L'UPA réclame un moratoire sur l'achat de terres arables par des fonds

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Selon les calculs de l'UPA, une quinzaine de grands acheteurs ont mis la main sur quelque 32 000 hectares en moins de cinq ans.

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(Québec) L'Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec a décidé d'augmenter la pression sur le gouvernement de Philippe Couillard : elle demande l'imposition d'un moratoire de trois ans sur l'acquisition de vastes terres arables par des fonds d'investissement.

L'enjeu n'est pas nouveau. Mais les craintes vont croissantes chez la relève des fermes du Québec. Et les libéraux s'étaient commis, s'étaient engagés à l'action dans ce dossier sensible, avance le président général de l'UPA, Marcel Groleau. Les mois s'écoulent cependant depuis l'élection sans que les libéraux interviennent.

Les hectares s'envolent certes vers les portefeuilles de placement, mais on ne sait pas à quelle vitesse, convient néanmoins M. Groleau; même le ministère ne disposerait pas de données fiables. On navigue sur des impressions, des pressentiments, des émotions.

L'UPA a essayé d'obtenir des statistiques. Selon ses calculs, une quinzaine de grands acheteurs ont mis la main sur quelque 32 000 hectares en moins de cinq ans. La ferme moyenne compterait moins de 100 hectares. «Il y a là une indication claire qu'il y a une concentration.»

C'est bien peu, cependant, si on prend en compte que le Québec dispose d'environ 1 million d'hectares cultivables. Il s'agirait néanmoins d'une forte proportion des hectares disponibles sur le marché de la revente au cours des dernières années.

Modification à la loi

Craignant que les champs ne passent entre les mains d'une «poignée d'individus au Québec», Marcel Groleau invite Québec à agir rapidement en modifiant la loi : il serait dès lors interdit à tout individu de se payer plus de 100 hectares par année, sauf lors d'un transfert familial d'une exploitation. Voilà qui freinerait la vague de transactions chiffrées en milliers d'hectares le temps de dresser un portrait clair du phénomène et de proposer des solutions pour maintenir l'accès à la profession aux jeunes, pense-t-il.

Québec a déjà resserré quelques mailles du filet. Des limites existent quant à l'achat de lots agricoles par des acquéreurs étrangers. Il est maintenant plus difficile pour eux, qu'ils soient de l'Ontario, de la Suède ou de la Chine, d'obtenir l'autorisation de la Commission de protection du territoire agricole de réaliser des transactions, explique une agente d'information, Agnès Jarnuszkiewicz. Mais il n'y a rien dans la législation pour limiter l'achat de terres arables par des investisseurs québécois : «Ce n'est pas notre mandat.»

Justement, ces investisseurs locaux seraient très actifs, selon M. Groleau. On les a découverts au Saguenay il y a environ trois ans. Les fonds «s'attaquent» maintenant à d'autres régions, dit-il. Le marché serait déstabilisé.

L'UPA est à Québec jusqu'à jeudi pour son 90e congrès général. Demain, le ministre de l'Agriculture, Pierre Paradis, s'adressera aux participants. Lundi, au moment d'envoyer cet article, l'élu libéral n'avait pas rappelé Le Soleil pour discuter d'accaparement des terres par le monde de la finance.

«Je ne suis pas capable d'acheter des terres chez nous»

C'est clair pour Michèle Lalancette, elle sera fermière. La jeune femme compte reprendre l'exploitation laitière du paternel pour y vivre avec son copain. Mais, avant même de reprendre les rênes de l'entreprise, elle sait qu'une expansion est exclue du scénario: les terres des voisins ont déjà été vendues à un fonds de placement.

«Je ne suis pas capable d'acheter des terres chez nous», déplore la Saguenéenne aux cheveux colorés. À 4000 $ l'acre, elle est déclassée. Avant, elle aurait pu obtenir une acre pour 1000 $, peut-être 1500 $ si le lot produit gros, prétend-elle.

«Avant», c'est antérieur à la venue de la Banque Nationale et du fonds Pangea du riche investisseur Charles Sirois, raconte Mme Lalancette, aussi présidente du Centre régional des jeunes agriculteurs du Saguenay. «C'est mes voisins, Pangea.»

Cette entreprise affirme ne pas être un fonds d'investissement. Elle se présente plutôt comme un «exploitant agricole» qui «favorise la création de fermes exploitant un minimum de 2000 acres de terres». On se spécialise ici dans les grandes cultures céréalières. On acquiert donc de vastes étendues qui seront exploitées par des «partenaires agriculteurs».

«Concurrence déloyale»

Le président de la Fédération de la relève agricole du Québec, Pascal Hudon, producteur laitier à La Pocatière, n'est pas tendre envers les Pangea de ce monde. «On est contre ce modèle d'agriculture.» Il entend déposer une pétition de 3000 appuis sous peu.

«C'est une concurrence déloyale. Ils ont de gros moyens. Ils tirent les prix vers le haut. La relève n'est pas capable de suivre. Ça va dévitaliser nos régions.» Les jeunes ne pourront plus s'établir dans les rangs. «Ce n'est pas juste un enjeu agricole. C'est un enjeu de société.»

Le modèle économique de la famille propriétaire de sa ferme serait mis à mal par les financiers. Sur les terres de ces grandes entreprises, l'agriculteur devient employé, produit pour d'autres, évalue-t-il.

M. Hudon reconnaît toutefois que le monde agricole n'est pas unanime, ne voit pas toujours d'un mauvais oeil l'arrivée d'investisseurs aux poches pleines sur le marché. Les agriculteurs qui approchent de la retraite, notamment. Beaucoup comptent sur la vente de leur ferme pour financer leur retraite. Plus les prix montent, plus dorée sera cette retraite.

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