Des légumes moches, bons, pas chers

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La chaîne Intermarché s'est engagée avec l'État dans «un travail de fond contre le gaspillage».

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Pierre-Olivier Fortin
Le Soleil

(Québec) Une carotte à deux pattes, une pomme siamoise, une orange cabossée ou trop petite... la nature n'offre pas toujours la perfection, même si, devant les étals, les consommateurs l'exigent. La solution à un tel gaspillage n'est pas simple, mais la France semble sur une bonne piste. À grand renfort de marketing, plusieurs chaînes vendent maintenant ces fruits et légumes «moches» au rabais. Et ça marche.

«Une carotte moche, c'est une jolie soupe» ou encore «La pomme de terre moche, élue Miss purée 2013», lit-on sur les publicités de la chaîne française d'épiceries Intermarché. La campagne humoristique et percutante sur Internet est virale, elle a même remporté un prix de publicité.

Et l'initiative, bien que modeste, a aussi connu un succès boeuf. Pendant un essai de deux jours, un Intermarché de Provins, à une heure au sud-est de Paris, a offert à 30 % de rabais des pommes, des oranges et des carottes «moches» dans un stand séparé et bien identifié. On y trouvait aussi des soupes de carottes moches et du jus d'oranges moches. «Les gens ont goûté [sur place] et en ont acheté parce que c'était moins cher et ils se sont aperçus que c'était le même goût. Beau ou pas beau, c'est similaire. Ç'a plu, bien sûr», témoigne au Soleil le directeur du magasin, Didier Jegou. Tout a été vendu.

«On ne s'attendait pas à un tel succès», abonde la relationniste Vanessa Robineau à la maison mère d'Intermarché (Les mousquetaires). Et cela, même si, rigole-t-elle, «les clients cherchaient les pommes les plus belles parmi les plus moches!»

Une livre par jour à la poubelle... par personne

Au mieux, les fruits et les légumes coupables du délit de laideur auraient été destinés à la transformation ou aux animaux, au pire, à la poubelle avant même de prendre le chemin de l'épicerie. Le ministère québécois de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation a estimé en 2012 qu'entre le cinquième et la moitié des déchets de l'industrie alimentaire sont des aliments propres à la consommation. Au Québec, chaque personne jette chaque année 183 kilos de nourriture (un demi-kilo ou une livre par jour), alors qu'en Europe, c'est 179 kilos. Les fruits et les légumes sont beaucoup plus gaspillés que tout le reste.

La chaîne Intermarché s'est engagée avec l'État dans «un travail de fond contre le gaspillage», explique Mme Robineau, et cette initiative en fait partie. Le marketing a été plutôt intense, admet-elle, mais, au moins, il aura permis de sensibiliser les clients au phénomène du gaspillage sous toutes ses formes. 

Et la suite? Ce n'est pas simple. «C'est compliqué de demander aux producteurs : "Je ne veux que du moche"», expose-t-elle, si bien que l'approvisionnement ne peut pas être régulier. La bannière prévoit néanmoins de «généraliser» le concept, mais selon une nouvelle approche. Elle communique avec ses producteurs pour leur permettre d'écouler ponctuellement des lots imparfaits, comme un chargement de choux-fleurs qui seraient tous trop petits, par exemple.

Voir les publicités d'Intermarché:

http://goo.gl/JNh6DI

http://goo.gl/4mEOIg

Le dossier du Soleil sur le gaspillage publié l'automne dernier: http://goo.gl/tPlIC2

De l'intérêt au Québec

Les responsables des grandes bannières présentes au Québec avaient pour la plupart entendu parler de l'une ou l'autre de ces initiatives françaises. «C'est quelque chose de vraiment intéressant qui mérite d'être étudié», souligne d'ailleurs la porte-parole d'IGA, Laurie Fossat.

C'est d'ailleurs déjà «pratique courante» dans les paniers bio, pointe Isabelle Joncas, chez Équiterre. Elle déplore du même coup comme les Québécois sont peuvent être «déconnectés» du producteur, un peu comme si la vie d'un légume commençait à l'épicerie. Elle voit donc d'un très bon oeil tout projet qui permettrait de rappeler ce lien. Par contre, poursuit-elle, «je ne sais pas si notre sensibilité serait aussi grande que la leur» concernant les produits «moches», mais, chose certaine, les rabais seraient un très bon incitatif. Il vaudrait certainement la peine d'essayer, selon elle.

Les porte-parole des grandes chaînes jointes par Le Soleil (Sobeys [IGA], Metro [Super C], Loblaw [Maxi, Provigo]) ont énuméré plusieurs initiatives contre le gaspillage, mais toutes concernaient les produits invendus et non les produits de catégories inférieures («moches» ou imparfaits).

Mme Fossat souligne ainsi que les produits «qui ne correspondent pas aux normes» sont souvent utilisés pour les produits maison préparés sur place. Pour le reste, on tente de composter autant que possible. Certains marchands font aussi des dons aux organismes d'aide ou offrent des rabais.

Chez Loblaw, les produits qui ne sont plus à leur meilleur sont offerts à un prix réduit dans des présentoirs particuliers.

Metro travaille de son côté sur un programme de récupération des matières organiques qui sera bientôt déployé partout au Québec. Douze Metro et Super C de Montréal ont mis en place un réseau de distribution des surplus aux organismes d'aide et aux banques alimentaires, un programme appelé à grandir, a indiqué par courriel la porte-parole Geneviève Grégoire.

La question de normes très complexes qui régissent la vente et les catégories de produits devrait aussi être étudiée avant de penser à imiter les initiatives françaises.

***

Autres initiatives françaises

Quand Johnny Halliday chantait «quoi ma gueule», il ne parlait pas de fruits et de légumes. C'est néanmoins le slogan qu'ont retenu plusieurs bannières françaises pour lancer leur étiquette commune de produits qui ne gagneraient pas de concours beauté. En offrant aux clients ces 10 à 40 % de fruits et de légumes qui refusent d'entrer dans le moule de la perfection, les producteurs essuient moins de pertes, perdent moins de temps à trier et peuvent donc vendre moins cher, permettant de soulager d'autant le portefeuille des consommateurs prêts à ce compromis. Une vingtaine de supermarchés y participent.

Zéro-Gâchis combat aussi le gaspillage, mais d'une autre façon. Il s'agit d'une application Web de référencement sur laquelle une vingtaine d'épiceries affichent les produits qui n'ont pas trouvé preneurs et qui doivent être vendus rapidement avant d'être périmés. Les consommateurs peuvent donc s'y rendre et économiser gros, jusqu'à 70 %.

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