de tomates, ne peuvent chiffrer les répercussions des interruptions de courant pour leur entreprise. «Chose certaine, ça n'aide pas la croissance des légumes. À coup sûr, il y a des conséquences sur le plan biologique et ce n'est pas du tout évident à gérer», commente Jacques Demers, qui gère quatre complexes de serres à Lévis, à Drummondville et à L'Assomption.

«C'est bien évident que plus tu auras de la lumière pour tes plants, plus ils seront productifs. Dans notre marché, nous n'avons pas le choix d'être productifs pour réussir à tirer notre épingle du jeu pour contrer l'envahissement de produits de l'Ontario et du Mexique», ajoute Stéphane Roy, qui possède des serres à Sainte-Sophie, à Saint-Janvier, à Sainte-Marthe, à Saguenay et aux Éboulements, dans Charlevoix.

Il signale qu'en Ontario, les serriculteurs ont facilement accès au gaz naturel, ce qui n'est pas le cas dans la Belle Province.

Partage de bons procédés

Ces interruptions de courant, c'est le prix que doivent payer les serriculteurs, depuis le début de 2014, pour bénéficier de tarifs réduits pour l'éclairage de photosynthèse de leurs exploitations agricoles. De 8 ¢ le kilowattheure, le tarif est passé à 5,7 ¢ le kilowattheure.

«Cette mesure, approuvée par la Régie de l'énergie, avait été clairement présentée comme telle aux clients agricoles et elle avait été acceptée ainsi par eux», informe Patrice Lavoie, conseiller principal aux affaires publiques chez Hydro-Québec. Les alumineries, qui profitent d'un tarif préférentiel, sont également soumises à cette contrainte.

«C'est un partage de bons procédés, résume-t-il. De leur côté, les serriculteurs bénéficient d'une réduction de tarif pour les usages de photosynthèse. De notre côté, nous avons le privilège d'interrompre le service pour de courtes périodes - généralement pour des périodes de quatre heures - lorsque la demande est forte, et ce, afin de limiter les achats d'énergie supplémentaire.»

Le porte-parole de la société d'État explique que, «dans la mesure du possible», Hydro-Québec tente toujours d'aviser le plus rapidement possible les serriculteurs de la nécessité d'interrompre le service.

À la dernière minute

Or, selon le Syndicat des producteurs en serre du Québec, ce n'est toujours pas le cas. «Les avis d'interruption sont trop courts. Hydro-Québec avertit les serriculteurs trop souvent à la dernière minute», constate Marie Bouillé, la directrice générale de l'association qui regroupe sur une base volontaire une centaine de producteurs de légumes et de plantes ornementales. 

«Nous ne cessons de demander à la société d'État qu'elle avertisse les producteurs en serre plus tôt que tard et qu'elle procède aux interruptions aux mêmes périodes de la journée d'une fois à l'autre. Ça permettrait aux serriculteurs de se préparer. Vous savez, la tomate, en particulier, est un légume fragile. Toutes les heures d'ensoleillement sont importantes.»

Par ailleurs, le Syndicat des producteurs en serre du Québec milite en faveur de l'établissement d'un tarif d'électricité préférentiel pour toutes les serres du Québec. Dans le cas de la mesure destinée à l'éclairage de croissance des plants, seulement 13 serriculteurs y sont abonnés. «Le seuil minimum pour avoir droit au tarif réduit est fixé à 400 kilowattheures. Les petites et moyennes entreprises serricoles ne peuvent donc y avoir accès.»

Une idée pas bête, mais...

En entrevue plus tôt cette semaine au Soleil, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Pierre Paradis, avait indiqué que l'initiative de réduire la facture d'électricité pour l'éclairage des plants venait de l'ancien gouvernement du Parti québécois (PQ). L'annonce avait été faite, en novembre 2013, dans un contexte de précampagne électorale.

«L'avenue proposée par le PQ n'était pas bête. C'est le bout sur l'interruption de service qui est stupide! Tu as une vie végétale devant toi. Tu ne lui coupes pas le courant! C'est comme si tu avais un patient sur un lit d'hôpital et que tu lui coupais l'oxygène pendant 30 secondes. Cette situation a causé des problèmes à l'entreprise Les Serres du Saint-Laurent [NDLR : qui fait face à la faillite si de nouveaux acheteurs ne se pointent pas], mais d'autres serriculteurs aussi», a constaté M. Paradis. 

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