Taxes à Québec: des agriculteurs dénoncent «l'expropriation déguisée»

Claudette Lortie croit que l'importante hausse de taxes... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Claudette Lortie croit que l'importante hausse de taxes que subit la propriété de son père Armand, devant laquelle elle pose, est une forme d'expropriation déguisée.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partager

Sur le même thème

Claudette Samson

(Québec) Les petits commerçants et les occupants des parcs industriels de Québec ne sont pas les seuls à avoir écopé d'une hausse importante de leur compte de taxes. Des agriculteurs situés dans un secteur hautement convoité par les promoteurs voient leur facture passer de 2200$ à... 23 500$, soit une hausse de près de 1000 %! «C'est de l'expropriation déguisée, on se sent égorgés», disent-ils.

La rue du Vignoble, située au nord de l'ancienne ferme SMA, dans le secteur Beauport, est soumise à une forte pression des développeurs immobiliers, ainsi que l'a illustré Le Soleil dans une série de textes publiés l'été dernier. Au moins 250 hectares de terres agricoles ont été acquis tout autour ces dernières années pour plus de 15 fois leur valeur foncière. L'acheteur mise sur l'éventuel «dézonage» du secteur pour rentabiliser son investissement.

Mais au coeur de cet ancien rang agricole, deux fermes résistent à la pression. Leurs propriétaires préfèrent demeurer sur leurs terres plutôt que de «faire un coup d'argent». Toutefois, le prix à payer est élevé, car ils subissent le contrecoup du «gonflement artificiel» de la valeur des terres voisines.

La ferme Proteau se transmet de génération en génération depuis bientôt 350 ans. Sans enfants et sans relève, les actuels exploitants, deux frères et une soeur, savent qu'ils seront aussi les derniers. Néanmoins, André, Charles et Marie comptaient bien continuer d'élever leur trentaine de vaches et cultiver leurs champs tant qu'ils en seraient capables. La ferme leur apporte un petit revenu qui complète leur retraite, mais surtout beaucoup de bonheur. Le rêve est cependant en train de virer au cauchemar.

En l'espace d'un an, la valeur globale de la terre et de la maison est passée de 399 000$ à 2 555 000$. Le compte de taxes, lui, passe de 2200$ à 23 500$.

Pour 2013, la mise est sauve, explique Marie, car les fermiers auront encore droit au crédit agricole qui est calculé sur l'année précédente et qui s'élèvera à 16 500 $. Ils paieront donc un peu moins de 5000$.

Cette situation changera toutefois du tout au tout à partir de 2014. Car pour avoir droit au crédit, ils doivent retirer 8 $ de revenus agricoles par tranche de 100$ d'évaluation. Mission impossible sur leur petite ferme, disent-ils, et le ministère de l'Agriculture ne semble pas disposé à changer ses règles.

Ils ne sont par ailleurs pas seuls à subir l'effet de la spéculation. À l'autre bout de la rue, Armand Lortie souhaite lui aussi finir ses jours dans la belle demeure où il a élevé ses 12 enfants. À 94 ans, il ne cultive plus lui-même le sol, mais permet à ses neveux d'y faire pousser des légumes, sans en tirer de revenu.

En l'espace d'un an, dit sa fille Claudette, la valeur de sa propriété, qui compte trois parcelles distinctes, a été multipliée par 10. Le compte de taxes a presque quadruplé, passant de 2905$ à 10 839$. Une hausse qui risque d'obliger son père à vendre, dit-elle.

Vaines représentations

Tant Claudette Lortie que les Proteau ont tenté de sensibiliser la Ville à leur cas particulier. Peine perdue. La nouvelle valeur de leurs propriétés est calculée en fonction du prix de vente des terres voisines et il est impossible de faire autrement, leur a dit l'évaluateur Louis St-Pierre.

Ce dernier s'est même rendu chez les Proteau en compagnie de son patron Pierre Huot.

«Ils nous ont dit qu'on devrait vendre et aller se réinstaller ailleurs où ça nous coûterait moins cher. Ils nous ont même donné les noms de trois promoteurs à qui on pouvait s'adresser», souligne Marie.

Mais cette proposition laisse le trio amer car la terre ancestrale a pour eux une valeur sentimentale que n'aura jamais aucune autre.

Claudette Lortie est aussi très inquiète pour son père. «Ils ne voient pas le côté humain», dit-elle en soulignant l'impact qu'un tel déracinement aura sur une personne âgée.

Les citoyens mécontents ont jusqu'au 30 avril pour faire une demande de révision de leur évaluation. «Je le ferai pour inscrire ma dissidence», dit Claudette Lortie, sans trop croire aux résultats...

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer